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L'(in)achèvement de l'hospitalité

L’hospitalité ne peut s’achever dans une politique de l’appartenance qu’à condition d’affronter le caractère racial des politiques d’immigration, de cesser de présenter l’hospitalité comme un idéal abstrait et de mettre en place de politiques de l’égalité réelle qui ne présentent pas l’appartenance comme leur but.

« Humanité et fermeté» : tels sont les deux mots-clefs par lesquels les représentants de la majorité présidentielle justifient à l’unisson le projet de loi « Pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » (dite loi « Asile et immigration ») présenté à l’Assemblée nationale le 21 février 2018[1]. L’alliance de ces deux termes, aux allures d’oxymore, est paradoxalement désormais censée représenter la seule attitude raisonnable et rationnelle possible en matière de «gestion de l’immigration». Elle énonce explicitement, publiquement, la double logique pourtant déjà dénoncée en 1997 par Didier Fassin, Alain Morice et Catherine Quiminal comme relevant d’une «dialectique aussi fallacieuse que pernicieuse [2]»: il faut à la fois rassurer les Français quant aux intentions morales louables qui président à notre obligation d’hospitalité (humanité), et susciter leur crainte de dislocatio

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Magali Bessone

Professeur de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle est notamment l'auteur de Sans distinction de race ? Une analyse critique du concept de race et ses effets pratiques (Vrin, 2013).

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Assistons-nous au triomphe de la xénophobie ? Les exilés ne sont plus les bienvenus dans notre monde de murs et de camps. Pourtant, certains font preuve de courage et organisent une contre-politique hospitalière. Ce dossier estival, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, invite à ouvrir le secours humanitaire sur un accueil institutionnel digne et une appartenance citoyenne réinventée.