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L’alerte, un enjeu démocratique ?

avril 2019

Les participants soulignent que lancer l’alerte est un geste démocratique important, mais s’opposent entre les défenseurs du simple citoyen qui sacrifie son intérêt particulier pour l’intérêt général et ceux qui valorisent les réseaux collectifs de défense des biens communs. Tous insistent sur le contexte de faillite des espaces traditionnels de la critique.

La figure du lanceur d’alerte est aujourd’hui connue du grand public, grâce à un certain nombre « d’affaires » révélées par les médias, différents films et des livres. Comment expliquez-vous l’intérêt de l’opinion pour ces figures ?

Francis Chateauraynaud Les années 1990 ont été marquées par des affaires sanitaires et environnementales comme le sang contaminé, l’amiante ou les retombées de Tchernobyl, qui ont fait évoluer l’approche des risques et des catastrophes. C’est à cette époque qu’a émergé le principe de précaution, dont l’avènement s’est doublé d’une remise en cause des formes d’expertise traditionnelles. Au niveau européen, entre 1996 et 1999, la crise de la vache folle a conduit à un changement des dispositions collectives. Les signes précurseurs, ou signaux faibles, sont devenus des sources de préoccupation, contrastant avec ce que Patrick Lagadec avait appelé les «risques majeurs[1]», et c’est dans ce contexte qu’est né le concept de lanceur d’alerte

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Antoine Deltour

Chargé d’études à l’Insee, membre du conseil d’administration de la ­Maison des lanceurs d’alerte, ancien auditeur chez PricewaterhouseCoopers (PwC) Luxembourg, il est l’un des lanceurs d’alerte à l’origine du scandale des LuxLeaks, un statut qui lui a été reconnu par la justice luxembourgeoise à l’issue de quatre procès sans condamnation....

Flore Vasseur

Entrepreneuse, romancière et réalisatrice, elle cherche à comprendre la fin d’un monde et l’émergence d’un autre. Elle est notamment l’auteure d’un livre sur Aaron Swartz, Comment j’ai liquidé le siècle (Équateurs, 2019), et du documentaire Meeting Snowden (2017).

Francis Chateauraynaud

Sociologue, directeur d’études à l’Ehess où il dirige le Groupe de sociologie pragmatique et réflexive. À l’origine du concept de lanceur d’alerte, ses travaux portent sur les processus critiques liés aux technologies et à l’environnement. Il a récemment publié, avec Josquin Debaz, Aux bords de l’irréversible. Sociologie pragmatique des transformations (Pétra, 2017)....

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« Lancer l’alerte », un dossier coordonné par Anne-Lorraine Bujon, Juliette Decoster et Lucile Schmid, donne la parole à ces individus prêts à voir leur vie détruite pour révéler au public des scandales sanitaires et environnementaux, la surveillance de masse et des pratiques d’évasion fiscale. Ces démarches individuelles peuvent-elles s’inscrire dans une action collective, responsable et protégée ? Une fois l’alerte lancée, il faut en effet pouvoir la porter, dans un contexte de faillite des espaces traditionnels de la critique.