Joseph Ouechen, Grand-père jouant au foot avec des enfants, Taroudant, Maroc, 2018 © Joseph Ouechen
Joseph Ouechen, Grand-père jouant au foot avec des enfants, Taroudant, Maroc, 2018 © Joseph Ouechen

Foot et monde arabe. La révolution du ballon rond

Quelle est la place du football dans le monde arabe ?


Du 10 avril au 21 juillet, l’Institut du monde arabe consacre pour la première fois une exposition temporaire à un sport. Intitulée Foot et monde arabe. La révolution du ballon rond, celle-ci explore, en onze tableaux, la relation qui unit le « sport-roi » et le monde arabe. De l’installation d’un city stade sur le parvis à la possibilité de composer une équipe virtuelle des meilleurs footballeurs originaires du Maghreb et du Moyen-Orient, la scénographie immersive emmène les visiteurs à la rencontre des acteurs et des actrices (joueurs et joueuses, supporters, journalistes, hommes politiques) qui ont écrit et continuent d’écrire l’histoire du football dans le monde arabe.

Avec l’aide d’un comité scientifique composé d’historiens spécialistes du football et de l’immigration (Pascal Blanchard, Paul Dietschy et Yvan Gastaut), les deux commissaires d’exposition ont choisi de répondre à deux questions : quels sont les héros de ce sport au Maghreb et au Moyen-Orient ? Quelle est la place du football dans le monde arabe ? La réponse à la première question est visible dans chaque temps fort. Les photographies, documentaires et objets iconographiques (maillots et images de joueurs illustres) familiarisent le visiteur avec des visages contemporains (Zidane, Salah, Mbappé) et passés (Ben Barek, Ben Larbi, Mekloufi, Zitouni). L’examen de la place du football dans le monde arabe est essentiellement visuel. Les photographies d’inconnus de tous âges pratiquant ce sport sur le macadam ou le reportage sur les supporters cairotes accompagnent la réflexion sur la réception du football dans la société arabe, tandis que le documentaire sur l’équipe féminine de football en Jordanie (17 de Widal Shakafoj) montre que ce sport parvient à s’ouvrir de nouveaux publics. Les archives permettent aussi de constater que le football peut servir de terrains de revendications politiques et personnelles (la fuite de stars du championnat français pour constituer « l’équipe du FLN »). Elles rappellent enfin que le « sport-roi » peut fédérer par-delà les religions (le club libanais multiconfessionnel du Nejmeh SC).

Plusieurs éléments attirent l’attention. Il y a d’abord la beauté des photographies, et plus particulièrement les séries d’Amélie Debray sur le football en Palestine et de Joseph Ouechen sur les matchs improvisés dans les rues marocaines ou algériennes. La partie inaugurale consacrée à Ben Barek et celle retraçant l’aventure et les polémiques suscitées par l’équipe du FLN rappellent que le football reflétait déjà les débats sur la perception des footballeurs d’origine maghrébine dans la société française. On apprécie enfin l’installation consacrée à l’œuvre de Gordon et Parreno. Baignant dans l’obscurité, les deux écrans géants permettent d’admirer la performance scénique et sportive d’un héros du stade (Zidane). Malgré l’originalité et la qualité d’ensemble de l’exposition, on peut s’interroger sur la présence du segment consacré au Paris Saint-Germain ainsi que sur la présentation limitée d’un match pourtant symbolique (France-Algérie). Une étude approfondie aurait sans doute permis d’éclairer les répercussions des événements ayant émaillé cette rencontre et ainsi d’amorcer une réflexion sur les liens entre la société française et ses différentes composantes ethno-religieuses.

Un an après le deuxième succès mondial de l’équipe de France, et alors que la coupe du monde féminine de football organisée en France connaît un vrai intérêt, cette exposition étudie la popularité et l’attrait d’un sport qui a depuis longtemps imprégné et rythmé le quotidien des populations arabes.