Mon élue noire #Sacre 2 (Teaser) from COD – Compagnie Olivier Dubois, image extraite, Vimeo.
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La liberté dans la discipline

Entretien avec Germaine Acogny

juil./août 2019

Dans le cadre de l’exposition Le modèle noir de Géricault à Matisse au musée d’Orsay, Germaine Acogny était de passage à Paris pour présenter Mon élue noire, ­deuxième chapitre de la collection Sacre(s) du printemps d’Olivier Dubois sur la partition de Stravinsky. Elle y met en mouvements, avec grâce et puissance, ces mots de Césaire, tirés de son Discours sur le colonialisme (1955): « Ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées, ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. »

Votre livre, Danse africaine (1980), ainsi que les écoles de danse que vous avez dirigées, Mudra Afrique entre 1977 et 1982, puis l’École des Sables depuis 1992, reprennent les principes de la politique culturelle de Senghor, l’enracinement et -l’ouverture. Ne vivons-nous pas à une époque de déracinement et de fermeture ?

Notre époque est une époque de fermeture sur soi. Il y a des divisions, des frontières entre nous, et je pense que les temps sont très difficiles. Notre époque ne comprend pas l’immigration, alors qu’elle a toujours existé et continuera d’exister. Chaque peuple a émigré, au moment où il n’avait plus de quoi vivre. Je pense qu’il faut se donner la main, entre peuples : si un peuple meurt, les autres aussi. Tous les peuples sont faits pour s’entraider : le principe d’entraide existe depuis la nuit des temps.

Je suis né au Bénin, j’ai grandi au Sénégal, je suis africaine. Mon mari Helmut Vogt est né à Francfort, et il a beaucoup voyagé, il est européen. L’École des Sables, que nous avons fondée ensemble, est une création entre une Africaine et un Européen qui gardent leur spécificité : on peut faire de très belles choses quand on respecte

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Germaine Acogny

Danseuse, chorégraphe et professeur de danse, elle est considérée comme la mère de la danse contemporaine africaine.

Jonathan Chalier

Secrétaire de rédaction de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique et à l'Institut catholique de Paris.

Rose Réjouis

Rose Réjouis est professeur de littérature à The New School. Intéressée par la politique culturelle des affects, du genre, de la race et de la classe, par la pensée juive et la littérature de la diaspora africaine, elle étudie particulièrement les stratégies narratives des minorités sociales et ethniques, en prêtant attention au jeu entre idées et structures littéraires. Elle est également…

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Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Camille Riquier, fait l’hypothèse que le monde capitaliste a substitué l’argent à Dieu comme nouveau maître invisible. Parce que la soif de l’or oublie le sang des pauvres, la communauté de l’argent est fondée sur un abus de confiance. Les nouvelles monnaies changent-elles la donne ? Peut-on rendre l’argent visible et ainsi s’en rendre maître ?