Des femmes en lutte pour les droits humains
Lauréates en 2022 de l'initiative Marianne, visant à soutenir et à accueillir en France des défenseurs de droits de l'homme, Roshna Khalil, Anarkali Honaryar, Nagham Hassan et Rhobi Samwelly partagent avec Esprit leurs parcours et leurs combats en faveur des femmes et reviennent sur la stituation sociale et politique en Afghanistan, en Irak et en Tanzanie.
Les luttes pour les droits humains sont des enjeux cruciaux et centraux pour la revue Esprit, c’est pourquoi nous sommes très heureux de cet entretien. Pour commencer, pourriez-vous nous parler de vos origines et de votre parcours ?
Roshna Khalil - Je suis Roshna Kalil et j’ai commencé mes activités militantes il y a vingt-six ans. J’ai d’abord débuté comme enseignante, puis j’ai été journaliste à mi-temps, avant de devenir directrice d’école et porte-parole du gouvernement d’Afghanistan. En parallèle de toutes ces activités, j’ai travaillé vingt-et-un ans dans les médias. J’ai notamment dirigé une émission de radio dans ma province où j’ai pu donner l’opportunité à des femmes de travailler et où leurs droits étaient discutés dans les programmes. En quatre ans, j’en ai formé soixante-douze au journalisme tout en les aidant à trouver du travail dans d’autres médias.
Anarkali Honaryar - Je suis Anarkali Honaryar. J’ai d’abord été dentiste avant d’obtenir mon diplôme de droit et de sciences politiques. Appartenant à la minorité sikhe, j’ai été la première femme afghane non-musulmane à devenir défenseuse des droits de l’homme avant d’intégrer le monde politique. En Afghanistan, ce n’est pas facile pour une femme de travailler dans le secteur public, et encore moins en politique. Elle doit obtenir l’autorisation des hommes de sa famille, de ses frères et même de ses fils. Voilà la première liberté à conquérir. J’ai donc commencé par demander la permission d’étudier à mon frère et à mon père ; ils m’ont soutenue et m’ont autorisée à aller à l’école. Pour cela, ils sont mes héros et je leur en suis très reconnaissante.
Ma première expérience en tant que défenseuse des droits de l’homme fut difficile. De fait, l’Afghanistan laisse peu de place au multiculturalisme et la population est très peu informée sur l’existence de minorités à l’intérieur même du pays. Aussi, lors de mes rencontres en zones rurales, en tant que jeune fille non-musulmane et sikhe, j’ai d’abord été considérée comme une étrangère. Mon combat s’est donc plus largement porté sur la lutte contre les discriminations, qu’elles soient de genre, de culture, de religion. Mon travail au sein de la Commission des droits de l'homme d’Afghanistan consistait notamment à prendre contact avec les chefs traditionnels en vue des les sensibiliser aux droits de l’homme et de la femme. Nos principaux sujets concernaient les mariages forcés et les violences contre les femmes, y compris celles dans le cadre familial. Au-delà du travail de sensibilisation, les cas de violences étaient portés devant la justice pour être jugés. Au fil du temps, et en apprenant à me connaître, les gens ont fini par me faire confiance. Dès qu’un problème survenait contre des femmes près de chez eux, j’étais la première à être contactée. Ce fut donc une expérience très intéressante pour moi.
Dans le même temps, nos actions pâtissaient de la présence des talibans qui s’opposaient à notre travail. Néanmoins, malgré les attaques et les menaces des groupes djihadistes, nous avons continué nos visites dans la région. J’ai dû interrompre ce travail que j’aimais quand ma communauté m’a demandé de me présenter aux élections parlementaires afghanes. Elle souhaitait une candidate connue et en qui elle avait confiance pour défendre nos droits et nos priorités. La campagne fut rude et la pression psychologique fut forte tant mes origines ethniques et religieuses étaient attaquées par la propagande adverse. Après avoir perdu ces élections, j’ai connu une période de dépression. J’ai malgré tout été désignée comme membre du Sénat au nom de la communauté sikhe. J’ai alors eu l’opportunité de venir en France en 2011, à Lille, où j’ai fait de merveilleuses rencontres. Je suis rentrée en Afghanistan avec une toute nouvelle énergie positive. En tant que membre du Sénat, j’ai siégé au sein de différents comités et lorsque le processus de paix a été engagé en 2019, j’ai participé au dialogue avec les talibans. Je suis heureuse d’avoir pu en être, malgré les risques pris lors de ces activités. Tous mes discours, mes écrits et mes déclarations sur les réseaux sociaux étaient dirigés contre les talibans. Le danger était donc quotidien. Sur les trajets entre mon domicile et mon travail, je devais être accompagnée d’un agent de sécurité. Cette pression psychologique fut difficile à vivre ; je quittais chaque matin mes parents, qui étaient alors souffrants, avec en tête l’idée que je pourrais ne jamais rentrer à la maison. Ma mère a d’ailleurs été victime d’une crise cardiaque, la paralysant en partie, à cause de la pression subie et donc à cause de moi. J’essaie encore de me pardonner pour cela.
Nagham Hassan - Je suis Nagham Hassan et je suis gynécologue. J’ai d’abord été diplômée en médecine, en 2002, à Mossoul. Puis, entre 2006 et 2007, des yézidis ont commencé à être assassinés dans la région. La communauté yézidie est installée dans trois zones se situant au nord-ouest de Mossoul : Sinjar, Bashiqa et Bahzani. Je suis moi-même originaire de Bashiqa et je travaille aujourd’hui au sein du Comité de justice Yézidi qui enquête sur les allégations de génocide commis contre les Yézidis depuis 2013 par l'État islamique en Irak et en Syrie.
Le 3 août 2013, l’État islamique a attaqué Sinjar et les villages yézidis alentours, commettant d’horribles crimes contre les populations. Ils ont isolé les femmes avant d’exécuter 6 000 hommes, après que ceux-ci aient refusé de se convertir à l’islam. De plus, près de 6 500 femmes et enfants ont été violentés, violés, torturés et enfin capturés et réduits en esclavage. Dans mon village, beaucoup ont du fuir au Kurdistan, dont ma famille et moi-même ; avant l’arrivée de l’État islamique, environ 600 000 yézidis vivaient en Irak, plus de 400 000 sont partis au Kurdistan en 2014. Petit à petit, les djihadistes ont pris le contrôle des territoires yézidis et ont tout détruit sur leur passage. Pendant une vingtaine de jours, j’ai donc travaillé au centre d’accueil des réfugiés et l’horreur de la situation m’a profondément choquée. Beaucoup avaient perdu leur famille et étaient encore traumatisés. J’ai essayé de les aider en leur procurant les premiers soins médicaux et en les amenant à l’hôpital si nécessaire. Mes premières visites ont été très difficiles tant ils avaient perdu toute confiance en la communauté yézidie. J’ai du rassurer ces personnes, en rappelant que j’étais des leurs et que je venais en tant que femme et médecin pour les aider.
À partir de septembre 2014, j’ai dédié toute ma vie à l’assistance des victimes et des survivants de l’État islamique, et ce à travers différents projets. Le premier a été d’ouvrir un centre de survivants, où j’ai traité plus de 100 000 victimes en leur apportant de l’aide médicale et du soutien social. Par ailleurs, nous avons construit un accord avec le gouvernement allemand pour accueillir 10 000 réfugiés. Nous avons apporté un soutien psychologique à ces derniers en leur rendant visite pour continuer à discuter de leurs difficultés. Il a également fallu s’occuper des orphelins dont les parents avaient été victimes de l’État islamique. Enfin, nous avons aussi créé un comité afin d’aider les survivants yézidis à trouver refuge dans d’autres pays comme la France, le Canada ou l'Australie.
En 2020, notre travail a cessé à cause du Covid. Il a repris en août 2020 avec la création du centre « Safer Futur » à Sinjar, qui offre un soutien psychologique aux survivants ayant des pensées suicidaires. Début 2021, nous avons ouvert un second centre, davantage consacré aux traitements des violences faites aux femmes. En tant que médecin, j’ai pu y réaliser à quel point le soutien psychologique pouvait être bien plus difficile à apporter que le soin médical.
Rhobi Samwelly - Je suis Rhobi Samwelly, la fondatrice de « Hope for girls and women » en Tanzanie ; une organisation dont le but est de lutter contre les mutilations génitales féminines et, de manière générale, contre les traditions et les coutumes allant à l’encontre des droits des femmes. Pourquoi ai-je commencé ce combat ? Parce que j’ai moi-même été excisée. Frôlant la mort à cause des saignements, je me suis relevée et j’ai empêché que cela arrive à mes plus jeunes sœurs.
Pourriez vous revenir sur le contexte politique et social de vos pays ? Comment décrire la situation des droits de l’homme et de la femme là-bas ?
Roshna Khalil - Il faut rappeler que l’Afghanistan de l’après Seconde Guerre mondiale connait une situation assez similaire à celle de la France de l’époque. Cependant, si en Europe les droits de l’homme ont continué à progresser, l’Afghanistan a malheureusement souffert pendant des décennies d’instabilité et d’insécurité, notamment engendré par les interventions étrangères et les conflits de voisinage. Cela explique en partie le retard en matière de respect des droits de l’homme. Néanmoins, les luttes pour les droits des femmes des vingt dernières années ont permis d’obtenir de réelles avancées démocratiques ; à commencer par la liberté d’expression. Soixante-deux femmes ont ainsi été élues au Parlement, ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays ! Même à l’échelle des provinces, les femmes ont investi les administrations, les médias et les écoles. Nous avons réussi à faire adopter par le gouvernement une réforme constitutionnelle fixant à 30% le quota de femmes dans les administrations. Ainsi, nous sommes parvenues à nous hisser aux plus hautes responsabilités gouvernementales et provinciales. Il y a six mois, j’ai moi-même été choisie par le peuple comme adjointe du gouverneur de Parwan, en charge des affaires sociales et économiques. Pendant un temps, les femmes ont donc pu œuvrer à l’élargissement de leurs opportunités éducationnelles, professionnelles et salariales et beaucoup d’avancées ont été réalisées en faveur de l’égalité hommes-femmes.
Aujourd’hui, les choses ont radicalement changé. Tous ces acquis ont été balayés par le retour des talibans. Les femmes ont perdu leur travail, les écoles pour filles ont été fermées et des milliers de femmes employées dans l’administration ont du quitter le pays à cause de la répression. De surcroit, un décret a été publié instituant l’impossibilité pour les femmes de retrouver leur carrière. Face à cette situation plus que critique, les femmes restent heureusement unies et solidaires dans le combat pour le retour de notre liberté et nos droits.
Nagham Hassan - De mon point de vue, le processus génocidaire débuté en 2014 à l’encontre des yézidis n’est pas clos ; il reste, par exemple, plus de 2 700 femmes portées disparues et ce malgré le recul de l’État islamique. En 2017, nous avions espoir de retrouver de nombreuses personnes à Mossoul. En réalité, nous avons été choqués de ne découvrir que quelques rescapés ; les autres ayant été emmenés par les djihadistes. De plus, près de 250 000 yézidis éprouvent encore la situation difficile des camps. D’un point de vue géopolitique, la situation est tout aussi mauvaise. Notre organisation souhaite pourtant se détacher des conflits politiques, qu’ils soient locaux ou internationaux. Nous avons besoin du soutien unanime de la communauté internationale face à la persistance de la souffrance génocidaire.
Rhobi Samwelly - Depuis 1998, la loi tanzanienne punit d’emprisonnement la pratique de l’excision. Certains hommes procédant aux excisions pris sur le fait sont jugés et emprisonnés et le combat contre les violences faites aux femmes est reconnu par le gouvernement. L’association « Hope for girls » travaille d’ailleurs en partenariat avec les autorités en vue de partager nos compétences.
Pourtant, il reste des défis. Le véritable enjeu est de faire appliquer la loi. Les mutilations génitales sont interdites en Tanzanie mais la pratique est loin d’avoir disparue. Les chefs traditionnels des communautés continuent à organiser des réunions secrètes où ils invitent les parents à confier leurs filles. Malheureusement, ils ne sont jamais poursuivis par la justice et restent au-dessus des lois ! Nous avons donc besoin d’une législation qui rompt directement avec l’immunité et le pouvoir de ces chefs traditionnels explicitement liés aux mutilations dans la mesure où l’excision ne peut être faite qu’en leur présence et sous leur bénédiction. L’attitude de certains politiciens complique les choses car nombre d’entre eux ne souhaitent pas se trouver en conflit avec les chefs en question. À cela s’ajoute les difficultés liées à l’enquête elle-même et au témoignage des jeunes filles victimes d’excision ; dès lors que celles-ci parlent, elles exposent leurs parents à la condamnation judiciaire. Il existe donc une vraie pression de certains parents afin qu’elles changent leurs témoignages et se portent responsables. Aussi, au lieu de cibler les parents et/ou les enfants, il faudrait que les chefs et les exécuteurs des excisions soient les premiers poursuivis et jugés.
Pouvez-vous nous parler des actions que vous menez aujourd’hui ? Quelles sont vos perspectives de lutte ?
Roshna Khalil - Avec le retour des talibans, ma contribution à la lutte passe d’abord par la création d’écoles clandestines pour les filles qui en sont désormais privées. Aujourd’hui, environ quatre-vingt écolières y étudient et leurs professeures sont des femmes. Le nombre d’inscrites augmente jour après jour mais nous n’avons plus les capacités d’en accueillir davantage. J’ai également soutenu cette initiative financièrement en aidant à l’achat de livres et de matériel. À l’inverse, alors même qu’elle est présente et pourrait participer au respect des droits de l’homme, l’inaction de l’UNAMA (United Nations Assistance Mission in Afghanistan), la mission spéciale des Nations Unies pour l’Afghanistan, est très décevante.
Anarkali Honaryar - J’étais déterminée à continuer mon travail comme défenseuse des droits. C’était sans compter sur les récents évènements et la prise de Kaboul. Malgré cela, je me considère comme le fruit de deux décennies de démocratie et de progrès en Afghanistan. Ces vingt années de lutte ont fait de moi une femme puissante. Aujourd’hui, si les femmes qui défendent les droits de l’homme dans le pays sont persécutées, réprimées et emprisonnées, beaucoup d’entres elles restent tout de même actives, notamment sur les réseaux sociaux (en couvrant leurs visages et en modifiant leurs noms pour rester anonymes).
Ce n’est cependant pas suffisant. En effet, les actions clandestines sont importantes mais elles ne peuvent pas être des solutions de long terme. Pour commencer à agir, il faut avant tout considérer la question de la reconnaissance du régime des talibans par la communauté internationale. C’est le premier moyen de pression à même de pousser les talibans à rouvrir les écoles de filles et à respecter les droits de l’homme en général ; ces derniers souhaitant avant tout être reconnus par le reste du monde. De fait, sur vingt-neuf décrets publiés par les talibans, vingt-six concernaient spécifiquement les droits des femmes. La reconnaissance internationale du gouvernement taliban doit donc être conditionnée à un changement de politique des droits humains.
Nagham Hassan - Ma communauté souhaite avant tout vivre pacifiquement, sans exclure d’autres cultures et religions. Nous n’avons pas d’inimitié envers la communauté musulmane mais certaines violences terribles ont été commises et il est nécessaire de les porter en justice. Compte tenu du traumatisme, la réconciliation est difficile à envisager tant que ce processus juridique n’est pas engagé. Pourtant, et malgré nos demandes, l’État irakien s’abstient de reconnaître la situation et de poursuivre en justice les responsables. Si plusieurs djihadistes sont emprisonnés en Irak, ce n’est pas en raison des actes commis contre les yézédis.
Pour obtenir la justice et les garanties de sécurité nécessaires pour retourner vivre sur nos terres, nous demandons le soutien de la communauté internationale. Nous lui demandons d’aider le Comité de justice Yézidi qui vient en aide aux survivants, et spécialement aux femmes. Je remercie d’ailleurs la France et les pays européens qui ont reconnu le terme de génocide. Cette reconnaissance est capitale afin de pouvoir guérir nos blessures. Beaucoup de survivants ont aussi besoin d’une aide psychologique et être accueilli à l’étranger leur permet de se reconstruire en bénéficiant de droits, de salaires et de reconnaissances.
Rhobi Samwelly - L’association « Hope for girls » œuvre, par l’éducation des filles, contre les mariages précoces, le travail forcé des femmes et organise des cérémonies de passage de l’enfance à l’âge adulte abolissant l’excision. Nous accordons un soutien psychologique et des conseils pour les filles et les familles qui s’engagent à refuser cette pratique. De plus, nous travaillons à la sensibilisation des communautés sur la question en utilisant les programmes scolaires, les réunions éducatives et les rencontres avec des hommes et des chefs traditionnels. Par exemple, l’organisation de compétitions de danses traditionnelles nous offre l’occasion de diffuser des messages de non-violence à la communauté.
Nous garantissons aussi des lieux sûrs pour les victimes de violences et les rescapées. Dans ces maisons sécurisées, nous apportons des conseils, des programmes éducatifs et d’éducation sexuelle. L’idée est d’aider à différencier les bonnes traditions des mauvaises. Pour autant, nous incitons également à la réconciliation entre les parents et leurs filles. Nous offrons aussi à ces dernières des moyens à la fois financiers et éducatifs, allant des cours de lecture et d’écriture à des bourses pour intégrer des écoles privées. L’association dirige celles qui doivent arrêter leurs études vers l’apprentissage de compétences professionnelles ce qui leur permet de reprendre confiance en elles et de soutenir leurs familles.
Enfin, la démocratisation de la technologie permet de lutter contre l’excision. En effet, nous enseignons aux filles les manières de repérer et de cartographier les endroits dangereux et les espaces sécurisés où elles peuvent être protégées par l’association. Cette protection se fait en collaboration avec les officiers de police. L’association entraîne aussi les jeunes filles à l’utilisation de smartphones pour signaler les violences dans les localités reculées ; on les appelle les « championnes du digital ». Dans chaque village, une femme est sélectionnée et dotée d’un téléphone grâce auquel elle peut remplir un formulaire pour témoigner des cas de violence. Son signalement est ensuite envoyé à l’association et à la police. Cela change la donne car, habituellement, seuls les hommes ont accès au téléphone
Que retenez-vous de votre expérience avec l’initiative Marianne ? Quel est votre avis sur la situation en France et la situation des femmes françaises ?
Rhobi Samwelly - Ce projet est très important pour nous. Il m’a encouragé et je repars avec un esprit neuf. Les formations dont nous avons bénéficiées grâce à l’initiative Marianne m’ont aidé à améliorer mes capacités, à apprendre des différentes expériences mais aussi à partager mon expérience avec les autres. J’ai le sentiment d’avoir été libérée d’un coffre dans lequel j’étais enfermée et de pouvoir enfin regarder dans toutes les directions et voir les choses dans leur globalité. Je n’aurais jamais pu imaginer vivre une expérience pareille, si positive et si encourageante, qui me pousse à trouver encore davantage de moyens d’aider ces filles en détresse.
Anarkali Honaryar - Suite à l’initiative Marianne, j’ai beaucoup appris et je me sens plus forte. Je remercie également le pays et ses habitants pour l’accueil qu’ils ont réservé aux réfugiés afghans après les évènements de l’année dernière. Je me sens en sécurité et protégée en France où la reconnaissance de la valeur universelle de l’individu et le respect de ses droits sans discrimination de religion sont garantis.
Mais, j’ai aussi constaté que les femmes françaises ont leurs propres combats, notamment sur la question des salaires. D’évidence, il n’existe pas véritablement de société idéale où l’égalité homme-femme serait parfaitement garantie et je me sens inspirée par les progrès qu’il reste à réaliser, ici aussi, en France.
Nagham Hassan - Cette expérience a permis de faire entendre la voix de la communauté yézidie. Depuis plusieurs années le gouvernement français a reconnu le génocide yézidi et a soutenu la communauté yézidie en apportant notamment asile et soutien psychologique à plus de cent familles de survivants. La France reste le pays des droits de l’homme et c’est pourquoi nous avons besoin de son soutien pour nous aider à rebâtir la communauté culturelle yézidie car, chaque fois qu’on quitte un pays pour fuir les violences et les génocides, on perd un peu de notre identité culturelle.
Roshna Khalil - Quand je suis arrivée en France, il y a huit mois, j’étais entièrement détruite, comme morte de l’intérieur. Je ne pensais pas pouvoir être si vite intégrée dans la société française et établir de vrais contacts avec la population. La découverte de la société française et d’autres combats que les miens m’apporte un nouvel espoir.