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Photo : portrait de Sergueï Lebedev · DR
Photo : portrait de Sergueï Lebedev · DR
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Sergueï Lebedev : une odyssée littéraire de la mémoire russe

Le premier roman de Lebedev, La Limite de l’oubli, part sur les traces persistantes des crimes soviétiques oubliés. La probité qu’y manifeste l’auteur est une école de la vigilance face aux mythes politiques.

Parmi les écrivains russes contemporains, Sergueï Lebedev tient une place singulière. Véritables sondes de la société russe, ses romans auscultent les silences, les traces ou leurs absences avec une subtile poésie. Ils livrent le récit d’une société hantée, traversée de visions et de béances, où sourdent les violences et stagnent les mythes politiques. Son premier roman, La Limite de l’oubli1, dessine les sillons d’une époque bouleversée par l’effondrement soviétique et travaillée par ses crimes et leur oubli. C’est une odyssée, après une iliade terrible, jusqu’aux confins désolés du continent russe, à la recherche de vestiges des crimes et des horreurs du système concentrationnaire.

Les vestiges des crimes

Cette enquête perpétuelle et indéfinie de la mémoire et des consciences russes trouve ses prémices dans l’enfance et ses intuitions devant un monde adulte perclus de secrets et de douleurs. Enfant, le narrateur attaqué par un chien est transfusé avec le sang d’un vieil homme énigmatique qu’il nomme « l’Autre Grand-Père », figure autoritaire et aveugle. Quand ce dernier meurt alors que l’enfant survit, les chars soviétiques font trembler les murs de l’hôpital : nous sommes en août 1991 et l’URSS s’effondre. Salvateur, ce sang de l’Autre Grand-Père est aussi un poison, une emprise.

Le narrateur part sur les traces du passé de celui qui a été chef de camps. La trave

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Nicolas Léger

Professeur de lettres et de philosophie au lycée Victor-Hugo de Florence.

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En Ukraine et en Russie, le temps de la guerre

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a constitué un choc immense pour l’Europe et le monde. Elle s’inscrit néanmoins dans une forme de continuité, qui a vu le régime de Poutine se faire toujours plus répressif à l’intérieur de ses frontières, et menaçant à l’extérieur, depuis au moins 2008 et l’affrontement militaire en Géorgie, l’annexion de la Crimée en 2014 marquant une nouvelle étape dans cette escalade. Constitué en urgence en réaction au déclenchement de la guerre, le dossier de ce numéro interroge ses premières conséquences. De quelles manières les sociétés ukrainienne et russe font-elles face à la guerre ? Comment résister à la vaste opération de révisionnisme historique engagée par le régime de Poutine, dont témoigne la répression de toutes les sources indépendantes d’information, mais aussi de recherche et de connaissance ? En Ukraine, sur quelles ressources la résistance peut-elle compter ? En Russie, une opposition parviendra-t-elle à se constituer, malgré la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays ? À lire aussi dans ce numéro : la justice entre les générations, le fascisme du dedans, la politique de Lévi-Strauss, la médecine contre les robots, une autre histoire de la racialisation et la naissance de l’écoféminisme.