Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Photo : Claudio Schwarz
Photo : Claudio Schwarz
Dans le même numéro

Parler d'argent

juil./août 2019

Nos manières de parler d’argent s’enracinent dans le discours chrétien concernant le salut, qui valorise la circulation, conservent des connotations péjoratives malgré leur rôle romanesque et leur technicisation actuelle, et déterminent à notre insu nos relations sociales les plus intimes.

En quel sens les textes médiévaux que vous avez étudiés vous ont-ils permis d’éclairer d’une lumière nouvelle le long processus de dématérialisation de l’argent qu’on associe par commodité à l’avènement du capitalisme ?

Giacomo Todeschini – Les textes médiévaux qui parlent d’économie et d’argent ne sont pas, formellement, des textes économiques au sens moderne. Le discours et le lexique de l’économie et de la productivité de l’argent font plutôt partie d’un système discursif théologique, juridique et moral. En même temps, certaines des conceptualisations et des représentations qu’on retrouve dans ces textes, écrits par des Pères de l’Église comme Augustin et Ambroise, par des experts du droit canon, par des théologiens-juristes comme le dominicain Thomas d’Aquin ou le franciscain Pierre de Jean Olivi, par des docteurs du droit commun comme Balde de Ubaldis, par beaucoup d’autres, affirment des principes (la productivité de l’argent-capital, par exemple, ou la valeur relative du travail humain entendu comme marchandise) qu’on retrouvera, bien que re-codifiés en forme de lois et théorèmes, dans la « science économique » moderne et contemporaine. Le problème posé par les textes médiévaux a donc à faire avec la longue durée de ce qu’on appelle Moyen Âge lorsqu’on parle d’économie. Par conséquent, ces discours qu’on trouve parfois « modernes » s’enracinent dans l’humus sémantique de la théologie, d’un droit toujours en équilibre entre sacré et quotidien et d’une morale sociale orientée à définir les règles d’une communauté chrétienne entendue comme communauté d’élus, de semi-élus, de non-élus.

On peut réagir à cette constatation de différentes manières : il y a une interprétation assez traditionnelle remontant à Joseph Schumpeter[1] et à Raymond de Roover[2], un économiste et un historien de l’économie, qui donne une explication évolutionniste de ce phénomène. Selon cette interprétation, les réflexions médiévales au sujet des relations éco­nomiques et de l’argent seraient la phase primitive d’une pensée économique européenne qui, à partir du xviiie siècle, aurait vécu son âge d’or en se transformant en une science vérifiable. Cette approche, assez répandue, avec son triomphalisme positiviste et son enthousiasme libéral, en isolant les textes économiques médiévaux de leur contexte et du système linguistique auxquels ils appartiennent, établit une double équivoque interprétative. D’un côté, on actualise et on idéologise les discours économiques pré-modernes en leur attribuant une sorte de scientificité imaginaire ; de l’autre, on suggère, dans une perspective déterministe, une généalogie du « capitalisme » financier tout à fait naturelle.

L’économie du Moyen Âge
se révèle un segment du discours chrétien concernant le salut.

Au contraire, on peut envisager cette continuité du discours éco­nomique entre Moyen Âge et modernité dans une perspective tout à fait différente. Les lexiques de l’économie qu’on retrouve à l’intérieur du Moyen Âge chrétien occidental, plus que la préhistoire d’une rationalité économique « scientifique », se révèlent à une analyse contextualisée un segment du discours chrétien concernant le salut et l’élection. Au-delà des théories, toute une langue en même temps théologique et économique, dense d’images, de métaphores et de similitudes, de paraboles, de contes et d’exemples (les talents, le sang payé par le Christ pour racheter le péché originel, la dette non remboursable des hommes, le trésor des âmes à garder et à gérer, etc.), déjà parlée et écrite aux débuts de la christianisation européenne (de Basile de Césarée à Ambroise de Milan), nourrit et produit un style rationnel apte à verbaliser les relations économiques entre hommes en termes salvifiques, à créer donc un vocabulaire faisant de l’économie une conséquence et une manifestation des relations sociales pratiquées par les élus potentiels. Dans cette perspective, l’élaboration médiévale des relations de marché et des transactions financières ou bancaires (à partir du xiie siècle) est bâtie sur une stratification langagière, déjà ancienne au bas Moyen Âge, concernant soit l’insertion des dialectiques économiques dans le cadre transcendant du salut, soit la codification en termes éco­nomiques et financiers des mystères de la foi chrétienne. Déjà au xiie siècle, on est en gré d’établir une connexion entre hostie et pièce de monnaie, à partir du fait que ces deux petits objets contiennent une valeur infinie et une valeur finie parfaitement réelles et en même temps invisibles.

Une conséquence de ce mécanisme sémantique est la production de discours faisant, surtout à partir du xiiie siècle, une distinction entre argent monnayé et tangible et argent-capital dont la valeur est probable et hypothétique, immatérielle donc. Le premier, plus « vil » et terrestre, sera considéré comme un attribut de l’économie la plus basse pratiquée par les gens qui ne vivent pas au centre du système social salvifique, par les gens dont on peut donc soupçonner l’appartenance incomplète ou la non-appartenance au cercle charismatique de l’élection. Le second, plus mystérieux et cérémonial, mais en même temps fonctionnel à la pratique des grandes affaires internationales impliquant les pouvoirs souverains et sacrés, les maisons commerciales de première importance, caractérisera au contraire la posture économique et l’économie presque magique vécue et opérée par ceux qui se trouvent au centre du système social et linguistique qu’on appelait respublica christianorum.

Peut-on dès lors soupçonner l’économie moderne d’avoir parfois traduit dans un langage «  scientifique  » un ensemble de concepts empruntés à la théologie et à l’économie médiévale ?

G. Todeschini – On peut en effet douter de la vraisemblance des reconstructions historico-économiques décrivant la naissance de l’économie moderne et contemporaine et des langages qui la parlent en termes de passage évolutif allant du pré-moderne économique à l’économique scientifique. On a plutôt l’impression, en lisant les textes médiévaux qui traitent d’économie, d’échanges et de finance, en regard des textes des premiers économistes modernes puis classiques qui définissent le champ économique comme secteur scientifique de plus en plus autonome, que la transition du « Moyen Âge » à la modernité économique occidentale soit plus une recodification qu’une évolution. On arrive à cette conclusion en observant, au-delà des théories et des doctrines, le vocabulaire, les images, les métaphores et les automatismes sémantiques qui, du Moyen Âge au temps présent, poursuivent leur voyage dans l’histoire en conservant certains traits essentiels jusqu’à constituer les briques avec lesquelles on construit l’édifice du rationnel économique d’aujourd’hui.

Au cœur de cette continuité ou de cette re-sémantisation, on retrouve une logique du salut et de l’appartenance au cercle des initiés (des élus), au corps de l’humanité véritable. Cette logique légitime la gestion des mécanismes économiques les plus délicats et secrets, les plus immatériels – à commencer par les opérations financières –, par ceux qui apparaissent comme les plus proches du centre du système salvifique, ceux qui comprennent et diffusent les règles conduisant à une probable félicité. On peut exemplifier ce mécanisme de continuité et de traduction conceptuelle en considérant, entre autres, la notion cruciale de productivité de l’argent, voire la représentation de l’argent comme objet virtuel enfantant une richesse calculable en termes de probabilité. Si, en différents moments de l’époque « médiévale » (au ive, xiiie et xve siècles), on souligne la productivité de l’argent circulant et la stérilité de l’argent thésaurisé, ce qui assure la persistance du discours et sa transmission à la modernité est, bien plus qu’un principe abstrait de productivité ou une « loi économique » atemporelle, la stricte connexion qu’on affirme, d’un siècle à l’autre, entre investissement, circulation et appartenance au cercle des élus de ceux qui sont publiquement autorisés à investir et à faire circuler l’argent. Faire circuler l’argent revient à faire circuler le « sang » dans le corps social et mystique chrétien en le gardant en bonne santé, comme on le répète inlassablement d’un siècle à l’autre, d’Oresme et Bernardin de Sienne entre le xive et le xve siècles, à Davanzati au xvie siècle, à Hobbes au xviie siècle, jusqu’à Adam Smith au xviiie siècle.

On retrouve ainsi dans le discours économique moderne l’association automatique, c’est-à-dire purement linguistique (involontaire), plus que conceptuelle, entre reproductibilité de l’argent investi ou finalisé à l’investissement et identité sociale et culturelle (voire sacrale) des investisseurs. L’argent « bon », appartenant à et géré par des gens qu’on présuppose fiables (probati dans le latin médiéval) et culturellement reconnaissables, des experts, des professionnels de l’argent et de la finance (les mercatores industrii et probati médiévaux), a en soi une valeur potentielle plus haute que l’argent de n’importe qui. Plus qu’une évolution de la notion de productivité de l’argent (du niveau intuitif au niveau froidement scientifique, abstrait et méta-personnel), on a à faire avec la transmission (qui n’est pas une simple et schématique « sécularisation ») d’une association logique parlée et écrite en langues différentes d’un siècle à l’autre.

Et en appeler aujourd’hui à une éthique des banques et de la finance, n’est-ce pas discuter d’un «  usage  » légitime du capital où se devine une résurgence de la pensée chrétienne ?

G. Todeschini – En fait, le grand discours contemporain sur l’éthique de la finance et des opérations bancaires, sur la possibilité donc de rendre éthique le monde du capitalisme financier et l’image des « experts » qui gèrent ce monde initiatique, suggère la persistance et la résurgence, l’émersion en pleine lumière (c’est-à-dire la visibilité langagière) de la tradition « médiévale » et moderne proposant la possibilité de l’usage moral des richesses et par conséquent de l’identité correctement éthique de ceux qui sont autorisés à les manipuler officiellement. Le fait que, dans ce discours, on ne fait aucune allusion aux procès d’exploitation et de spoliation des êtres humains supportant et fondant la dynamique financière et bancaire, ni à la légalisation des logiques de l’intérêt, voire du prix de l’argent, en tant que fonctionnelles au niveau de crédit et d’appartenance sociale et éco­nomique des personnes, montre avec une certaine clarté l’enracinement de ce discours dans la profondeur d’une originaire rationalité chrétienne et liturgique explicitement prescriptive, hiérarchisante et salvifique.

Vous vous êtes intéressée aux représentations de l’argent au Moyen Âge, en procédant à leur analyse sémantique. En quoi le travail sur les mots et leur variation permet de suivre l’évolution des métiers de l’économie et de la finance ?

Dominique Ancelet-Netter – Si les métiers de l’économie et de la finance ont évolué, leurs désignations portent la marque d’une permanence dans les connotations négatives attachées à leur expression sémantique en français. Le banquier reste détesté, les financiers aussi. Si le sombre « usurier » avec ses remugles médiévaux, son interdiction théologique et son relent balzacien a disparu, le moderne trader est devenu emblématique des métiers honnis de l’argent. Ses opérations sur les marchés semblent tout aussi opaques et répréhensibles que le prêt à usure, même si le trader est remplacé progressivement dans ses fonctions par l’intelligence arithmétique des ordinateurs. Au xviiie siècle, avec la construction d’un discours scientifique sur l’économie, émerge un mot technique, l’« actuaire », imposant sa loi à l’argent et au temps par ses calculs. Lointains aïeuls des banquiers sont aussi les « changeurs », dont le signifiant est mis en équivalence synonymique avec la première occurrence de « banquiers » dans le premier traité d’économie écrit en français en 1355[3]. Sur le Pont-au-Change, les changeurs étaient encadrés par le pouvoir étatique royal dans leur maniement autorisé des monnaies, car il faut que l’argent circule pour permettre les échanges et irriguer tous les ruisseaux de l’économie. Dans la hiérarchie des métiers de l’argent, se situait en bas de l’échelle de fortune, le louche « billonneur », hantant les cours des miracles avec sa boîte autour du cou, permettant ainsi le recyclage du billon, cette « monnaie noire ». Avec la frappe noble et souveraine des monnaies, les maîtres des monnaies ou « monnayeurs » royaux furent les seuls métiers de l’argent à ne pas voir leur profession entachée dès l’origine. Mais ils ont disparu. Dans leur continuité, l’émission de monnaies est désormais l’apanage des banques centrales.

L’argent, moteur d’intrigues romanesques, est vilipendé
tout en demeurant tabou
en France.

Les « finances », dans un emploi quasiment systématique au pluriel, sont aussi associées au domaine public et royal avec cette inflexion marquée d’imposition et de contrainte dès le français médiéval puisque « mettre quelqu’un à finance » dans les temps de guerres médiévales, c’est exiger de lui une rançon… Les financiers d’Ancien Régime, régissant les biens du roi jusqu’à la collecte d’impôts, sont des hommes d’argent public, toujours négativement connotés et dépréciés, à l’image de l’opprobre peccamineux attaché à l’argent, particulièrement prégnant en France dans les rapports sociaux, mais aussi littéraires et fictionnels. L’argent, moteur d’intrigues romanesques, est vilipendé tout en demeurant tabou en France. N’est-ce qu’une question de langue française ?

La similitude des mécanismes de l’argent et du langage a été soulignée dans son aspect tautologique : l’argent produit de l’argent, le langage fait du langage, l’argent comme le langage circulent et doivent circuler[4]. Des études universitaires récentes sur les représentations de l’argent et de l’économie en littérature illustrent aussi une poétique de l’argent, moteur de l’intrigue romanesque des affects entre les personnages[5]. Dès les poèmes courtois, l’échange amoureux entre la dame et son chevalier emprunte, avec ses cœurs en « gage », au vocabulaire économique et financier, à moins que cela ne soit l’inverse… Le signe poétique et amoureux se rapprochant ainsi du signe monétaire dans l’échange des cœurs et des discours. La littérature et ses littérateurs, jongleurs et marchands de mots, font des gorges chaudes de l’argent et se gobergent des personnages riches et ridiculisés comme le bourgeois gentilhomme de la pièce de Molière[6]. Dans son Dictionnaire des idées reçues (1911), Flaubert définit l’argent comme « cause de tout le mal ». Péguy est l’un des rares à ne pas céder à la simple facilité du dénigrement français et littéraire de l’argent, alors qu’il est moteur de bien des romans de l’économie de Balzac[7], en passant par Zola (L’Argent est d’ailleurs le titre de l’un des Rougon-Macquart), jusqu’à Flaubert, qui prôna les valeurs antithétiques de l’art et de l’argent, énoncé pour être mieux dénoncé. L’argent, dès qu’il entre en littérature, est un « problème formateur » pour Roland Barthes et devient métaphoriquement « l’Or du Signifiant [8] ». Pour les financiers aussi, l’argent, c’est du langage, et du langage écrit. Ne parle-t-on pas de « monnaie scripturale », de « lettre de change », de « livres de comptes » dans une belle ambivalence homonymique où « compter », c’est conter et raconter ? Les mots de l’argent seraient-ils alors soit équivoques et communs, soit techniques et réservés aux seuls métiers de l’économie et de la finance ?

Le champ lexical de l’argent en argot est aussi, avec celui du sexe, le plus étendu en français avec plus de quatre mille entrées[9]. Ce qu’un niveau de langue soutenu ne peut énoncer sur un tabou, l’argot ou « langue verte » s’en empare. Elle est ainsi qualifiée puisque le vert, couleur de l’argent et du diable[10], est celle du hasard et des tapis de jeux dans la Venise du xviiie siècle où les joueurs échangeaient entre eux dans une langue mystérieuse et secrète qui devait rester dissimulée et réservée alors aux seuls initiés, qui, dans les mondes financiers actuels, peuvent être encore taxés de délits en cas de divulgations prématurées d’opérations boursières.

Assistons-nous aujourd’hui à un appauvrissement du vocabulaire économique dans les mains des experts ou à une mutation dont le sens doit être interrogé ?

D. Ancelet-Netter – Il est intéressant de songer à un appauvrissement alors que le législateur établit un arrêté le 18 février 1987 « relatif à ­l’enrichissement du vocabulaire économique et financier ». La centaine de mots dont l’emploi est obligatoire sont presque tous anglo-américains, la langue financière universelle du vert dollar. Comme pour le cours des monnaies, l’accord sur le sens exact de ces mots est impératif pour que les transactions puissent avoir lieu, sans interprétation.

« Valeurs », employé maintenant au pluriel et usité jusqu’à l’usure dans les chartes déontologiques des entreprises, est, dans sa polysémie morale et monétaire, la marque même de toute l’ambivalence et de la complexité du réseau lexical de l’argent en français. S’opère parallèlement une réduction aux mains des « experts » du vocabulaire économique et financier à des termes techniques, essentiellement empruntés à l’anglais, mais dont les référents rappellent la matérialité de l’argent. Le desk ou « plateau » des salles de marché n’est-il pas le descendant high-tech de la table des changeurs ? Money comme générique international domine désormais. La langue française a pourtant sélectionné « l’argent » entre tous les paradigmes possibles, contrairement aux autres langues européennes, ­l’espagnol dinero, le russe деньги et l’italien soldi qui ont préféré le système de la monnaie de compte carolingienne dans sa partition livre/sou/denier qui perdura jusque sous l’Ancien Régime. Les mots des monnaies restent, les paroles des hommes d’argent s’envolent ?

Entre détournement et contournement, la « parole de marché » donnée entre professionnels sur les places des bourses reste cependant performative, le système financier et bancaire ne tient qu’à ce prix. Dans les discours économiques, les marchés, dans un emploi au pluriel, sont aussi anthropomorphisés et doués de paroles : « Les marchés disent que… » Le langage des financiers apparaît bien technique et abscons, préférant les acronymes aux sens obscurs, Fcc, Scpi, Pap et autres Pas[11], l’essentiel étant qu’ils fassent phonèmes pour être plus facilement mémorisables tout en gardant leur signifiant apparemment impénétrable. Une précédente expérience en communication bancaire m’a permis d’expérimenter l’effet réducteur des connotations positives des produits bancaires et financiers qui se doivent d’être « souples », « sûrs », « adaptables » et « performants ». « Valeurs », « rendements » et « revenus » sont de tels ventres mous sémantiques qu’ils sont désormais étayés par de longues phrases légales défilant en petits caractères sur nos écrans et explicitant les obligatoires Taeg et Taea[12] sans donner au consommateur l’assurance d’une meilleure compréhension du risque financier pris. Mais cette hyper-technicité et ces précautions d’emploi jusqu’à l’obscurcissement de ce vocabulaire économique et financier n’est-elle pas préférable à ce marché des sentiments qui, pour vendre produits et services utilise des mots d’amour[13] ? On pourrait accroire à un enrichissement, c’est un appauvrissement manifeste avec les haillons sentimentaux de ces mots-doudous. « Il faut toujours parler d’argent comme d’argent [14] », nous rappelle Péguy. Deux slogans de deux grandes banques françaises concurrentes s’affrontèrent dans les années 1980. L’un était pourtant dans la loi de la véracité du langage : « Votre argent m’intéresse », affichait un banquier au sourire jugé carnassier. L’autre affirmait, dans des vers de mirliton, que : « Votre intérêt est capital », jouant d’ailleurs avec maestria avec la polysémie morale, financière et publicitaire de ces termes ; l’intérêt se transformant en capital, rêve de tout épargnant rarement atteint. Or l’intérêt en hébreu est nefesch, ce qui mord, et non ce qui console, traduisant, en ce sens, la réalité économique. Après l’évitement sémantique des mots de l’argent, la substitution du vocabulaire économique et financier à celui des affects pour faire vendre est plus appauvrissante qu’une réduction à des termes techniques aux mains des experts.

Le Bitcoin, la première crypto-monnaie, date de 2009. L’identité de son créateur, Satoshi Nakamoto, est encore secrète et pour beaucoup fictive, un nom d’emprunt derrière lequel se cache une communauté cyberpunk. En quel sens cette nouvelle technologie a-t-elle été inspirée par des idées anarchistes ?

Thibaut Gress – Le cas de Satoshi Nakamoto est une excellente mise en abyme des fondements de la technologie sous-tendant le bitcoin. Pour aller vite, quelqu’un se faisant appeler Satoshi Nakamoto a publié en 2008 un Livre blanc du bitcoin, puis a mis en œuvre, dès janvier 2019, son logiciel bitcoin avant de disparaître en 2010. Ce Nakamoto prétendait être un japonais de trente-sept ans mais, au moment où fut lancé le logiciel, il n’existait aucun document en japonais qui lui fût consacré et, plus encore, les textes publiés par Nakamoto étaient écrits dans un anglais parfait, dans un idiome plutôt britannique. Si l’on ne sait toujours pas qui se cache derrière cet énigmatique personnage et si John McAfee, expert américain en cybercriminalité, a promis en avril 2019 d’en révéler la véritable identité, on peut néanmoins admirer la manière dont une technologie destinée à préserver aussi bien l’anonymat des utilisateurs que le contenu de leurs transactions s’exprime à travers ­l’insistante opacité de son créateur.

De ce point de vue, celui (ou ceux) qui se cache(nt) derrière le nom de Satoshi Nakamoto accomplit en effet un idéal anarchiste qui, appliqué aux questions numériques, se distribue selon une série de portes permettant de retrouver une vie privée en dépit du contrôle croissant des données personnelles. À cet égard, le mouvement crypto-anarchiste adopté par ceux que l’on appelle les cypherpunks est largement antérieur à la technologie bitcoin; le «  Manifeste crypto-anarchiste  » rédigé par Timothy C. May fut publié pour sa première version en 1989 et annonça la possibilité d’un anonymat parfait des échanges numériques, ce que le bitcoin permet technologiquement d’accomplir du point de vue monétaire. Néanmoins, il ne faudrait pas réduire le Manifeste de May à la seule question de l’anonymat : en réalité, toute la vieille question de la propriété intellectuelle y ressurgit et rejoue la traditionnelle querelle des fameux majorats littéraires du xixe siècle, auxquels Proudhon avait consacré de célèbres pages[15].

Ne doit-on pas craindre que les États reprennent le contrôle et ne détournent les monnaies alternatives de leur raison première ?

T. Gress – C’est une question délicate car la logique même de la blockchain qui sous-tend le bitcoin consiste à former un réseau décentralisé qui rend structurellement impossible le contrôle. Sans rentrer dans les détails techniques, nous pouvons néanmoins dire que l’intégralité du code est disponible sur la page GitHub ; en outre, cinq individus – les core developers – disposent certes d’une clé leur permettant de modifier le protocole, mais ce pouvoir qui paraît exorbitant est en fait limité car la communauté des utilisateurs est seule juge pour déterminer s’il convient d’adopter les nouveaux protocoles proposés par les core developers. En somme, parce qu’il s’agit d’une technologie intrinsèquement liée au consensus des utilisateurs et non à la décision d’un individu ou d’une entité précise, le contrôle étatique paraît impossible, car tout contrôle suppose une centralisation minimale qu’interdit ce type de réseaux.

Les crypto-monnaies permettent d’éviter aussi bien un pouvoir monétaire excessif des États
qu’un contrôle étatique
des biens des particuliers.

Mais il faut interroger les effets concrets d’un contrôle étatique pour comprendre les craintes de ces crypto-anarchistes : lorsqu’un pays connaît une crise économique majeure, les États se réservent la possibilité de préempter l’épargne des citoyens, comme cela est arrivé lors de la crise chypriote de 2013, ou de contrôler arbitrairement le taux d’épargne, comme cela fut observé en Grèce en 2015. Nous-mêmes en France, depuis la loi Sapin 2 de décembre 2016, et plus particulièrement en raison de l’article 21 bis, nous sommes – en cas de crise éco­nomique – sous la menace d’un gel des retraits en euros classiques de nos comptes d’assurance vie (estimés à 1 400 milliards d’euros), mais aussi d’une détermination arbitraire par l’État du rendement servi par les fonds en euros. On voit fort bien comment, après de calamiteuses gestions, les États en crise jouent sur l’épargne des particuliers pour compenser les erreurs issues de leurs désastreuses décisions. Les crypto-monnaies permettent d’éviter aussi bien un pouvoir monétaire excessif des États qu’un contrôle étatique des biens des particuliers.

Essentiellement objet de spéculation, la crypto-monnaie ne participe-t-elle pas, comme toute monnaie, au capitalisme financier, qui l’expose aux mêmes crises récurrentes ?

T. Gress – Si l’on décide de ne pas rester prisonnier du point de vue keynésien français qui est dominant parmi nos intellectuels et qui a prévalu dans l’interprétation de la crise de 2007-2008, et si l’on cherche vraiment à penser la question sans coupable préétabli, alors on peut revenir à une base factuelle : il s’agit d’abord d’une crise du crédit, donc de la consommation, et il s’agit également d’une crise liée à une demande autoritaire émanant de l’État américain contraignant les banques à prêter à des ménages non solvables pour relancer l’économie par la consommation. Dans les analyses économiques de la crise, la France est peut-être le seul pays où l’on ne parle presque jamais du Community Investment Act de Carter de 1977, élargi en 1997 par Bill Clinton, totalisant un billion de dollars de prêts à des ménages pour beaucoup non solvables au nom de l’accès à la propriété des plus démunis – catégorisés selon leur communauté ethnique. Il faudrait également analyser la politique de taux bas menée par Alan Greenspan lorsqu’il était à la tête de la Réserve fédérale ou encore la modification par le même Bill Clinton de la loi Glass-Steagall en 1999.

Il ne s’agit pas de nier l’évidence, à savoir que certaines banques ont volontairement conçu des produits toxiques, ni de nier le rôle de certaines figures bancaires comme Richard Fuld, mais de penser au-delà de l’unicité d’un coupable abstrait et excessivement conceptuel, à savoir au-delà du prétendu « capitalisme financier » dont la convocation me semble dispenser de comprendre les détails et les rouages concrets. Il y a bien plutôt une sorte de couple infernal, celui d’un certain intérêt bancaire appuyé sur la démagogie keynésienne, fort bien portée par l’administration Clinton et dont les effets ont été payés par les administrations ultérieures. Or c’est justement contre ce couple infernal que les crypto-monnaies ont du sens : elles contournent structurellement le pouvoir des banques autant que celui des États. Si donc les crises attribuées à ce que l’on appelle le capitalisme financier résultent d’abord de cette relation infernale, alors il n’y a aucune raison que les crypto-monnaies, quoiqu’en effet spéculatives et même très volatiles, soient génératrices de crises du type de celles qu’on a connues. De surcroît, à l’instar de biens quantitativement limités comme l’or, la quantité de bitcoin ne peut excéder mathématiquement 21 millions d’unités ; contrairement aux spéculations financières ou à l’endettement des États qui sont potentiellement illimités, le nombre d’unités possibles de bitcoins est donc mathématiquement limité, ce qui interdit toute comparaison avec ce que l’on connaît du système financier actuel.

Dans votre livre Argent, vous interrogez des personnes, déjà croisées au cours de votre vie, sur le rapport qu’ils entretiennent à l’argent au quotidien[16]. En adoptant le langage de vos interlocuteurs, votre intention était-elle de sensibiliser le lecteur aux problèmes parfois trop abstraits de l’économie ou plutôt de restituer à l’argent une compréhension intime et concrète qui rompt radicalement avec l’objet dont traite la science économique ?

Christophe Hanna – Aussi étrange que cela puisse sembler, la plupart des économistes ne s’intéressent pas tellement à l’argent. L’objet de leur réflexion est plutôt la monnaie, probablement parce qu’ils parviennent mieux, sinon à définir, du moins à localiser cette dernière et donc à en observer certains usages : la monnaie, à la limite, est quelque chose qui se montre. C’est moins le cas de l’argent. L’argent, personne ne sait ce que c’est. C’est un concept flou. Personne ne vous en donnera une définition acceptable et le montrer n’est pas évident. En cela, il s’apparente à ces autres concepts qui hantent l’écriture poétique lyrique depuis son origine comme l’amour, la liberté, le bonheur. Non seulement on ne sait pas les définir, mais on les montre mal : « C’est ça, votre image du bonheur? », entend-on souvent dire, sur un ton dégoûté, devant les photos de bonheur parfait.

Comprendre ces notions signifie le plus souvent en avoir fait une expérience, sinon réelle du moins médiatisée, ou à travers des « modalisations » qui permettent de s’y acclimater, comme je peux m’acclimater à l’épreuve d’un examen spécifique en passant un « examen blanc » qui en est la modalisation. La littérature, les arts cherchent à produire ce genre de modalisations par immersion, suggestion, suscitation (je reprends là des termes de poètes) : il s’agit à chaque fois de nous mettre en état de faire une expérience plus ou moins fortement modalisée, destinée à nous faire connaître ces types de réalités. Mais qu’est-ce que faire une expérience modalisée de l’argent (au sens général du terme) ?

À la différence de l’amour, l’argent semble un « concept flou qui s’ignore » : alors que nous en parlons tout le temps en privé, nous nous trouvons souvent surpris de nous voir incapables, non seulement de définir objectivement ce qu’est l’argent, mais même de le montrer voire ­d’indiquer un chemin sûr pour en faire une expérience profitable. Cela probablement parce que, n’étant pas un sentiment, on ne le range pas instinctivement du côté des notions lyriques subjectives que nous montrent et nous suggèrent les arts. Ce constat a été un point de départ. Ce que fait la poésie avec le vocabulaire des sentiments, ou celui de certaines « choses » (par exemple Francis Ponge ou Peter Handke), j’ai essayé de la faire avec cet instrument vague (ni sentiment, ni chose) qu’est l’argent.

Nous ne nous voyons pas agis
par l’argent.

L’argent, comme tout instrument, nous fait faire des choses, autrement dit nous contraint : à parler ou écrire de telle ou telle façon (par exemple, quand nous écrivons des CV pour obtenir des postes rémunérés ou demandes d’augmentation), à penser et à concevoir aussi notre action selon lui (par exemple, la recherche de la vérité philosophique comme une activité indépendante de lui, etc.). L’expérience que chacun de nous a de l’argent est celle des contraintes plus ou moins dures qu’il nous fait subir, des règles que nous suivons plus ou moins rigoureusement « en son nom ». Ces règles ne sont pas du tout évidentes à cerner, toute une part d’entre elles sont aussi subjectives et larvées que celles de l’amour, pour la bonne raison que si nous entendons souvent parler d’argent public en public, nous ne parlons que rarement de notre argent en public, l’argent est un sujet tabou, dit-on, ce qu’il nous fait faire doit autant que possible rester privé et, en conséquence, nous ne nous voyons pas agis par l’argent. Cela encore, précisément, fait partie des règles qu’il nous impose et le rend si difficile à comprendre globalement et donc si poétique.

Quand nous ne connaissons pas en profondeur les règles du jeu d’un instrument que, pour mille raisons, nous pouvons vouloir apprendre, il existe une tactique secourable : observer de près un bon échantillonnage, une quantité variée de manière optimale de personnes particulières jouant de cet instrument pour en tirer des conclusions. Même si l’on ne sera probablement jamais un violoniste virtuose en faisant cela, on peut cependant devenir un fin connaisseur du violon, et peut-être même un enseignant recherché de cet instrument : dans son conte La Leçon de violon, Hoffmann décrit à raison un cas semblable de connaisseur, peu capable de bien jouer, mais s’étant mis dans une position d’observation (il accueille chez lui tous les grands violonistes du siècle, devient leur intime, les écoute et leur donne des conseils) qui lui permet d’avoir quelque chose comme une supervision momentanée des usages personnels variés du violon[17]. C’est un peu cela que j’ai tenté de faire en écrivant Argent : trouver cet angle ou cette posture d’écriture pour avoir cette supervision éphémère qui nous donne une idée de la valeur d’usage de l’argent comme instrument.

Chaque personne rencontrée a le montant de son salaire accolé à son prénom (Manuel1300, Michelle2700, etc.). Quel enseignement en avez-vous tiré ? Chaque chiffre affecte-t-il, selon vous, qualitativement leur identité ? Et modifie-t-il sa compréhension de l’argent et l’usage qu’ils en font ?

C. Hanna – Je vais vous répondre en commençant par la fin, en évoquant l’effet de ce procédé de nomination sur mes lecteurs après la publication du livre. Quelques-uns d’entre eux se sont mis à m’écrire en signant ainsi, comme s’ils étaient mes personnages : Daniel1991, Antoine3000, Elsa3709. Certains me disaient qu’ils avaient adopté cette signature dans leur relation avec leurs proches, leurs étudiants. Un Gilet jaune, après m’avoir écouté un jour à la radio, m’a écrit pour me dire qu’il discutait sérieusement avec ses camarades d’une tactique pour se présenter comme ça auprès des médias et pousser les hommes de plateaux à faire de même : cela clarifierait les échanges et ce qui se dirait en public aurait autrement plus de sens.

Cet étiquetage de mes personn(ag)es est une manière de projeter et d’inscrire dans la nomination une hypothèse de Marx, « mon prochain, c’est l’argent », que je comprends ainsi : l’argent, autant qu’un instrument destiné à objectiver la valeur d’échange des marchandises et des services, détermine la façon dont se construisent les relations avec autrui à tous les niveaux, même aux plus intimes et inconscients.

Mes lecteurs cherchent peut-être à reproduire dans la réalité les effets de sens de phrases comme celle-ci : « Amélie1850, après m’avoir confié passer des heures en douce dans l’eau de la piscine Garibaldi avec sa collègue Line1700, trop ric-rac pour se payer des cours de natation, ajoute: un jour, Gilles3200 de chez Orange (le futur mari de Line) les croise après le boulot, elles entendent sa voix leur crier quelque chose comme “Whaou! Encore! … L’enfer!”, mais Amélie1850 fait mine de ne pas l’entendre. »

Quels peuvent être ces effets de sens ? D’abord, montrer chez chacun les zones, pourtant privées, pour lesquelles parler d’argent cesse momentanément d’être un tabou. Ces zones ne sont pas fixes, la forme de leur évocation change selon les acteurs qu’elles impliquent et, bien sûr, les personnes qui vous les dévoilent. Comment cela varie-t-il selon les segments de revenus ? Qui accepte de jouer ce jeu de la transparence avec moi et pourquoi ? Voilà un premier type de questions. Ensuite et surtout, mettre en évidence à quel point l’argent est un interprétant capital du langage réel, adressé. L’argent peut être considéré comme la donnée capitale, celle qui nous permet d’élaborer les hypothèses que l’on tient pour les plus hautement valables afin d’interpréter et de comprendre en situation les échanges entre les gens. Quand cette donnée nous manque, une partie du sens semble nous échapper. Faire surgir le paramètre argent, c’est un peu comme rendre l’intonation d’un énoncé : la signification « vraie » (ou plus profonde) émerge avec tous ses implicites comme rendus visibles.

 

[1] - Joseph A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique [1954], 3 vol., Paris, Gallimard, 1983.

[2] - Raymond de Roover, Money, Banking and Credit in Medieval Bruges [1948], Cambridge, Mediaeval Academy of America et Routledge, 2000 et La Pensée économique des scolastiques. Doctrines et méthodes, Montréal, Institut d’études médiévales, 1971.

[3] - Nicole Oresme, Traité de la première invention des monnaies, Paris, Wolowski, 1864, p. iii.

[4] - Voir Dominique Ancelet-Netter, La Dette, la dîme et le denier. Une analyse sémantique du vocabulaire économique et financier au Moyen Âge, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010 ; Jacques Derrida, Donner le temps, 1. La fausse monnaie, Paris, Galilée, 1991 ; et Jean-Joseph Goux, Les Monnayeurs du langage, Paris, Galilée, 1984.

[5] - Voir Marion Chottin et Élise Sultan (sous la dir. de), «  L’économie à l’épreuve de la fiction  », Corpus, n° 69, décembre 2015, p. 195-221 ; et Florence Magnot-Ogilvy, Pertes et profits. Le roman et l’inégalité des échanges (1700-1761), Paris, Garnier, en cours de publication.

[6] - Carlos F. Clamote Carreto, Contez vous qui savez de nombre… Imaginaire marchand et économie du récit au Moyen Âge, Paris, Champion, 2014.

[7] - Voir Alexandre Péraud (sous la dir. de), La Comédie (in)humaine de l’argent, Lormont, Le Bord de l’eau, 2013.

[8] - Roland Barthes, Roland Barthes par lui-même [1975], dans Œuvres complètes, t. IV, Paris, Seuil, 2002, p. 626.

[9] - Albert Doillon, Le Dico de l’argent, Paris, Fayard, 2003.

[10] - Voir Michel Pastoureau, Vert. Histoire d’une couleur, Paris, Flammarion, 2013.

[11] - Fonds commun de créances, Société civile de placement immobilier, Prêt aidé d’accession à la propriété et Prêt à l’accession sociale.

[12] - Taux annuel effectif global et Taux annuel effectif de l’assurance.

[13] - Eva Illouz (sous la dir. de), Les Marchandises émotionnelles. L’authenticité au temps du capitalisme, Paris, Premier Parallèle, 2019.

[14] - Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, éd. Robert Burac, Paris, Gallimard, coll. «  Bibliothèque de la Pléiade  », t. III, 1992, p. 814.

[15] - Pierre-Joseph Proudhon, Les Majorats littéraires [1863], éd. Dominique Sagot-Duvauroux, Paris, Les Presses du réel, 2002.

[16] - Christophe Hanna, Argent, Paris, Amsterdam, 2018.

[17] - Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, La Leçon de violon [1817], à la suite de Honoré de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu, Paris, Le Livre de poche, 1995.

Dominique Ancelet-Netter

Maîtresse de conférences à l’Institut catholique de Paris, elle est l’auteure de La Dette, la dîme et le denier (Presses universitaires du Septentrion, 2010)

Thibaut Gress

Professeur de philosophie et éditeur, il a récemment contribué à Blockchain (Eyrolles, 2019).

Christophe Hanna

Professeur de littérature, écrivain, il vient du publier Argent (Amsterdam, 2019).

Camille Riquier

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférence et doyen de la Faculté de philosophie à l’Institut catholique de Paris. Il est notamment l'auteur de Nous ne savons plus croire (Desclée de Brouwer, 2020). 

Giacomo Todeschini

Professeur d’histoire à l’université de Trieste, il est notamment l’auteur de Les Marchands et le Temple (Albin Michel, 2017).

Dans le même numéro

L’argent, maître invisible

Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Camille Riquier, fait l’hypothèse que le monde capitaliste a substitué l’argent à Dieu comme nouveau maître invisible. Parce que la soif de l’or oublie le sang des pauvres, la communauté de l’argent est fondée sur un abus de confiance. Les nouvelles monnaies changent-elles la donne ? Peut-on rendre l’argent visible et ainsi s’en rendre maître ?