"La prise de la Bastille", domaine public, Bibliothèque nationale de France, Wikimédia
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« Je t’aime, moi non plus »

État et société en France

L’histoire politique française est marquée par une centralité de la figure de l’État, à la fois critiqué pour ses manques et ses abus, et sollicité comme l’acteur principal de la transformation sociale. Cette relation ambivalente entre État et société pourrait être apaisée par la promotion d’un accès plus démocratique aux rouages du pouvoir.

Aussi diverses soient-elles, les cultures politiques françaises ménagent toutes à l’État une place centrale dans l’agir des sociétés. Ici réside sans doute l’un des traits les plus caractéristiques du débat politique national au regard d’autres nations, en Europe comme hors d’Europe. L’État y est l’astre rayonnant sur toutes les doctrines, sur toutes les controverses, sur toutes les dynamiques politiques. Vilipendé, adoré, souvent tout à la fois sollicité et répudié, il n’est jamais ignoré. Au pays de Proudhon, l’État n’a cessé d’être le grand spoliateur des biens, des libertés, voire des vies quand il s’engage dans des guerres, autant qu’il peut passer pour le grand redistributeur, garant de l’égalité et de la paix civile nécessaire au « doux commerce ». Indispensable État donc, qu’atteste la faible prise des doctrines lui étant franchement hostiles, comme le communisme libertaire, relégué dans un rayon exotique du musée des idées politiques, ou le libéralisme conséquent. En France, les deux adversaires, socialisme et libéralisme, qui devraient partager la même répugnance face à l’État, qu’ils appe

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Christophe Prochasson

Directeur d’études et président de l’École des hautes études en sciences sociales, Christophe Prochasson est notamment l’auteur de Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État (Fayard, 2019).

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.