Admirer. Éloge d’un sentiment qui nous fait grandir de Joëlle Zask
L’admiration pour des individus rejoint, chez l’autrice, l’admiration pour les choses et la nature, par la conscience des liens tissés au-dehors, dans un espace qui nous fait singulier. L’amour de soi grandit dans l’admiration de l’autre.
Joëlle Zask poursuit une œuvre dans laquelle son questionnement de philosophe se nourrit de discussions, de ses lectures et de sa propre sensibilité. C’est ici l’admiration qu’explore la philosophe : un rapport à l’autre qu’elle définit comme cet étonnement qui nous fait nous décentrer vers un événement, un objet ou une personne extraordinaire, au-delà de l’indifférence et de l’adhésion fascinée où l’on s’oublie.
L’enquête sur l’expérience quotidienne de ce sentiment, encore associé au vice, à la naïveté ou à une rareté parfaite, permet à l’autrice de prendre au sérieux la relation interpersonnelle qui se noue entre l’admirateur et l’admiré. Il y a une part de mystère dans l’accès au monde qui se refuse à la tentation d’expliquer, mais Joëlle Zask insiste pour le distinguer de la croyance et du génie, puisqu’il s’agit pour l’admiration de déployer dans la durée la compréhension de ce qui nous est extérieur. Détachée de l’idéalisation ou de la célébration, l’admiration penche ainsi du côté de l’ordinaire que l’on peut cultiver par un travail spécifique. L’œuvre – puisque c’est l’exemple principal du livre – est alors liée par l’admiration à l’individualité qui la poursuit. C’est ainsi que l’admiration pour des individus rejoint, chez l’autrice, l’admiration pour les choses et la nature, par la conscience des liens tissés au-dehors, dans un espace qui nous fait singulier. L’amour de soi grandit dans l’admiration de l’autre.
On peut reprocher à l’ouvrage de fonctionner en oppositions et d’élaborer une admiration détachée des phénomènes sociaux. Mais il participe d’une réflexion sur l’engagement personnel, sur la promesse à soi-même et sur l’expérimentation de la réflexivité. Une telle évaluation circonspecte n’est pas exclusive d’une réflexion plus rationnelle, mais elle prend au sérieux l’aspect attractif de la relation interpersonnelle pour le regard, à même de fonder la connaissance approfondie du monde et la considération pour l’autre. Ne jamais se lasser de son propre étonnement, c’est une promesse démocratique que l’on peut se faire à soi-même.