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Notes de lecture

Dans le même numéro

Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe de Rose-Marie Lagrave

juin 2022

La photographie placée en couverture de l’ouvrage (une création graphique de Valérie Gautier) est saisissante, voire « ressaisissante » ! Une fillette à l’apparence si sage, avec sa jupe plissée à carreau de lycéenne et son pull bien chaud, se penche en arrière jusqu’à peut-être « faire le pont ». Mais la position des bras montre qu’il s’agit plutôt de frôler la chute, selon un de ces jeux sérieux de l’enfance, où le point de déséquilibre est le lieu de l’exploit. La souplesse encore enfantine est dénuée de toute tactique de séduction, de même que, dans l’ouvrage de Rose-Marie Lagrave, le portrait de soi est sans complaisance. Au contraire, l’image et le texte révèlent le sérieux de l’entreprise, la sobriété du « je » et le jeu d’équilibre. L’identité positive, volontaire et brillante, est tendue contre la pesanteur des retombées sur le sol, ce « par terre » des trajectoires de vie sans mobilité sociale qui ne sortent jamais de l’ornière de naissance. Mais leurs formidables possibles sont pris en compte dans cette « enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe ».

L’écriture du livre, claire et bien rythmée, épouse ce même exercice énergique à contre-courant, ce renversement vers l’arrière des destins attendus et ce même ressaisissement sans cesse à l’œuvre contre les attentes théoriques convenues. Cette forme de réflexivité, au rythme d’une valse à l’envers, était aussi l’une des manières de faire de Pierre Bourdieu, maître de Rose-Marie Lag

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
La Découverte, 2021
438 p. 22 €

Véronique Nahoum-Grappe

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (voir notamment Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010 ; Du rêve de vengeance à la haine politique, Desclée de Brouwer, 1999). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie,…

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La démocratie des communs

Les « communs », dans leur dimension théorique et pratique, sont devenus une notion incontournable pour concevoir des alternatives à l’exclusion propriétaire et étatique. Opposés à la privatisation de certaines ressources considérées comme collectives, ceux qui défendent leur emploi ne se positionnent pas pour autant en faveur d’un retour à la propriété publique, mais proposent de repenser la notion d’intérêt général sous l’angle de l’autogouvernement et de la coopération. Ce faisant, ils espèrent dépasser certaines apories relatives à la logique propriétaire (définie non plus comme le droit absolu d’une personne sur une chose, mais comme un faisceau de droits), et concevoir des formes de démocratisation de l’économie. Le dossier de ce numéro, coordonné par Édouard Jourdain, tâchera de montrer qu’une approche par les communs de la démocratie serait susceptible d’en renouveler à la fois la théorie et la pratique, en dépassant les clivages traditionnels du public et du privé, ou de l’État et de la société.