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Photo · Steven Weeks via Unsplash
Dans le même numéro

La recomposition du monde. Dans l’atelier de Philip K. Dick

entretien avec

David Lapoujade

décembre 2021

La science-fiction de Philip K. Dick se caractérise par la création (et la destruction) de mondes en conflit, dont on ne sait jamais s’ils sont physiques ou psychiques, réels ou artificiels. Elle s’inscrit donc pleinement dans la culture des années 1960, marquée par le contrôle social et l’emprise des nouvelles technologies. Mais elle lui oppose la figure du bricoleur qui tente, avec les moyens du bord, de recomposer un monde.

Dans l’introduction de votre ouvrage, L’Altération des mondes, vous cherchez à cerner la singularité du genre de la science-fiction1. Quelle est-elle ? En quoi notre rapport au monde est-il intriqué dans celui de la science-fiction ?

Ce qui caractérise la science-fiction, ce n’est pas le recours à la « science » ou à la technologie comme on l’a souvent dit, c’est plutôt la création – ou la destruction – de mondes. C’est par là qu’elle se distingue des autres types de récits de fiction. Elle est la seule à proposer des mondes complètement nouveaux, avec de nouvelles lois physiques, de nouvelles normes biologiques, politiques, sociales. La contrepartie, c’est qu’elle peine à créer de grands personnages, comme Rastignac ou Mrs Dalloway. Ce n’est pas une faiblesse, au contraire. C’est seulement que les récits de science-fiction ne créent des personnages que pour les confronter à un monde inconnu, à un monde « autre », terrifiant, angoissant, rassurant, inexplicable, etc. Si attachants qu’ils soient, les personnages restent seconds par rapport à ces mondes. La force des récits de science-fiction, lorsqu’ils en ont une, c’est l’invention de mondes – ou leur destruction. Peut-être est-ce l’intrication dont vous parlez. Parce qu’aujourd’hui, la moindre information sérieuse ne concerne plus seulement des parties du monde, elle concerne le sort du monde dans son

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David Lapoujade

Maître de conférences à Paris-I Panthéon-Sorbonne, il vient de publier L’Altération des mondes (Minuit, 2021).

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.