Portrait d’Antonín J. Liehm, archives personnelles JdP. [DR]
Portrait d'Antonín J. Liehm, archives personnelles JdP. [DR]

Un parcours tchécoslovaque jusqu’au Printemps de Prague

Rencontre avec Antonín J. Liehm

L’écrivain et journaliste Antonín Liehm est décédé à Prague le 4 décembre 2020, à l’âge de 96 ans. Figure européenne et grand témoin du XXe siècle, critique littéraire et cinématographique, fondateur de la revue Lettre internationale, il mettait la culture au centre de la vie sociale et politique. L’historien Antoine Marès l’a interviewé en 1997. Dans cet entretien inédit, Antonín Liehm revient sur son parcours et ses engagements.


Antonín Jaroslav Liehm, AJL ou Tonda, comme l’appelaient ses intimes, a survécu à la plupart de ses contemporains. Cela explique peut-être que, même en République tchèque où il était rentré en 2013, sa disparition n’ait pas été remarquée comme elle aurait pu l’être. Être né en 1924 sous la Première république tchécoslovaque fondée en 1918, rognée en 1938, détruite en 1939, occupée pendant six ans jusqu’en mai 1945, perdue pour la démocratie libérale lors du coup de force du 25 février 1948, puis envahie par les troupes du Pacte de Varsovie le 21 août 1968 avant une nouvelle occupation de vingt années, c’était être aux premières loges des convulsions de l’Europe au XXe siècle, dans un pays à la fois sismographe et laboratoire du Vieux Continent.

Antonín Liehm a traversé ces décennies en s’engageant. Quand je suis venu l’interviewer le 12 septembre 1997, je cherchais surtout à comprendre sa trajectoire et ses motivations ainsi que son rapport au communisme. Cela passait par ce qu’il avait vécu comme enfant et comme adolescent. Il s’était trouvé très tôt en contact avec la fine fleur de l’intelligentsia de gauche, qui dominait la culture tchécoslovaque de l’entre-deux-guerres, en proximité d’ailleurs avec la culture française qui était une sorte de modèle depuis la fin du XIXe siècle. Ces jeunes artistes, écrivains, universitaires étaient mobilisés par l’antifascisme, et ils étaient proches d’un parti communiste tchécoslovaque (assez semblable au PCF) puissant et bien endogène. L’épreuve et l’humiliation de l’Occupation, l’enthousiasme d’une reconstruction sur des bases nouvelles dans une atmosphère encore relativement ouverte, la reconnaissance cultivée à l’égard du libérateur soviétique renforçaient l’attractivité du PCT. Ainsi Antonín Liehm s’était-il engagé, jeune journaliste, peut-être grisé par ce fameux « vertige d’être au volant de l’histoire », que tous ne partageaient pas cependant. Puis l’illusion lyrique de l’avenir communiste s’était brisée pour lui et ses camarades à la suite de l’épreuve de la stalinisation à laquelle ils avaient, souvent naïvement, pris part : ils n’y voyaient plus un monde construit sur la générosité sociale et la culture, mais sur l’industrialisation forcée et la répression exigées par Moscou. Les premières entreprises de la phase d’enthousiasme initial n’y résistèrent pas. Les doutes apparurent. La méfiance s’installa. Et le tournant intervint dès 1953, à la mort de Staline. Il ne s’agissait plus désormais d’édifier une société nouvelle, mais de ruser avec le pouvoir pour se ménager des espaces d’existence et de liberté. Certains avaient choisi courageusement la rupture dès 1948 ; d’autres, plutôt que d’affronter ce pouvoir, préférèrent jouer dans les interstices qu’il offrait en adoptant son langage pour mieux le subvertir. Leurs petites victoires leur parurent d’autant plus grandes que l’exercice était risqué. Cette vision des choses – qui a donné lieu à bien des controverses par la suite, voir l’opposition entre Milan Kundera et Václav Havel – est au cœur des polémiques sur le Printemps de Prague de 1968 auquel Antonín Liehm, qui en avait été un animateur culturel clef, était si attaché1

L’invasion soviétique sonna le glas des quelques mois au cours desquels les citoyens eurent le sentiment d’une liberté recouvrée. Ce « socialisme à visage humain », qui avait laissé entrevoir l’espoir d’une troisième voie entre socialisme et capitalisme, disparut sans lendemain. AJL choisit l’exil, en Europe, aux États-Unis puis en France, avant de pouvoir revenir par éclipses à partir de 1989 dans une Tchécoslovaquie libérée, et d’y republier.

Malgré toutes ces vicissitudes, AJL n’avait pas perdu ses convictions de gauche et refusait de renier ses engagements initiaux. Cette fidélité obstinée à son passé a nui à sa réintégration dans une Tchécoslovaquie qui, au moment du renversement pacifique du pouvoir communiste en novembre 1989, a choisi Havel contre Dubček, soit l’héritage de la dissidence contre celui des réformateurs de 1968, avant de manifester au premier un désamour à l’aune du malaise de ceux qui, sommes toutes, s’étaient accommodés d’un pays normalisé2. La vision et l’interprétation de l’histoire par AJL étaient donc partisanes, et il ne le cachait pas. Les discuter relèverait d’un exercice qui n’a pas sa place ici et je me suis limité à reproduire ses propos sans les commenter.

Ce « grand témoin » de l’histoire avait été immergé dans la culture européenne, tout particulièrement française. Parmi ses fréquentations de jeunesse, les francophones et francophiles étaient nombreux ; ils traduisaient la littérature française, qu’il s’agisse de romans ou des recueils de poésie. En s’attaquant à l’œuvre d’Aragon, de Sartre et de quelques autres, il suivit leur exemple et fut un passeur de la culture française dans son pays : les témoins se souviennent de la finesse avec laquelle il avait traduit les discours des surréalistes français menés par Jean Schuster venus à Prague au printemps 1968 pour l’inauguration d’une exposition sur un mouvement qui avait dû se réfugier dans la clandestinité et avait à nouveau droit de cité. Surtout, le jeune journaliste était fasciné par le cinéma, que son pays a porté, avec les studios de Barrandov et des metteurs en scène mondialement connus, au plus haut. Il était présent au festival de Cannes de 1946 pour en devenir un visiteur assidu à partir de 1956 et suivre l’éclosion de la nouvelle vague tchécoslovaque dont il devint l’analyste et le chroniqueur reconnu. Qui veut connaître le cinéma tchécoslovaque et est-européen doit lire ses ouvrages. Qui veut saisir l’effervescence intellectuelle des années 1960 doit se plonger dans son recueil d’interviews paru chez Gallimard en 1970 sous le titre Trois générations. Entretiens sur le phénomène culturel tchécoslovaque, avec une préface de Jean-Paul Sartre. Une fois exilé, il devint un médiateur de la culture de son pays et de l’expérience du Printemps de Prague, intervenant dans de nombreux périodiques, dont Esprit. Mais il fut surtout l’initiateur d’une aventure éditoriale qui a fait date : la création d’une revue culturelle aux ambitions non seulement européennes, mais mondiales. Fondée en 1984 en français, Lettre internationale a eu des éditions en allemand, en italien, en espagnol, en hongrois, en roumain et même en danois. Malheureusement, l’édition française ne résista pas aux lois du marché et disparut en 1993. Par leur originalité, les couvertures conçues par l’artiste et poète exilé Jiří Kolář restent dans l’œil du lecteur. Cette aventure n’était que la conclusion occidentale des initiatives multiples d’un formidable initiateur de publications tant dans son pays, à chaque fois que le relâchement de la censure le permettait, qu’en exil.

Au cours des trente dernières années, j’ai souvent rencontré Antonín Liehm et nos discussions étaient parfois animées. Le 16 novembre 2019, je l’ai revu à Prague pour la dernière fois à son domicile. Toujours aussi généreux, encore alerte d’esprit mais fatigué de son corps souffrant, il m’avait dit au moment de mon départ avec un sourire résigné qu’il espérait que le ciel n’allait pas l’oublier longtemps sur terre…

Entretien avec Antonín Liehm

Enfance et adolescence : les racines d'une trajectoire

Il y a toujours une ou deux raisons fondamentales qui décident de notre orientation. Il faut tout d’abord expliquer mon « conditionnement social ». Je suis né dans une famille de la petite bourgeoisie praguoise. Mon père était avocat et s’occupait des divorces, dans le quartier ouvrier de Žižkov. Déjà dans ces années-là, quand j’avais cinq ou six ans (je suis né en 1924), la crise économique commençait. J’étais entouré par la pauvreté et par des enfants en situation difficile, même si je vivais dans un milieu relativement feutré où nous n’avions aucun problème de ce genre-là. Quand j’étais encore à l’école primaire, l’école ou mon institutrice a pris l’initiative suivante : les familles aisées invitaient une ou deux fois par mois les enfants de familles qui n’avaient pas de quoi manger chez eux.  C’est ce que j’ai fait, avec un camarade diaphane, sous-alimenté. Et je l’emmenais chez moi : j’avais une telle honte que ça m’est resté pour la vie. J’avais alors neuf ou dix ans. Je crois que nombre de gens de ma génération ont eu de telles expériences. Il y a de nombreuses anecdotes de ce type, mais elle est typique pour ce que je voulais vous dire.

Comme je vous l’ai dit, mon père gagnait bien sa vie. Son père, qui était comptable dans une sucrerie à Opočno et qui était décédé quand il avait quatre ans, lui avait légué un immeuble qu’il avait acheté pour son épouse. Et cet immeuble a nourri notre famille. Mon arrière-grand-père, lui,   était jardinier et a créé le parc des châteaux des Colloredo-Mansfeld à Dobřiš (à la française) et à Opočno (à l’anglaise). Ma famille était originaire des Sudètes, du côté de Žatec3. Au début du XXe siècle, cette famille s’est scindée en trois : une partie est restée allemande des Sudètes, une deuxième autrichienne, une troisième est devenue tchèque nationaliste. J’avais un oncle qui était sénateur nazi, que la famille ne fréquentait pas ; un autre était conseiller de la cour (Hofrat) à Graz puis à Vienne, et sa fille est devenue aussi nazie à Vienne. Mon père était plutôt de droite : il était étudiant à la chute de l’empire austro-hongrois et plutôt nationaliste. Il n’avait pas d’activité politique, mais il lisait Národní listy(de Karel Kramář4) ; ce qui est très amusant puisque ma femme Miroslava est la fille du directeur de ce journal, Vladimír Sís, et que Mme Kramář était sa marraine.

Mon père, qui appartenait à la bourgeoisie moyenne, a dit toute sa vie qu’on n’avait plus d’argent au milieu du mois. En même temps, il aspirait à ce que nous fréquentions la vraie bourgeoisie praguoise. C’est alors que j’ai commencé à ne pas aimer ce milieu. J’ai alors appris la différence entre la bourgeoisie européenne et ce que les Américains appellent la « middle class » : la première prétend toujours être ce qu’elle n’est pas, c’est-à-dire qu’elle singe l’aristocratie. Elle prétend lire sans lire, elle va au théâtre pour se faire voir etc. La seconde, américaine, est riche, mais elle ne prétend rien. Elle est simple et bornée, mais honnête. Et ce que j’ai senti dans mon adolescence a été confirmé dans ma vie. La bourgeoisie a les moyens financiers pour s’acheter une image, mais elle n’a pas de moyens autres.

Ensuite, après ce conditionnement psychologique, il y a eu la guerre et le fascisme. Lors des accords de Munich, j’avais 14 ans. Et j’ai vécu très intensément cette période. J’ai fréquenté jusqu’en quatrième le lycée de la rue Dvořákova (à l’époque), à la limite de Žižkov et de Vinohrady. À partir de la cinquième classe, j’ai changé parce que je ne voulais pas poursuivre des études classiques (le grec) et je suis allé au lycée Slovenská à Vinohrady pour mes quatre dernières années, jusqu’au baccalauréat. Les lycéens étaient assez mélangés et, pendant la guerre, les barrières sociales s’estompaient.

Nous allions pendant les vacances à côté de Telč. Ce devait être en été 1936 qu’arrivèrent des gens qui appartenaient à une troupe de théâtre : c’était Emil František Burian et ses collaborateurs. J’étais un très bon joueur de ping-pong, lui adorait ça. Nous avons joué ensemble. Et quand je suis rentré à Prague, j’ai commencé à m’intéresser à ce qu’il faisait. J’ai fréquenté son théâtre et, en 1938-1939, je suis devenu secrétaire de la Section des amis de son théâtre, dans mon lycée. Il s’agissait d’un théâtre de gauche et d’avant-garde. Burian a été arrêté, pratiquement sous mes yeux, puis envoyé en camp de concentration. Mon père a été aussi arrêté en tant que secrétaire général des Amis de la Yougoslavie en avril 1941, puis il a été relâché quelques mois plus tard. C’était toute une atmosphère.

Mon père avait aussi des amis intellectuels. Quand j’ai été bachelier, j’ai été admis dans ce cercle. J’étais alors « Totaleinsatz »5, et je travaillais comme ouvrier (je comptais le bois) près de Prague. On trouvait lors de ces réunions les écrivains Václav Řezáč6, Zdeněk Nĕmeček et Jan Drda, Luboš Suchý (propriétaire de l’atelier où on se réunissait), Václav Vojtĕch Novák (paysagiste du sud de la Bohême), un mélange assez drôle. Mais alors que j’étais encore lycéen, je me suis fait inviter par la famille de Řezáč, qui avait deux fils, dont un était musicien puis compositeur, et qui est devenu un ami. Si je vous parle de Řezáč, c’est que c’est important pour l’après-guerre et mes engagements ultérieurs. Chez lui, j’ai rencontré une autre étudiante, d’une famille communiste, liée aux milieux artistiques, et j’ai croisé chez elle Marie Majerová, Václav Černý, František Halas7… Par ailleurs, ma future première épouse, que j’avais connue à Telč, avait un soupirant plus âgé que moi (de quatre ans), qui m’a fait entrer en 1943-1944 au sein du parti communiste clandestin. Rudolf X. était de Zlín, très intelligent, il voulait faire du cinéma ; mais en 1948, ayant eu une bourse en Suède, il n’est jamais revenu. Et je l’ai revu dans les années 1970, après avoir trouvé son nom parmi les membres de la Czechoslovak Society of Arts and Sciences (SVU) : il était professeur à l’Université de West Virginia.

À l’époque, j’avais fait un test psychologique au lycée et j’avais dit que je voulais être diplomate : la politique, les voyages et les langues m’intéressaient. En même temps, j’ai écrit mon premier essai sur le théâtre de Burian au lycée, à 17-18 ans.

J’ai donc fini la guerre en transportant des messages, puis dans les bois au sud de Prague, avec un groupe de résistants, et finalement pendant l’insurrection de Prague, à la mission de la Croix-Rouge, qui cherchait des personnes parlant les langues étrangères. J’y ai passé la période du 1er au 9 mai. Et la dernière nuit, j’ai fait la navette entre la Croix-Rouge et la division SS à Prague pour la faire quitter Prague : il s’agissait pour elle de partir à Plzeň sans être inquiétée. Le commandant a ouvert à 2 heures du matin une bouteille de champagne une fois l’accord conclu et il a dit : « Nous partons, les Russes arrivent, bonne chance ! ». C’est ainsi que je me suis trouvé aussi à l’état-major du soulèvement et que j’ai vu le 9 au matin arriver les premières motocyclettes soviétiques. La guerre était terminée8

 

L’engagement journalistique et politique

Après la guerre, je suis rentré immédiatement dans le journal Práce comme stagiaire : Řezáč et Drda y occupaient des fonctions. Le 11 mai 1945, j’avais ma carte du parti, à Žižkov. Je me suis mis alors à chercher Burian. Nous savions seulement que les déportés du camp où il se trouvait avaient été évacués par un bateau qui avait été bombardé. Puis j’ai rencontré à Prague un garçon habillé en marin : il venait pour qu’on rapatrie Burian. Je suis allé voir le président des Amis du théâtre, futur directeur des éditions Československý spisovatel, Novák, et nous avons organisé une expédition de quelques camions qui ont traversé l’Allemagne jusqu’à Lübeck. C’était la fin mai, début juin : nous avons mis douze heures pour traverser Berlin. J’ai ramené Burian à Prague et je suis devenu secrétaire de son théâtre. Il voulait créer un journal qui devait s’appeler Kulturní politika, et il l’a publié avec l’aide de Čin (les éditions des Légionnaires et la Legiobanka). C’est lui qui m’a demandé de m’en occuper comme rédacteur en chef avec un de ses amis bon traducteur d’anglais (Pober), et le premier numéro est sorti en septembre 1945, avec un slogan en travers de toutes les pages : « Fašismus je špatný vkus »9 : c’étaient des jeux d’enfants ! Mais, deux ans plus tard, nous tirions à 30-35 000 exemplaires et nous étions une des meilleures revues culturelles tchèques. Et cette revue a été une des premières cibles du pouvoir en 1948.

Pour expliquer mon engagement, il faut ajouter mes lectures. Bien sûr la littérature, mais aussi un peu Marx, tout ce qu’on trouvait. Mais comme les universités étaient fermées, nous étions incultes. Nos lectures systématiques ont recommencé à la réouverture de ces universités ; mon père a insisté pour que je fasse mon droit. Au bout de six mois, j’ai abandonné. Et je suis passé à la faculté de sciences politiques que j’ai finie en 1948, tout en ayant mes activités éditoriales et celles du ministère des Affaires étrangères où Vlado Clementis10 m’a demandé de travailler à partir de mars 1948 à la section de presse, dont je suis devenu le directeur-adjoint à l’âge de 24 ans ! Cela n’a pas duré parce que j’ai été jeté hors du ministère en 1949. C’est l’ironie de l’histoire.

J’avais passé mon premier 1er Mai, en 1946, à Paris, de la Bastille à la Nation, devant Léon Blum, Maurice Thorez, Daniel Mayer, et c’est lors d’un meeting au Vel d’Hiv que j’ai rencontré Artur London, avec qui j’ai beaucoup sympathisé. Il est arrivé au Ministère après moi, devenant responsable du personnel (des cadres), et c’est lui qui m’a annoncé la décision de mon renvoi, me disant qu’il n’en était pas responsable. Et nous sommes restés les meilleurs amis jusqu’à sa mort. J’ai été un des premiers à le voir à sa sortie de prison et nous sommes restés très proches à Paris.

Pour l’état d’esprit qui nous animait en 1948, je vous renvoie à ce que j’ai écrit pour la revue de Jiří Pelikán, Listy. Mais je vais vous raconter une anecdote qui vous expliquera tout. Kulturní politika essayait de réaliser la quadrature du cercle : revue de gauche proche des communistes sans être communiste, et son comité de rédaction allait de Pavel Eisner à Jiří Weil en passant par Václav Lacina, František Němec11 etc. J’étais en quelque sorte l’ « enfant-Jésus » dans son berceau au milieu de ces messieurs. Il y a un caricaturiste tchèque qui a fait une carte de vœux de Kulturní politika nous représentant dans une crèche… La politique officielle du Parti communiste tchécoslovaque ne voulait pas de modèle soviétique, pas de parti unique… C’était le chemin tchécoslovaque. Mais il devenait de plus en plus étroit entre 1945 et 1948. Le 25 février de cette année, j’étais sur la place de la Vieille Ville : d’un côté, nous n’étions pas mécontents de la victoire du PCT ; de l’autre, nous nous sommes rendus compte que c’était la fin d’un rêve. C’était très équivoque. Quelques jours plus tard se réunissait le comité de rédaction de la revue ; le problème s’est posé de savoir qui écrirait le prochain éditorial. Tous ayant refusé, c’est votre serviteur qui a dû se plier à cet exercice imposé où il fallait ne pas se casser la figure. Cela reflète mon sentiment d’alors : ce n’était pas l’euphorie, un sentiment de victoire. Et nous avons bien senti ce qui se passait puisque nous avons disparu un an plus tard. C’était une victoire embarrassante dont ne voulions pas vraiment. Je dois ajouter que, début 1947, le PC a décidé qu’il fallait mobiliser les intellectuels autour du parti dans Kulturní obec /la Communauté culturelle/. À ce moment, la droite (les socialistes nationaux, les populaires, le journaliste Ferdinand Peroutka, le comparatiste Václav Černý, le théoricien de l’art František Kovárna…) a créé Kulturní svaz /l’Union culturelle/. Le PC s’est alors rendu compte qu’il avait commis une erreur : au lieu d’un encadrement, le parti avait fait naître un conflit dont personne ne voulait. Les deux organisations se sont rencontrées et ont créé une commission mixte pour que les deux organisations se fondent. Je suis devenu le secrétaire de cette commission qui s’est réunie dans la grande salle de rédaction de Kulturní politika (désormais KP), pendant près d’un an. Tous espéraient que quelque chose se passerait.

Adolf Hoffmeister, qui était à Paris, ne participait pas à cette vie intellectuelle praguoise, même s’il avait collaboré aux débuts de la revue12. En 1945, se réunissaient chez lui la jeune intelligentsia et les étrangers de passage, d’Aragon à John Steinbeck : je les ai tous rencontrés chez lui. C’était une grande période.  

La fermeture de KP est liée à l’évolution de l’Union des Ecrivains qui en était l’éditeur depuis 1947. Comme elle avait un quotidien (Lidové noviny), on a déclaré qu’elle n’avait plus besoin d’un hebdomadaire et qu’on pouvait les fusionner. Ce qui fut fait en été 1949. Il n’y a pas eu d’épuration au sens propre : il s’agissait d’une toute petite équipe et ceux qui y contribuaient ont été écartés sur leurs lieux de travail principal. Les Lidové noviny ont disparu un peu plus tard, en invoquant l’argument que l’Union des Ecrivains soviétique n’avait pas de quotidien ! Et l’hebdomadaire a pris, comme en URSS, le nom de Literární noviny.

Ce sont souvent (mais pas toujours) des jeunes gens qui prennent des responsabilités nouvelles : c’est le cas de toute révolution. Il suffit de se rappeler de l’âge moyen des révolutionnaires français ou des bolcheviks. Ces jeunes générations sont sans mémoire et sans éducation. C’est le même cas aujourd’hui en République tchèque dans les médias. Mais si vous me demandez si j’ai vécu ces événements dans l’enthousiasme, avec l’idée que nous allions construire une société nouvelle, alors non. L’aventure de KP reflète parfaitement mon point de vue. Mais je ne voudrais pas le généraliser parmi les intellectuels et les non intellectuels. Dans les milieux universitaires communistes, j’étais considéré comme trop libéral. Avant les élections de mai 1946, KP a organisé une grande rencontre de la jeunesse au palais Lucerna13, qui correspondait aux sensibilités de notre comité de rédaction : parmi eux, le philosophe J. B. Kozák. Je présidais. Kozák nous a dit que nous étions très enthousiastes, mais que nous n’avions encore rien lu et rien vu. Il nous a conseillé d’étudier et de lire, et d’ensuite seulement de faire la révolution. Je lui ai répondu que nous l’apprécions beaucoup mais que nous ne le suivrions pas, parce que nous voulions d’abord faire la révolution et ensuite étudier. Ce qui s’est passé. Un bon mot plutôt qu’un militantisme absolu. Nous attendions de cette révolution la voie tchécoslovaque vers le socialisme.

Il faut se remettre dans le contexte : même des gens comme Záviš Kalandra14 ou Jiří Weil n’acceptaient pas la vision ultra-critique qu’avaient certains de l’URSS ; par ailleurs, nous avions tous vécu la crise, Munich, l’Occupation. Nous étions facilement recrutables parce que nous étions également patriotes. Moi-même j’ai présenté au parti un projet de revue marxiste, mais qui ne publierait que des matériaux communistes occidentaux. On sentait qu’il y avait un langage différent. Bien sûr, ça a été refusé. On retrouvera les mêmes choses, dans d’autres conditions, avec une autre idéologie, en 1968. C’est-à-dire faire pour le mieux dans la mesure du possible. On ne voulait pas que revienne ce qui avait précédé 1945, on ne voulait pas non plus qu’arrive ce qui existait en Union soviétique. J’ai écrit un autre éditorial pour lequel j’ai été loué par Václav Černý à propos de l’affaire Akhmatova15.

Pour moi, le vrai moment critique est arrivé après. Je me suis marié en décembre 1948, ma femme ayant alors deux petits enfants. KP a été fermé en 1949 et j’ai été renvoyé du ministère. Étant rentré au PC à un moment où cela représentait plus un danger qu’un gain, je me trouvais à la rue de tout, réprimandé par le parti (sanction qui précédait l’exclusion). Mon service militaire, comme étudiant, aurait dû être de six mois : or, il s’est transformé en deux années (1950 et 1951), sans rien. Je me suis alors dit que je n’avais pas raison contre tout le monde et j’ai essayé de me persuader que j’étais responsable de ma situation, que j’étais resté bourgeois etc. J’en suis arrivé à une étape quasi religieuse, pensant qu’il y a des choses qu’on ne comprend pas, mais qu’il faut absolument croire. C’est seulement à cette époque que j’ai écrit et publié des choses dont je ne suis pas très fier. J’ai notamment traduit l’autobiographie de Maurice Thorez16, mais comme j’étais interdit de publication je ne l’ai pas signée. Cela a duré un ou deux ans. Il fallait que je gagne ma vie et j’acceptais toute traduction ; c’est comme ça que j’ai appris le russe pour la maison d’édition de l’armée, Naše vojsko. Je n’écrivais donc nulle part. Mais, en 1952, Jaroslav Putík17 m’a appelé de Literární noviny pour me demander si j’accepterais d’écrire un article sur le sionisme18. Ce que j’ai accepté. On fait parfois de telles choses dans la vie. En 1956, je travaillais chez ČTK en raison de mes connaissances linguistiques. On m’a alors annoncé que j’étais réhabilité et que j’allais retrouver mon poste au ministère des Affaires étrangères. J’y suis donc revenu. Et c’est la grande bêtise personnelle (et pas politique) de ma vie. On m’a utilisé pour ce que je savais faire pendant quatre ans. Je n’ai jamais eu de passeport ni de visa de sortie, j’étais toujours un peu suspect. J’aurais dû comprendre que c’était une impasse. Mais je l’ai fait parce que c’était une sorte de réparation. Il y avait des gens remarquables comme Gertruda Sekaninová19, Jiří Hájek…Je suis reparti en 1960 à Literární noviny.

Des liens privilégiés avec la culture française

En ce qui concerne mes rapports avec la France, il faut préciser que mon père (il était francophile et francophone et il avait effectué son premier voyage en Suisse romande en 1918, son voyage de noces avec ma mère ayant eu lieu en France) avait un client qui était le libraire français de Prague, M. Pommeret. Quand j’avais 15-16 ans, mon père m’a dit que je n’allais pas traîner dans les rues de Prague et que j’irais deux fois par semaines aider M. Pommeret, de 1939 à 1943. C’est comme cela que j’ai appris le français. Il pouvait tenir sa librairie parce que sa femme était allemande et ils étaient venus de Berlin après 1918. Au lycée, je faisais le désespoir de mon enseignant de français que je corrigeais.

En 1945, on a décidé de faire dans KP une interview avec les ambassadeurs à Prague. L’ambassadeur était alors Maurice Dejean. Je suis passé par un des secrétaires d’ambassade, qui était un communiste, Pierre de Villeneuve. Nous nous sommes liés. Puis j’ai connu par lui les gens de l’Institut français (dont Marcel Aymonin, Marcel Girard, Jean Lajarrige etc.). De même avec Cecil Parrott, alors attaché de presse et attaché culturel britannique. J’avais beaucoup de contacts, ce qui m’a été reproché bien entendu plus tard. En 1948, il y avait des élections présidentielles aux États-Unis, et un des leaders républicains, Harold Stassen, alors gouverneur du Minnesota, a fait une tournée européenne. L’ambassadeur m’a invité à un déjeuner avec lui. En 1968, invité à cette même ambassade, j’ai retrouvé le même personnage, à nouveau candidat aux élections. L’attaché américain m’a présenté et quand je lui ai rappelé mes fonctions de rédacteur en chef de l’époque, il m’a répondu : « Vous portiez la serviette du rédacteur en chef », ce à quoi j’ai rétorqué : « Vous ne comprenez rien au communisme, c’est maintenant que nous sommes des porteurs de serviette ! » Ces contacts ont continué, même en 1948-1949, avec des Américains qui fuyaient le maccarthysme.

En ce qui concerne les Français, j’ai connu Aragon dès 1945 chez Hoffmeister, puis Sartre, que j’ai traduit, Jean-Marie Domenach à qui j’ai expliqué la situation tchèque quand il est venu dans les années 1960. De même Arthur Adamov, Armand Gatti, Georges Sadoul, un proche ami, et sa fille. Je suis le dernier survivant du premier festival de Cannes de 1946, en tant que journaliste !  J’ai repris après 1956.

Je connaissais bien Vladimir Pozner et Philippe Soupault. Hoffmeister invitait volontiers des jeunes pour participer aux réunions qu’il organisait en l’honneur de ses visiteurs : Ivo Fleischmann appartenait à ce cercle avant de partir pour Paris. De même Drda, Grossmann… Avec Ivo Fleischmann, nous nous sommes côtoyés ; mais c’était un homme malheureux ; il avait le sentiment de ne pas être apprécié à sa juste valeur ; et j’étais un des fautifs, dans son esprit, même s’il n’y avait pas d’antagonisme. Dans les années 1960, on m’a proposé le poste de conseiller culturel à Paris, poste que j’ai refusé et que Ivo a accepté : non pas que j’étais un meilleur choix qu’Ivo, mais parce qu’on voulait m’éloigner de Literární noviny. Il voulait écrire des romans qui lui tenaient à cœur, ce qu’il n’a finalement pas fait20.

Quand j’étais au ministère des Affaires étrangères, je suis venu à Paris en automne 1948 avec mon chef, Evžen Klinger21, le dernier amant de Milena Jesenská, arrêté par la suite dans son bureau, innocenté par le tribunal par mon témoignage, mais condamné ultérieurement. C’était à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations-Unies à Chaillot.

Le tournant

1956 n’a pas été un tournant pour moi : celui-ci s’est produit avant, un tournant définitif. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de Stanislav Budín, juif russe, qui avait été rédacteur en chef du Rudé právo avant guerre, puis avait passé la guerre en Amérique (il avait été exclu du parti pour avoir préconisé la formation d’un front populaire avant que Moscou ne s’y décide), avant de travailler à KP et de diriger Reportér en 1968 ; il a été mon mentor et ce que j’ai appris du journalisme vient de lui. Sa fille Rita Klimová est devenue le premier ambassadeur à Washington après 1989 : elle était comme une sœur pour moi. Par Budín, je me suis initié à la politique « écrite » et à celle qui ne l’était pas. Il m’a raconté l’affaire de la traduction d’un livre écrit par deux communistes américains sur les procès de Moscou (justifiant en 1946 la thèse stalinienne22), qu’il n’avait pas voulu traduire et qui a été un bestseller en 1947. Fin mars, début avril 1953, je reçois une dépêche reproduisant un éditorial de la Pravdaqui affirmait qu’avec l’édification du socialisme il n’était pas vrai que la lutte des classes s’accentuait, mais que c’était le contraire, ce qui était évidemment aux antipodes de la théorie stalinienne. J’ai alors appelé Budín à son domicile. Je lui ai demandé ce qui se passait avec la lutte des classes après la victoire du prolétariat ; il m’a répondu en riant : « Mais elle s’accentue ».  Nous avons compris alors que le stalinisme était terminé. Pour moi, en 1953, c’était définitif. Mais il est aussi vrai qu’à la mort de Staline, j’ai connu une dernière manifestation d’hystérie collective, un dernier effort pour y croire. Si j’étais romancier, j’écrirais un roman sur ce thème. Seule la forme littéraire permettrait de communiquer ces sentiments.

Le stalinisme a commencé à Prague en 1948. Six ou sept ans après, une grande part de ceux qui ont suivi en 1948 a commencé à comprendre ce qu’était la réalité de l’utopie communiste. Nous pourrions dire de même que, sept ans après 1990, beaucoup de gens réalisent ce qu’est l’utopie capitaliste. Comme nous sortions du tunnel de la guerre, nous étions vulnérables aux utopies. En juin dernier, le directeur de Lidové noviny se demandait si on n’a pas trahi les idéaux radieux du capitalisme ! Ces analogies sont fascinantes. La lumière était trop éblouissante à la sortie du tunnel et il a fallu du temps pour y voir clair, notamment pour la jeunesse.

La réflexion a commencé sur la perversion du système, sur la déviation de la pensée originale de Marx ; quand Khrouchtchev prônait le retour de Staline à Lénine, nous en doutions déjà. Je reste persuadé que Marx reste un grand penseur de son siècle, qu’il y appartient, même s’il y a beaucoup d’éléments qui restent vrais. Mais il y a aussi des bêtises chez Marx comme dans n’importe quel système philosophique ou social.

Il y a aussi autre chose qui vous concerne moins puisque vous vous intéressez surtout aux relations franco-tchécoslovaques, à l’émigration etc. : c’est tout le travail qui a été fait par Literární noviny à partir de 1961. Il y avait les choses possibles et les choses impossibles tout comme il y avait deux sortes de personnes : des gens comme Havel qui disaient qu’on ne pouvait rien faire à l’intérieur du système ; ils restaient donc en dehors et attendaient ; d’autres comme moi qui disaient que le système étant là, qu’il fallait le changer de l’intérieur parce qu’on ne pouvait pas le changer de l’extérieur. Tout le débat se faisait donc avec le langage du système et en tenant compte de ces paramètres. Une analogie historique éclairera mon propos : Jan Hus, le réformateur du début du XVe siècle, parlait le langage de l’Église et l’assurait en permanence qu’il ne lui voulait pas de mal. Luther a fait la même chose. À l’intérieur d’un certain type de régimes, vous ne pouvez pas faire autrement qu’utiliser, consciemment ou inconsciemment, son langage contre lui. Dubček a contribué à la destruction du système qu’il voulait sauver. Nous voulions le réformer, mais à la fin nous savions que la réforme ne pouvait pas s’arrêter et que le système allait devenir autre chose. L’idée était la troisième voie, à la fois économique et politique : nous n’en savions pas grand-chose, même le concepteur de la réforme économique Ota Šik. Nous savions simplement que ce qui était ne pouvait pas subsister et que le capitalisme établi ne nous paraissait pas un idéal. On peut beaucoup discuter sur la foi dans la troisième voie, mais sans elle, il n’y pas d’histoire de l’humanité. C’est un moteur autant qu’une utopie. En utilisant ce langage, on a rendu possible l’adhésion et l’action des gens qui n’étaient pas d’accord avec nous et voulaient rester en dehors du système. Par exemple, Havel n’aurait pas pu mener cette bataille. Ce qui est intéressant dans les années 1960, c’est de voir des vieux communistes comme Vaculík, Klíma, Krejča, Poledňák vouloir aussi peu sauver le vieux communisme que les vieux anticommunistes comme Škvorecký, Havel etc. Ils se sont obligés mutuellement de penser. Même Havel ne veut pas en parler, comme si un jour Dieu avait dit au camarade Antonín Novotný de laisser jouer ses pièces de théâtre.

Tout s’est passé par étapes : 1953, 1956, 1958 avec le regel. Quand j’étais au ministère des Affaires étrangères, à partir de 16 heures je menais un autre métier. Je traduisais, j’écrivais. À partir de 1960, ça ne s’est plus arrêté. Entre 1962 et 1967, il y a eu deux décisions du Comité central impliquant mon départ de Literární noviny, qui n’ont pas été exécutées : c’était dire l’affaiblissement du pouvoir politique. Il y avait déjà des contre-pouvoirs. Et certaines choses n’étaient plus possibles ; l’attaque frontale du Congrès des Ecrivains de 1967 a ouvert définitivement la brèche. Le combat culturel a joué un rôle décisif. Pendant toutes ces années, je me suis concentré sur le cinéma tchèque : mes articles sont un tableau de cette lutte. Sergej Machonin faisait la même chose pour le théâtre, Milan Jungmann pour la littérature.

Le colloque Kafka de Liblice, par exemple, en 1963, n’était pas exempt de langue de bois ; mais ça rendait Kafka publiable23. Et ce n’est pas resté confidentiel. Les Allemands de l’Est avaient envoyé leur idéologue. Qu’ont fait les Literární noviny ? Ils ont publié son discours. Le parti était ravi. Dans les trois numéros suivants, nous avons publié les réponses. Nous agissions en permanence comme cela.

  • 1. Michael Wellner-Pospisil, Jean-Gaspard Páleníček (dir.) Culture tchèque des années 60, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • 2. Antoine Marès, Françoise Mayer, Jacques Rupnik (dir.) L’onde de choc tchécoslovaque. 1968 en Europe médiane et occidentale, Paris, Institut d’études slaves, 2020.
  • 3. Au nord-ouest de la Bohême, les Sudètes étant de peuplement majoritairement allemand.
  • 4. Karel Kramář (1860-1937) était une grande figure russophile et conservatrice. Il a été condamné à mort puis gracié pour ses activités antiautrichiennes pendant la guerre.
  • 5. L’équivalent du STO français dans le Protectorat de Bohême-Moravie (mars 1939-mai 1945).
  • 6. (1901-1956), journaliste, romancier, scénariste, à la tête des éditions littéraires Československý spisovatel de 1949 à 1956.
  • 7. Marie Majerová (1882-1967), romancière et une des icônes de la littérature communiste ; Václav Černý (1905-1987), un des grands comparatistes européens, écarté par les communistes de l’Université en 1951 ; František Halas (1901-1949), grand poète de gauche.
  • 8. Le soulèvement de Prague a commencé le 5 mai et s’est achevé le 9 avant l’arrivée des troupes soviétiques.
  • 9. « Le fascisme, c’est le mauvais goût ».
  • 10. Vice-ministre des Affaires étrangères, condamné à mort dans le procès Slanský de 1952, à la différence d’Artur London, condamné à la réclusion à perpétuité.
  • 11. Pavel Eisner (1889-1958), linguiste, essayiste, un des plus grands traducteurs tchèques ; Jiří Weil (1900-1959), écrivain juif et communiste, dont l’œuvre est marquée par son séjour en URSS et par la shoah ; Václav Lacina (1906-1993), romancier satirique de la petite bourgeoisie ; František Němec (1898-1968), dramaturge et romancier communiste satirique.
  • 12. Adolf Hoffmeister (1902-1973) est proche des avant-gardes dès son plus jeune âge ; écrivain, peintre, caricaturiste génial, il fréquente l’élite intellectuelle mondiale et s’engage dans la lutte antifasciste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il connaît une véritable odyssée avant d’occuper des fonctions officielles (dont celle d’ambassadeur en France de 1948 à 1951) et une fortune politique à éclipses. Il est une figure essentielle de la culture de gauche tchèque pendant plusieurs décennies.
  • 13. Grand complexe de divertissement praguois créé par la famille Havel.
  • 14. Bernard Legendre, « Un procès de Prague vu de Paris. L'affaire Zavis Kalandra », Esprit, février 1978.
  • 15. La grande poétesse russe Akhmatova est chassée en 1946 de l’Union des écrivains soviétiques à la suite de la mise en œuvre du jdanovisme, qui traque toute voix hétérodoxe au « réalisme socialiste ».
  • 16. Syn lidu, Svoboda, 1950 (la traduction est signée par Jiří Záhoř).
  • 17. Écrivain et journaliste de la même génération (1923-2013) dont la trajectoire a été marquée par les mêmes aléas politiques.
  • 18. Cet article du n° 44 des Literární noviny se situait dans le cadre de la violente campagne antisioniste (et antisémite) liée au fameux procès contre Rudolf Slanský (et Artur London), dont 11 des 14 accusés étaient d’origine juive, un « modèle » de procès stalinien des démocraties populaires.
  • 19. Sekaninová (1908-1986), avocate, internée à Theresienstadt puis à Auschwitz par les nazis, elle rentre au PCT en 1945 et occupe d’importantes fonctions au ministère des Affaires étrangères, puis connaît la disgrâce. Très forte personnalité, elle s’est engagée dans la dissidence dans les années 1970-1980.
  • 20. Le poète Ivo Fleischmann (1921-1997) faisait partie des jeunes protégés de Hoffmeister : il choisit l’exil à Paris après l’invasion de la Tchécoslovaquie. Il a publié notamment Histoire de Jean (Actes Sud, 1986). Son fils Michel est actuellement ambassadeur de la République tchèque à Paris.
  • 21. Journaliste, traducteur et homme politique (1906-1983).
  • 22. Thèse qui défendait la justesse des accusations lancées contre les rivaux potentiels de Staline lors de la grande vague des procès de Moscou de 1936 à 1938.
  • 23. C’est à propos de ce colloque que Roger Garaudy a créé l’expression « Printemps de Prague » qui a connu une telle fortune par la suite.