Jorge Semprún à Paris en 1970 source photo : Arch. fam. crédit photo : D.R
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Semprún au risque de l’écriture

De la Résistance à la déportation, du Parti communiste à la dénonciation des totalitarismes, du ministère de la Culture à l’Europe, Jorge Semprún a lutté sur de multiples fronts. Mais son œuvre littéraire transporte le lecteur de l’un à l’autre, sans rien retirer à la sincérité de son engagement.

Les relations entre Jorge Semprún (1923-2011) et la revue Esprit ne sont pas réellement des relations d’écriture, en ce sens que Semprún lui-même n’a jamais proposé de texte à la revue. En revanche, Christian Audejean, Jean-Marc Hovasse et Thierry Fabre ont successivement rendu compte des deux « vrais » romans de Semprún, L’évanouissement (1967) et La Deuxième Mort de Ramón Mercader (1969), de l’Autobiographie de Federico Sánchez (1978) sur sa période de clandestinité espagnole et plus tardivement, de L’Écriture ou la vie (1995) et Adieu, vive clarté (1998).

Sur ces derniers, Jean-Marc Hovasse d’abord, confronté à la difficulté d’une critique en quatre colonnes, résume la démarche de Semprún en le citant : « Un jour viendrait, relativement proche, où il ne resterait plus aucun survivant de Buchenwald. Il n’y aurait plus de mémoire immédiate de Buchenwald : plus personne ne saurait dire avec des mots venus de la mémoire charnelle, et non pas d’une reconstitution théorique, ce qu’auront été la faim, le sommeil, l’angoisse, la présence aveuglante du Mal absolu – dans la juste mesure où il est niché en chacun de nous, comme liberté possible. » Et Jean-Marc Hovasse de poursuivre, dithyrambique, que « ce livre est vraiment le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité – et de notre indignité1 

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François Crémieux

Directeur général adjoint de l'AP-HP, il est proche de la revue Esprit depuis son engagement dans les Balkans dans les années 1990, et membre de son comité de rédaction. Spécialiste des politiques de santé et de l'économie de la santé, il s'intéresse également aux questions d'éthique, et au cinéma. Il est l'auteur de Paris-Bichac (Michalon, 1995).…

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.