Felwine Sarr | Photo : Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr
Dans le même numéro

La fabrique de l’universel

entretien avec

Felwine Sarr

juil./août 2021

Écrivain, économiste et musicien, Felwine Sarr place les notions de lien, de relation et d’altérité au cœur de sa réflexion. Il évoque dans cet entretien le rôle propre de la littérature – fiction ou poésie – dans la production de ces liens, et l’émergence d’espaces politiques communs.

Felwine Sarr est écrivain, économiste et musicien. Dans ses romans comme dans ses essais, depuis Afrotopia (2016) sur l’avenir du continent africain, jusqu’à La Saveur des derniers mètres (2021), carnet de voyage et récit d’un cheminement intellectuel, en passant par le rapport coécrit avec Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine africain, Felwine Sarr place les notions de liens, de relation et d’altérité au cœur d’une réflexion sur les rapports entre les individus, les sociétés et les continents. Il évoque dans cet entretien le rôle propre de la littérature – fiction ou poésie – dans la production de ces liens, et l’émergence d’espaces politiques communs.

Au cours de votre parcours, vous avez occupé plusieurs positions – de la musique à l’économie, de la philosophie au roman – qui n’impliquent pas le même rapport à l’action. Pourriez-vous nous dire quelques mots de votre rapport à la politique ?

Effectivement, tous ces domaines n’engagent pas le même rapport à l’action. Cela dit, j’ai le sentiment que le roman reste un lieu privilégié pour renouveler le rapport qu’on établit avec le monde, puisque c’est là que se réinventent justement les imaginaires. Quand la réalité ne nous satisfait pas, la fiction permet de reconstruire les modalités de notre présence, en instaurant une parole créative et opératoire. Je crois que l’espace politique est d’abord celui du lien. Renouveler ce lien revient à transformer ce qui nous

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Felwine Sarr

Écrivain, professeur d’économie et musicien, Felwine Sarr est notamment l’auteur d’Afrotopia (Philippe Rey, 2016).

Dans le même numéro

Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.