Vénus de Willendorf
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Lire Poe dans l’obscurité

Quels tâtonnements dans le noir, jusqu’à une culture qui sache honorer le mystère de l’incarnation, en équilibre avec une reconnaissance de la vie de l’esprit ?

Aux États-Unis, on ne lit plus Poe qu’au lycée. Quand on le lit à l’université, c’est généralement pour s’étonner qu’il ait été traduit par Baudelaire et Mallarmé, illustré en encre noire par Manet, Doré et Redon, et commenté par Valéry, Claudel, Lacan et Derrida. Ce qu’il y a peut-être de plus français chez Poe est moins sa francophilie que le fait que Pascal soit un interlocuteur discret dans La Lettre volée (1844). Avec son détective, Auguste Dupin, il cherche à démontrer la mesure d’un esprit qui réunirait « l’esprit de géométrie » et « l’esprit de finesse », cet idéal que décrit Pascal. Pour Dupin, celui qui pratique le premier est un mathématicien qui ne se fie qu’aux définitions et aux principes, manquant d’imagination, alors que le second est un artiste, qui reconnaît dans les détails inattendus les prodigieuses possibilités du réel. C’est parce qu’il réunit ces deux esprits et reconnaît les types d’esprit des autres que Dupin est un détective exemplaire. Poe renouvelle non seulement la tradition littéraire médiévale du macabre, avec ces histoires de meurtres, d

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Rose Réjouis

Rose Réjouis est professeur de littérature à The New School. Intéressée par la politique culturelle des affects, du genre, de la race et de la classe, par la pensée juive et la littérature de la diaspora africaine, elle étudie particulièrement les stratégies narratives des minorités sociales et ethniques, en prêtant attention au jeu entre idées et structures littéraires. Elle est également…