Des manifestants se sont rassemblés sur l'avenue Goethe pour soutenir la candidature de Jair Bolsonaro, DR Bernardo Speck - 30.09.2018 flickr, CC BY-ND 2.0
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Ma tante est-elle fasciste ?

Désireux d’ordre, exaspérés par la corruption et la violence, angoissés par la menace de devenir « un nouveau Venezuela », de nombreux brésiliens ont été séduits par le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro. Partant d'un vécu personnel et familial, Amanda Dias nous livre ici une analyse du vote brésilien.

– Maman, c’est qui le barbu sur l’affiche ?

– C’est Lula, ma fille, un candidat à la présidence. Je ne sais pas pourquoi il fait ça, il ne va jamais gagner.

Nous faisons la queue dans une école publique, en attendant que ce soit au tour de ma mère de voter. Elle a dit ces mots sans exaltation. C’est un constat de l’inutilité de la démarche du «barbu». Ma mère se prépare à voter pour Fernando Collor, le gentleman aux cheveux lisses bien coiffés sur l’affiche d’à côté. Dans mon esprit d’enfant, les deux images juxtaposées rappellent celles du Prince charmant et du Grand méchant loup.

«Si j’étais grande, je voterais pour Collor aussi», me suis-je dit, en me souvenant de la discussion que j’avais entendue chez mes tantes : «Je vais voter pour Collor, tu as vu comme il est beau? On dirait un galant des telenovelas.» C’était en 1989, j’avais neuf ans et je me souviens d’avoir ressenti de la peine pour Lula. Ne se rendait-il pas compte du ridicule de sa situation ? J’ignorais tout de sa carrière politiq

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Amanda Dias

Docteure de l'EHESS et de l'Université de l'État de Rio de Janeiro, Amanda Dias est notamment chercheuse associée au Centre d'études en sciences sociales du religieux (CéSor/EHESS-CNRS) et membre du comité de rédaction de la revue Brésil(s). Sciences Humaines et sociales (CRBC-EHESS). Elle est l'auteure de Aux marges de la ville et de l'État. Camps palestiniens au Liban et favelas cariocas (Karthala,...

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.

 

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