George Steiner | Photo DR
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George Steiner, un intellectuel européen

par

Esprit

L'écrivain, philosophe, critique et linguiste George Steiner est mort le lundi 3 février 2020 à l’âge de 90 ans. Son œuvre complexe est d’abord celle d’un lecteur hors pair, qui n’a jamais cessé de réfléchir sur la création et le texte.

Figure majeure de la critique littéraire contemporaine, George Steiner est l’auteur de l’une des œuvres les plus stimulantes de son époque. Nous vous proposons de retrouver ici ses différents textes publiés par Esprit entre 1962 et 2005. Fidèle aux valeurs humanistes de la tradition juive, ce spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction s'est interrogé inlassablement sur la question de la transcendance. Son humour distancié, sa passion de la transmission et le plaisir d’apprendre sont toujours au cœur de ses écrits.

Dans l’entretien Héritages et présence de l’esprit européen, publié en décembre 2003 pour le numéro « L’Europe face aux migrations », il témoignait de l’engagement responsable que représente à ses yeux la vocation d’enseigner, et rappelait ses dettes de reconnaissance à l'égard de la culture européenne. Remontant jusqu'au « miracle grec » et à Jérusalem, il y fait la généalogie de l'expérience européenne. George Steiner confiait également avoir rencontré Emmanuel Mounier peu de temps après la guerre lorsqu’il était jeune étudiant. Le fondateur d’Esprit avait évoqué d’une façon pour lui « infiniment généreuse » la grande question des relations avec le judaïsme qui a toujours été au centre de ses travaux.

 « Tout tient dans le grand mystère de la reconnaissance devant la culture. Et, l’autorité, c’est tout ce que cette culture exige de nous. »

Son premier article pour Esprit, Dégradation de la langue allemande, a été publié en mars 1962. Dans une Europe encore très marquée par la Seconde guerre mondiale, George Steiner s’interroge sur les mystères de la langue. Les langages, nous dit-il, ont de grandes réserves de vie. Ils peuvent intégrer des doses massives « d’hystéries, d’inculture et de vulgarité ». Mais dans le cas de l’allemand, un point de rupture serait apparu. Pratiquer une langue pour « concevoir, organiser et justifier Belsen ; pour faire le devis des fours crématoires ; pour déshumaniser l’homme en douze ans de bestialité calculée », ne pourrait la laisser indemne. Est-il possible que les nazis aient souillé la langue de Nietszche et de Hölderlin ? Pour George Steiner, la langue n'oublie pas : « Quand le mensonge lui a été injecté, seule la vérité la plus rigoureuse peut la nettoyer. »

Grand lecteur, il s’est intéressé dans La haine du livre (Esprit, janvier 2005) à ceux qui ont voulu la fin du livre, au nom de la supériorité de la transmission orale, des charmes d’une innocence rousseauiste ou de l’utopie révolutionnaire. Fidèle au bonheur de la lecture, l’auteur ne s’en révèle pas moins sensible au risque d’une inhumaine insensibilité du savant qui vit à travers les textes.

« Le simple fait d’écrire, de recourir à une transmission écrite, implique une revendication du magistral, du canonique. […] Tout texte écrit est contractuel. Il lie l’auteur et son lecteur à la promesse d’un sens. »

Enfin, nous vous invitons également à (re)découvrir les analyses de texte et notes de lecture publiées par la rédaction d’Esprit entre 1963 et 2003 :