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Membres de Move · DR
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Le cercle de la visibilité

décembre 2021

Le changement de nom de la plus ancienne résidence universitaire de Princeton, renommée d’après Mellody Hobson, une femme d’affaires noire, interroge sur la portée de la réparation symbolique. Il intervient au moment même où l’on apprend que des professeurs de l’université ont conservé, des années durant, les ossements des victimes du bombardement du groupe révolutionnaire MOVE.

J’ai rêvé de Michelle Obama il y a quelques mois. Dans mon rêve, elle est toujours la Première dame. Un groupe d’étudiants lui fait visiter un site archéologique dans le sud des États-Unis. Ils lui expliquent qu’ils ont passé l’été à travailler sur cette ancienne plantation, mais qu’ils n’ont pas trouvé grand-chose. Ils avaient l’espoir de l’impressionner, mais désormais, en lui montrant le site, ils traînent des pieds. Elle demande s’ils ont pensé à chercher sous les fondations du bâtiment principal. Ils ne l’ont pas fait. Ils se dépêchent de le faire et trouvent une boîte en fer toute rouillée. Il y a des bijoux à l’intérieur. Ils sont ravis. Pour la remercier, ils lui donnent un petit collier qui était dans la boîte. Si les représentations de nos rêves sont des mises en scène de notre vie intérieure, que suis-je en train d’élaborer dans ce rêve ? Je veux être vue. Je veux être entendue. Je veux rentrer chez moi.

Malgré ce rêve prémonitoire concernant l’ancienne étudiante la plus connue de l’université de Princeton, j’ai été tout de même surprise de découvrir cette information dans le magazine des anciens étudiants de Princeton : faisant référence à « la pensée et aux politiques racistes » de Woodrow Wilson, l’université a officiellement effacé son nom au fronton de son plus ancien internat, rasé le bâtiment et décidé de reconstruire la résidence étudiante en le rebaptisant du nom de Mellody Hobson, une femme d’affaires noire et épouse de George Lucas, diplômée de

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Rose Réjouis

Rose Réjouis est professeur de littérature à The New School. Intéressée par la politique culturelle des affects, du genre, de la race et de la classe, par la pensée juive et la littérature de la diaspora africaine, elle étudie particulièrement les stratégies narratives des minorités sociales et ethniques, en prêtant attention au jeu entre idées et structures littéraires. Elle est également…

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.