Un manuscrit domestique de Eugenio De Signoribus

Traduit par André Ughetto


Eugenio De Signoribus (né en 1947) est certainement l’un des poètes italiens parmi les plus importants de sa génération. Son œuvre a déjà bénéficié en France de plusieurs publications, d’excellents traducteurs ainsi que d’une belle préface d’Yves Bonnefoy.

C’est à l’un de ces traducteurs, André Ughetto, que l’on doit la récente publication d’un très émouvant ensemble de proses à résonance autobiographique regroupées sous le titre : Un manuscrit domestique.

Le livre est composé de brefs chapitres organisés autour de différents thèmes : les parents et grands-parents, des moments d’éducation, des évocations d’amis disparus ou de l’assassinat de Pasolini et de ses répercussions sur un proche, mais aussi des rêves majeurs, aussi riches de sens et d’enseignements que tel ou tel épisode de la vie diurne. À la fin de chaque partie, des notes, voulues par l’auteur, éclairent le lecteur et un poème en vers propose comme un écho de ce que l’on vient de lire.

C’est ainsi que, page après page, fragment après fragment, un archipel autobiographique se compose et offre, délivré du souci d’une impossible et peu souhaitable exhaustivité, un regard très fin non seulement sur une vie, mais aussi sur l’époque, ses drames, sa violence ou ses ridicules – celui du grand artiste narcissique ou des prêtresses soixante-huitardes.

L’écriture de ces pages est d’une grande sobriété, empreinte d’une forme de noblesse dans son économie même. Si les affects n’en sont jamais bannis, ils y sont aussi comme tenus en bride et ne versent jamais dans le pathos ni la complaisance envers soi. La mélancolie qui affleure bien souvent n’exclut cependant pas l’humour, la compassion ni surtout la présence discrète mais ferme d’une espérance métaphysique que donne à entendre l’admirable poème final : « Qui sait, si après un long et tortueux tourment / on n’arrivera pas à un clair point de liberté / d’où découvrir un lieu où le souci n’est pas… »

Le français est pour Eugenio De Signoribus sa « seconde langue ». Ce livre, qui sourd de l’intime mais ouvre le domestique à l’universel, permet de l’apprécier à sa très belle et juste mesure.

Fario, 2024
136 p. 15 €