Alain Rey (22e Maghreb des Livres, Paris, 13 et 14 février 2016) via Wikimédia
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Alain Rey : chantre d’une lexicographie engagée

La disparition d’Alain Rey est l’occasion de revenir sur la vie et l’œuvre de cet amoureux de la langue française et de son histoire. Observateur attentif des mutations du lexique, architecte infatigable du Robert, il a longtemps incarné une défense intransigeante de la langue, qui se refusait à toute forme de purisme.

« Plus on regarde un mot de près, plus il vous regarde de loin. »
(Karl Kraus)

L’œuvre que nous laisse Alain Rey, linguiste et lexicographe, auteur du Grand Dictionnaire de la langue française, est particulièrement foisonnante ; et le personnage, devenu au fil du temps familier des Français, attirait volontiers la sympathie. Sa défense joyeuse et passionnée d’une langue dans tous ses états nous manquera beaucoup, dans un paysage médiatique un peu morose. Chaque voyage lexical où il embarquait lecteurs ou auditeurs devenait une aventure, explorée entre érudition savante et approche ludique, voire frondeuse. Il rendait visible la stabilité des origines, ces racines qu’il ne désavouait pas comme telles, mais aussi les chemins de traverse d’une étymologie prise en défaut, dont le « grincement » opère justement au bénéfice d’une langue française bien vivante, aux prises avec la pression culturelle de l’usage. Il était également sans complaisance pour la progressive atrophie de l’aura mémorielle du langage, même s’il ne partageait pas sur ce point les inquiétudes extrêmes de George Steiner sur « la grande retraite du mot

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Cécilia Suzzoni

Professeure honoraire de chaire supérieure au Lycée Henri IV, Cécilia Suzzoni est la fondatrice et présidente d'honneur de l'Association le latin dans les littératures européennes (ALLE). Elle a notamment dirigé, avec Hubert Aupettit, l'ouvrage Sans le latin (Fayard, 2012)

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.