Maxine Singer : vers le décryptage du génome
Biologiste moléculaire et administratrice de la recherche scientifique, l’Américaine Maxine Frank Singer (1931-2024) a joué un rôle fondamental dans le décryptage du génome, ainsi que dans la régulation des recherches scientifiques et la formation scientifique des femmes et des minorités.
Biologiste moléculaire américaine reconnue pour ses contributions au décryptage du code génétique, Maxine Singer, née Frank, a joué un rôle déterminant dans les débats bioéthiques. En matière de politiques de la recherche et de l’éducation, Maxine Singer a promu l’intégration des femmes et des minorités dans les filières scientifiques, défendu l’égalité d’accès aux formations universitaires et aux opportunités de carrière scientifique, et contribué à la mise en place de programmes innovants pour améliorer l’enseignement des sciences dans les écoles publiques.
Native de New York, Maxine Frank fréquente les écoles publiques de Brooklyn, où son professeur de chimie éveille son intérêt scientifique. Puis elle obtient un Bachelor en chimie de l’université de Pensylvanie, avec une spécialité en biologie, ce qui, à l’époque, constitue une innovation par rapport au curriculum habituel. Elle soutient une thèse à l’Université Yale en 1957 sur la chimie des protéines.
Trois ans seulement après que la structure en double hélice de l’acide désoxyribonucléique (ADN) a été élucidée, Maxine Singer rejoint le laboratoire de biochimie des National Institutes of Health, intégrant une petite équipe de recherche sur les acides nucléiques. Elle y explore le rôle des enzymes dans la synthèse d’acides nucléiques. À l’aube de la biologie moléculaire, ses travaux sur la structure chimique et la synthèse de l’ADN et de l’acide ribonucléique (ARN) en collaboration avec Leon Heppel, ouvrent la voie au déchiffrage du code génétique.
Le décryptage du code génétique dans les années 1960 débouche sur des techniques d’insertion de l’ADN afin de créer des organismes génétiquement modifiés (OGM), selon un procédé fondé sur l’épissage, mécanisme de transcription génétique propre aux eucaryotes. Ce procédé permet d’étudier les gènes et leurs fonctions au sein de cellules vivantes. Mais la poursuite de ces travaux de recombinaison génétique soulève des questions de sécurité publique et de responsabilité scientifique qui vont conduire Maxine Singer dans le champ de l’éthique et des politiques publiques de la recherche scientifique.
En 1973, Maxine Singer préside la conférence Gordon, qui fait pour la première fois état des préoccupations sanitaires et environnementales concernant les nouvelles techniques de recombinaison de l’ADN. Maxine Singer lance l’alerte sur les OGM, « dont l’activité biologique est imprévisible », dans la revue Science. En réponse, un comité consultatif de l’Académie nationale des sciences des États-Unis accepte un moratoire volontaire, le premier dans l’histoire des sciences, sur toutes les expériences d’épissage génétique impliquant des souches résistantes aux antibiotiques ou des virus cancérigènes.
Lors de la conférence d’Asilomar organisée en 1975 par Paul Berg, créateur du premier OGM, Maxine Singer élabore un cadre réglementaire prônant la poursuite de ces recherches conditionnée à un ensemble de restrictions et de précautions, tout en prévoyant un mécanisme permettant de lever les restrictions au fur et à mesure de l’avancement des connaissances. Par la suite, dans la presse et devant le Congrès des États-Unis, Maxine Singer défend l’autorégulation de la recherche biomoléculaire par les scientifiques concernés, tout en préconisant leur contrôle par les parties prenantes non scientifiques, et contribue à transformer les recommandations de la conférence d’Asilomar en directives fédérales.
En 1975, Maxine Singer devient la responsable de la section d’enzymologie des acides nucléiques au laboratoire de biochimie du National Cancer Institute, qu’elle dirige de 1980 à 1987. Ses recherches ont contribué à éclaircir la genèse de certaines pathologies, comme le cancer colorectal ou la dégénérescence maculaire.
En 1988, elle est élue à la présidence du Carnegie Science Institute. Pendant son mandat, elle crée plusieurs programmes éducatifs et de sensibilisation, son expérience personnelle de la discrimination la conduisant à utiliser sa nouvelle responsabilité pour améliorer l’accès à la formation scientifique des femmes et des minorités historiquement défavorisées. En tant que présidente du comité de l’Académie nationale sur les sciences, l’ingénierie et les politiques publiques, Maxine Singer est l’instigatrice d’un rapport sur les obstacles auxquels les femmes sont confrontées lorsqu’elles tentent de faire carrière dans les domaines techniques et scientifiques. Dans un entretien accordé au New York Times en 2002, elle déclare : « J’ai donné des conférences où il était vraiment important pour moi de dire “Oui, je suis une intello et j’en suis fière”. Il est important que les gens voient que cette petite grand-mère juive aux cheveux gris est l’une d’entre eux. Je ne suis pas une folle, et peu de mes collègues le sont. »