Portrait de Hélène Iswolsky. DR
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Histoire des Quatre. Les postrévolutionnaires russes à Esprit

septembre 2021

Dans ce récit autobiographique que Salvator a choisi de rééditer, Hélène Iswolsky (1896-1975) retrace son itinéraire dans la France de l’entre-deux-guerres1. Avec minutie, passion et une grande sensibilité littéraire, elle plonge le lecteur au cœur de « ces années où la lumière spirituelle brillait en France » tout en soulignant les questionnements des chrétiens devant la montée du fascisme et de l’antisémitisme. Hélène Iswolsky raconte plus précisément son immersion dans deux mondes : le milieu littéraire bouillonnant de la Nouvelle Revue française et le milieu chrétien. De ce dernier, elle insiste sur la vitalité en décrivant avec verve les rencontres de Meudon autour des Maritain et les discussions passionnées organisées par le philosophe existentialiste russe Nicolas Berdiaeff dans sa maison de Clamart. Elle évoque aussi, au chapitre VIII dont voici un court extrait, la genèse de la revue Esprit.

Un jour, je rencontrai chez les Maritain un jeune homme de type flamand, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, qui ressemblait à un écolier plutôt qu’à un penseur ou à un écrivain. Pourtant, en l’observant de plus près, on lui découvrait un air de maturité et de détermination. C’était Emmanuel Mounier, le directeur d’Esprit, une revue de jeunes qui venait d’être lancée à Paris. Le premier numéro d’Esprit contenait un article de Mounier intitulé : « La rupture de l’ordre chrétien avec le désordre moderne2 ». Cet article était un programme, une profession de foi. À cause de sa prise de position, Esprit avait soulevé un vif intérêt.

Il s’agissait d’un groupe de jeunes intellectuels de tendances chrétiennes ou humanistes, qui s’étaient engagés à entreprendre une tâche d’épuration et de reconstruction. Leurs maîtres étaient Péguy, Maritain et Berdiaeff ; le personnalisme constituait l’idée de base de leur mouvement, car Esprit était plus qu’une revue ; c’était en effet un mouvement, basé sur un idéal commun et des amitiés personnelles. Ce mouvement présentait quelque chose de neuf et de dynamique ; il ne ressemblait à rien de ce qui avait existé auparavant.

Mounier était à la fois un érudit et un organisateur doué. Il lui était aussi facile d’écrire un essai sur l’humanisme que de présider une réunion. Il travaillait avec des ressources des plus limitées, selon

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Hélène Iswolsky

Femme de lettres issue de la noblesse russe, écrivaine engagée porteuse d'une spiritualité chrétienne qui ne l'a jamais quittée, Hélène Iswolsky s'exila en France et aux États-Unis, et fut l'une des premières collaboratrices de la revue Esprit.

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La question du logement nous concerne tous, mais elle peine à s’inscrire dans le débat public. Pourtant, avant même la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’elle cristallisait de nombreuses préoccupations. Les transformations à l’œuvre dans le secteur du logement, comme nos représentations de l’habitat, font ainsi écho à nombre de défis contemporains : l’accueil des migrants, la transition écologique, les jeux du marché, la place de l’État, la solidarité et la ségrégation… Ce dossier, coordonné par Julien Leplaideur, éclaire les dynamiques du secteur pour mieux comprendre les tensions sociales actuelles, mais aussi nos envies de vivre autrement. À lire aussi dans ce numéro : le piège de l’identité, la naissance du témoin moderne, Castoriadis fonctionnaire, le libéralisme introuvable, un nouveau Mounier et Jaccottet sur les pas d’Orphée.