Le grand miroir de Corée de Christophe Gaudin

En s’intéressant au taux de suicide, au naufrage du Sewol de 2014 et aux dernières crises politiques qu’a connues le pays, l’auteur fait état des contradictions plus profondes d’une « société de la confiance », fondée sur le respect de l’autorité et de la hiérarchie, bousculée par une logique du « chacun pour soi » toujours plus forte et l’avènement d’une « individuation sans individualisme ».


L’ouvrage est une immersion dans un pays communément associé et réduit à la compétitivité de son complexe industriel, à la popularité de sa pop culture, à la mémoire encore vive des exactions japonaises et à ses vertus confucéennes plus ou moins fantasmées en Occident. Pour toucher du doigt avec plus de justesse la singularité coréenne, l’auteur, aujourd’hui maître de conférences en science politique à l’université Kookmin, commence par raconter son arrivée à Séoul et ses premières « escapades nocturnes ». La capitale sud-coréenne, sans centre ni unité architecturale, aux rues sans nom, suscite une désorientation radicale et s’apparente à une « cacophonie générale ».

Pourtant, une approche culturaliste et déterministe n’aiderait pas à comprendre les disparités contemporaines entre la vielle Europe et la Corée. Au contraire, l’auteur montre « comment l’Asie retourne contre l’Occident les armes qu’il avait forgées pour asseoir sa domination ». Comprendre le modernisme effréné des Coréens d’aujourd’hui revient donc à mettre en perspective leur désintérêt pour leurs grands voisins asiatiques avec leur imitation exacerbée du modèle occidental. De la sorte, « débarrassé de scrupules, le prométhéisme occidental s’éloigne de son lieu de naissance et gagne en hubris ». À cet égard, il est frappant de constater que la Corée du Sud est le seul État au monde où le christianisme constitue la religion dominante sans avoir subi, au préalable, l’invasion d’un pays chrétien.

Est-ce à dire que le « particularisme coréen » se résume au constat d’une économie hyper-compétitive ? En s’intéressant au taux de suicide, au naufrage du Sewol de 2014 et aux dernières crises politiques qu’a connues le pays, l’auteur fait état des contradictions plus profondes d’une « société de la confiance », fondée sur le respect de l’autorité et de la hiérarchie, bousculée par une logique du « chacun pour soi » toujours plus forte et l’avènement d’une « individuation sans individualisme ».

La Route de la Soie, 2023
264 p. 18 €