Bertel Thorvaldsen, Le Christ attribue la direction de l'Eglise à saint Pierre (1818)
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Une Église mortifère ?

L’ampleur des abus sexuels dans l’Église catholique est telle que la question se pose, et d’abord aux catholiques eux-mêmes : s’agit-il d’accidents malheureux dus à quelques prêtres pervers ou « en souffrance » passagère, ou faut-il incriminer un système devenu structurellement destructeur ? Pour Daniel Bogner, professeur de théologie morale à l’université de Fribourg (Suisse), le désastre résulte d’une « sacralisation » indue, au cours d’une longue histoire, de l’autorité, des institutions, des fonctions : elle a produit un corps sacral intouchable et un cléricalisme étouffant, pratiquant un entre-soi inaccessible à toute critique.

Le gouffre où les abus sexuels et spirituels ont plongé l’Église est très profond. À leur sujet, même des évêques parlent maintenant de « causes systémiques ». La sidération vient de ce que les révélations ne concernent pas les marges, mais le cœur du catholicisme européen, celui qu’on tenait pour spirituellement éclairé et sensible aux évolutions de la société. Or il n’y a pas eu, semble-t-il, de « ligne jaune » qui ne puisse être franchie : on voit ainsi un prêtre dominicain, auteur d’abus graves sur une longue période, se justifier en invoquant l’« amour d’amitié », qui permettrait des intrusions physiques et érotiques au titre de l’accompagnement spirituel ; des religieuses devenues enceintes après des relations sexuelles avec des prêtres sont invitées par leurs supérieures à se faire avorter… Les victimes d’abus sexuels et spirituels – garçons et filles, enfants et jeunes, religieuses sans défense et… non défendues – se comptent par milliers dans le monde. Comment en est-on arrivé là, à pareille « tolérance » devant les ab

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