Le sentiment de l’Inde de Gayatri Chakravorty Spivak et Romila Thapar


En 2017 à Calcutta, deux vieilles amies conversent : l’une est professeure de littérature comparée à l’Université de Columbia, l’autre est professeure émérite d’histoire de l’Inde ancienne à l’université Jawaharlal Nehru. Interrogée par la première sur l’enseignement de l’idée de l’Inde, la seconde répond en s’intéressant à la période des années 1920, où elle décèle trois idées de l’Inde : britannique, musulmane et hindoue, auxquelles il faudrait ajouter l’idée communiste. Observant les dernières décennies, elle considère qu’il n’y a que sous Nehru (1947-1964) que l’Inde a fait des progrès démocratiques. Elle est notamment critique de la logique des « réserves de voix » (vote banks) sur lesquelles reposent les élections, mais s’insurge surtout contre le système éducatif, qui n’apprend plus aux élèves à poser des questions. Elle demande : « N’est-il pas temps de se débarrasser de toutes ces lois particulières à la caste ou à la religion, et de reformuler un droit civil vraiment laïc ? » Dans sa postface, l’historien Mamadou Diouf témoigne de la manière dont la découverte des études subalternes ont été pour lui « une occasion de sortir du face-à-face avec l’Occident » et d’engager une conversation directe entre les Suds en favorisant « des commentaires propres à des cultures coloniales et communautaires singulières ».

Traduction de Jean-Baptiste Naudy, Postface de Mamadou Diouf, Ròt-Bò-Krik, 2024
96 p. 11 €