Scène de violences urbaines consécutives à l’homicide de Nahel Merzouk, ici dans la nuit du 29 au 30 juin 2023 sur le quartier de Planoise à Besançon. Crédit : Toufik-de-Planoise via Wikimedia CC BY-SA 4.0
Scène de violences urbaines consécutives à l’homicide de Nahel Merzouk, ici dans la nuit du 29 au 30 juin 2023 sur le quartier de Planoise à Besançon. Crédit : Toufik-de-Planoise via Wikimedia CC BY-SA 4.0

Bandes de jeunes

Le 27 juin 2023 à Nanterre, Nahel, âgé de 17 ans, est tué par un policier lors d’un contrôle routier. La diffusion d’une vidéo prise par un témoin a provoqué des émeutes dans de nombreuses villes. Pour nous éclairer sur cette révolte de la jeunesse des quartiers populaires, nous avons invité Jean-Jacques Yvorel, historien, spécialiste des déviances juvéniles1, chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales et au Centre d’histoire du xixe siècle, président de l’Association pour l’histoire de la protection judiciaire des mineurs et co-rédacteur en chef de la Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière ».

Entretien avec Jean-Jacques Yvorel

Frédérick Lemaître, joué par Pierre Brasseur, dans Les Enfants du Paradis (Marcel Carné, 1945), répond à un personnage lui faisant remarquer qu’il n’est pas dans son état normal : « Mon état normal ? Connais pas. » De même, on aurait envie de dire : « L’enfance régulière ? Connais pas. » Toute enfance n’est-elle pas irrégulière ? Les jeunes qui ont pris part aux émeutes récentes entrent-ils dans la catégorie de l’enfance irrégulière ?

Le terme d’enfance irrégulière est peu utilisé2. En 1998, Jacques Bourquin, un directeur de service à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), passionné d’histoire, crée la revue Le Temps de l’histoire pour se pencher sur l’histoire de l’éducation surveillée et, plus largement, de l’enfance marginale. Afin de figurer sur un portail numérique, il a fallu changer ce titre peu explicite. Celui du rapport que Jacques Donzelot et Philippe Meyer avaient publié en 1974 nous est revenu en mémoire.

L’enfance « irrégulière », celle qui est hors des régularités ou hors des règles, est toujours le résultat d’une construction sociale. De nouvelles catégories sont construites, d’autres disparaissent ou connaissent d’importantes transformations. Ainsi, une figure centrale de l’enfance « irrégulière » au xixe siècle est celle de l’enfant vagabond (le gamin de Paris, le gone lyonnais…). Avec Gavroche, Victor Hugo en a fait une figure positive mais, aux yeux des élites du xixe siècle, cet enfant est un véritable danger social : « Tout le monde connaît cette race du gamin de Paris, qui dans nos rassemblements a toujours poussé le premier cri séditieux, dans nos émeutes a porté le premier pavé à la première barricade, et qui presque toujours a tiré le premier coup de feu3. » On peut également illustrer cette peur de l’enfant des rues avec le Journal des Goncourt, qui croisent en 1866 un gamin dans un magasin : « Je n’ai jamais vu dans l’enfance une pareille fleur de fumier, une pareille coulée d’argot, une âme si flétrie, quelque chose produisant en vous une répulsion, qui va presque jusqu’à la peur – toutes les corruptions et toutes les canailleries de Paris dans un petit monstre de l’âge de la Première Communion, poussé au moral dans un sang où se seraient succédé trois générations de vérole ; un de ces enfants où tout le vice, tout le mal, d’une capitale de deux millions d’hommes est en effrayante miniature4. » Le gamin de Paris était donc le parangon du danger juvénile au xixe siècle.

Le succès de la scolarisation, l’évolution des principes éducatifs des familles populaires et les transformations économiques vont faire disparaître cet enfant des rues. En France, le vagabondage de mineurs est dépénalisé dès 1935, si bien qu’il ne reste plus que quelques « fugueurs », considérés comme « en danger » et non plus comme dangereux. Ce n’est qu’au cours de la dernière décennie qu’on voit ressurgir un avatar exotique de l’enfant des rues : le mineur étranger isolé (désormais appelé « mineur non accompagné »). L’enfant des rues venait de Bretagne, d’Auvergne ou de Savoie ; aujourd’hui, il vient du Maroc, d’Afrique subsaharienne ou d’Afghanistan.

On observe également l’apparition de nouvelles figures d’enfance « irrégulière », qui font l’objet d’une attention publique : par exemple, les « décrocheurs » scolaires. Cela ne veut rien dire en 1830, puisqu’il n’y a pas encore d’école gratuite, laïque et obligatoire et que l’on n’a pas encore construit le fait de quitter l’école avant un certain âge et sans diplôme comme un problème social. Ainsi, nous élaborons sans cesse de nouvelles figures de l’irrégularité, tandis que d’autres s’estompent ou disparaissent.

Aux yeux des élites, les jeunes des cités, qui semblent avoir constitué, comme en 2005, la majorité des émeutiers, font indiscutablement partie de la jeunesse « irrégulière ». Comme les Blousons noirs du début des années 1960, ils incarnent la dangerosité juvénile, le « péril jeune ». Dans notre société vieillissante, la jeunesse populaire est devenue la nouvelle classe dangereuse. J’en veux pour preuve que la principale réforme législative qui concerne la jeunesse est l’élaboration d’un Code de justice pénale des mineurs.

Une étude sur un bandit de campagne au xixe siècle suggère qu’il exacerbe un idéal de jeunesse masculine (vigueur physique, exploration des marges…) dont le village tolère certains écarts de conduite5. Que devient la socialisation des jeunes hommes quand la « sombre ruelle » remplace le « grand chemin »6 ?

Dans une France essentiellement rurale, au moins jusqu’à la monarchie de Juillet voire jusqu’au premier conflit mondial, la jeunesse masculine est, comme l’écrit Jean-Claude Farcy, « l’incarnation de la communauté villageoise7 ». C’est elle qui organise les fêtes et veille au respect des bonnes mœurs en sanctionnant les écarts par des charivaris. Elle défend aussi l’honneur du village, ce qui implique parfois un tel usage de la force que la vie économique d’une région peut en être paralysée pendant plusieurs années8. Quand on lit, dans les archives, les récits des affrontements entre bandes villageoises, les jeunes d’aujourd’hui semblent plutôt calmes au regard de ceux du xixe siècle !

Cette violence des jeunes est plus que tolérée par la société environnante et les autorités peinent à la réprimer. Chaque village défend ses jeunes à grand renfort de faux témoignages, voire en aidant ceux qui ont pris le maquis après un flagrant délit. Avec l’urbanisation, cette fonction de défense de l’honneur du village tend à disparaître, mais il en reste des survivances, y compris en milieu urbain : la rivalité entre deux quartiers d’Évry, dont l’origine est oubliée, suscite des affrontements entre jeunes depuis plus de vingt ans !

Les modes de socialisation des jeunes urbains populaires sont divers et évoluent dans le temps. Au xixe siècle et surtout au xxe siècle, l’école va jouer, à côté de la famille, un rôle de plus en plus central dans le processus de socialisation. Cependant, ces deux « institutions » entrent en concurrence avec la culture de rue, celle du quartier et des pairs, qui contribue très largement à construire leur vision du monde.

Le regard des autres importe aussi, notamment l’attitude des élites à leur égard, y compris celle de la police. Comme le notait déjà Louis Chevalier, les ouvriers finissent par adopter les comportements que les élites leur attribuent9, parfois avec un retournement du stigmate comme dans le cas des Apaches. Ces bandes de jeunes de la Belle Époque, désignées par un nom péjoratif, finissent par se revendiquer comme telles et par surjouer le rôle d’Apaches en adoptant tous les stéréotypes liés à cette désignation10. De même, aujourd’hui, on peut voir des jeunes de banlieue « jouer » aux jeunes de banlieue : ils finissent donc par ressembler à ce que l’on prétend qu’ils sont.

Ils se retrouvent d’ailleurs terriblement prisonniers de cette socialisation. Ainsi, Florence Aubenas rapporte qu’un jeune des classes populaires qui souhaite voir un « film d’auteur » doit le faire en cachette11. De même, une professeure technique de la PJJ propose un atelier de mosaïque : un jeune, qui a déserté l’école à 13 ans, propose La Femme en bleu de Matisse comme modèle. Questionné par cette enseignante surprise par sa connaissance de l’art contemporain, il avoue alors que c’est une véritable passion et qu’il flâne fréquemment dans les galeries (gratuites) de Saint-Germain-des-Prés, mais il lui demande de ne pas en parler aux autres…

La culture de rue est avant tout virile : machisme, homophobie, valorisation de la force physique, sens de l’honneur… Récemment, un jeune en a tué un autre pour un simple regard. Ces valeurs de virilité étaient convertibles dans le monde de l’atelier, de l’usine, du chantier ; elles le sont beaucoup moins dans le monde des services : pour distribuer des plateaux-repas à des personnes âgées, il vaut mieux avoir de la patience que des gros biceps… Cela réduit d’autant les possibilités d’intégration de ces jeunes12. Contrairement à ce qui est fréquemment invoqué, il n’y a pas un rajeunissement, mais un vieillissement de la délinquance juvénile : alors que les Blousons noirs de 30 ans n’existent pas (soit ils ont basculé dans la criminalité organisée, en général à l’occasion d’un séjour en prison, soit ils sont rentrés dans le rang), aujourd’hui, il y a des « jeunes » délinquants de plus de 30 ans.

Le rejet de l’école joue un rôle important dans cette socialisation des quartiers. Il est aussi interdit d’être un bon élève (traité de bouffon par certains jeunes) que d’aimer les films de Godard ou de Truffaut. À cet égard, les analyses de Paul Willis restent pertinentes13. Certains parents, résidant dans les zones précarisées, font des sacrifices considérables pour inscrire leur enfant dans une école privée afin qu’il échappe à cette ambiance. L’écart de niveau entre un collège de zone d’éducation prioritaire et un collège du 5e arrondissement de Paris est abyssal. Cet échec de la scolarisation de masse renforce les phénomènes de relégation.

Pour les jeunes, les policiers symbolisent l’État, c’est-à-dire tout ce qui n’a pas fonctionné pour eux.

Pour les jeunes, les policiers symbolisent l’État, c’est-à-dire tout ce qui n’a pas fonctionné pour eux. Contrairement aux enseignants, ils sont dans une grande proximité sociologique avec eux. Ils sont sans doute plus ruraux, mais ils sont pour la plupart issus des milieux populaires, partagent une expérience du déracinement, parlent le même langage et adhèrent aux mêmes valeurs « viriles ». Cette proximité exacerbe le conflit. Pour les uns, il faut montrer qu’on est du bon côté ; pour les autres, qu’on est solidaire du quartier.

Chez les jeunes qui participent aux émeutes, quel est le degré de conscience politique ?

C’est difficile à dire, pour le xixe siècle notamment, parce que ce sont des jeunes qui ne laissent que peu de traces écrites. On ne peut guère étudier que le degré de conscience politique qui leur est attribué de l’extérieur. Quand ils participent à un mouvement clairement considéré comme politique, leur participation peut être perçue comme la résultante d’un engagement conscient. Par exemple, en 1830, durant les Trois Glorieuses, un apprenti serrurier de 14 ans s’élance drapeau en main à l’assaut du pont de Grève en s’écriant : « Je vais vous montrer comme on sait mourir, souvenez-vous que je m’appelle Arcole ! » Ce jeune émeutier entre immédiatement dans le panthéon républicain et la passerelle de Grève est rebaptisée « pont d’Arcole »14. On prête aussi une conscience politique aux jeunes combattants de juin 1848 ou de la Commune, même si d’autres discours n’attribuent leur participation qu’à une simple appétence pour le désordre et la violence. C’est le sens de la remarque d’Adolphe Blanqui, l’économiste libéral, frère d’Auguste le révolutionnaire, quand il parle, après les troubles de 1848, « d’une classe intermédiaire entre l’enfance et la virilité, qui n’a ni la naïveté de l’une ni la raison de l’autre, […] pour qui l’agitation est un besoin, et la discorde un élément naturel15 ».

Quand nous faisons face à des mouvements « proto-politiques », dépourvus de perspective de transformation politique ou sociale, mais porteurs d’une critique de l’ordre des choses, comme les jacqueries, les révoltes frumentaires du xixe siècle ou les émeutes urbaines des xxe et xxie siècles, c’est la signification même de ces mouvements qui est débattue16. Ils peuvent facilement être considérés comme des fureurs anomiques ou de simples actes de délinquance.

L’une des particularités des émeutes urbaines françaises, depuis celle de la Grappinière, près de Lyon en 1979, jusqu’à celle de cette année, en passant par celle des Minguettes (1983), de Vaulx-en-Velin (1990) et celles de 2005, est qu’elles ont toutes pour origine une intervention policière perçue comme illégitime. Contester la police, c’est contester l’État dans sa fonction régalienne : c’est donc politique. Quand les étudiants scandaient « CRS-SS » et jetaient des pavés et des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, le caractère politique de cette contestation n’était pas dénié. Pour autant, la jeunesse des cités ne constitue pas un tout idéologiquement homogène. La pensée politique du trafiquant moyen, c’est le néolibéralisme le plus brutal ! Parmi les émeutiers, il y a sans doute des aspirations diverses, y compris de l’opportunisme délinquant. Mais lorsque les attaques prennent des cibles symboliques, comme les mairies, les commissariats de police ou les banques, la remise en cause de l’ordre établit est présente. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de procéder, mais c’est bien politique.

Pourquoi les témoins du xixe siècle établissent-ils un lien entre classes laborieuses et classes dangereuses ?

Avec la première urbanisation, quand les villes se mettent à accueillir des émigrés des campagnes, ce sous-prolétariat est obligé, par moments, d’employer des moyens illégaux pour survivre : on chaparde des morceaux de charbon pour se chauffer, on dérobe des matières premières et de la nourriture dans les entrepôts, etc. Les classes populaires commettent donc des délits de nécessité. Elles luttent aussi contre la paupérisation en « trichant » au détriment des employeurs. Ce type de délinquance, qui contribue à l’intégration dans le groupe ouvrier, a laissé des traces dans le vocabulaire, comme la « perruque », le « piquage d’once » ou la « bricole ». Quelques éléments de la classe ouvrière vont basculer dans la délinquance professionnalisée, mais ils sont très minoritaires. L’équivalence entre classes laborieuses et classes dangereuses relève avant tout du préjugé.

À quand remonte le contrôle des étrangers dans la culture policière ?

Les immigrés, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs, ont toujours constitué la partie la plus vulnérable des classes populaires et ont donc toujours été des cibles privilégiées de la police. À Paris, la surveillance des garnis montre que les nouveaux arrivants ou les gens de passage sont a priori suspectés de déviance. Pour un policier ou un gendarme moyen, ces minorités sont, sinon visibles, du moins facilement reconnaissables à des différences vestimentaires et de langage. Les gendarmes peuvent donc interpeller un jeune Breton qui vient chercher du travail dans les ardoisières de Trélazé à cause de son « allure » d’étranger : s’il n’a pas de livret ouvrier, il est vagabond et se retrouve devant la justice. C’est ainsi que les règles administratives fabriquent des marginaux. On parle aujourd’hui de « délit de faciès », mais la priorité accordée à la surveillance des étrangers est depuis longtemps inscrite dans les habitus de la police et de la gendarmerie. Ce n’est pas tant un problème de racisme qu’une culture de la surveillance des mobilités, inscrite dans la longue durée.

Dans sa circulaire du 30 juin 2023, le garde des Sceaux réclame des procureurs « une réponse pénale rapide, ferme et systématique » aux émeutiers, y compris concernant les mineurs. Comment comprendre l’attitude de la justice face aux émeutes ? Pourquoi rouvrir le dossier de la responsabilité parentale ?

Au xixe siècle, pour juger un jeune, on devait poser la question du discernement : si le mineur (moins de 16 ans) avait agi sans discernement, il était acquitté, ce qui ne l’empêchait pas d’être envoyé en maison de correction. Mais dans les cas d’insurrection (les révoltes frumentaires, les journées de juin 1848, le soulèvement de Clamecy, la Commune…), on les juge systématiquement comme des majeurs. De même, les mineurs accusés de collaboration n’ont pas été jugés par les tribunaux pour enfants, qui venaient pourtant d’être créés, mais par les cours de justice, même si on demande à ces dernières d’appliquer les « principes » de l’ordonnance de 1945. Ainsi, d’un côté, on prétend qu’ils n’ont pas de pensée politique mais, de l’autre, on les sanctionne pour des crimes politiques.

La stigmatisation des parents de classes populaires est un discours très ancien, souvent contradictoire (on leur reproche à la fois d’être laxistes et d’être trop sévères), qui sert de motif de placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance. On ouvre ainsi régulièrement le dossier de la responsabilité parentale, mais on le referme aussitôt, quand on s’aperçoit que sanctionner les parents est infaisable, injuste et inutile. Dans un dossier du tribunal pour enfants de Versailles que j’ai étudié, trois enfants suivent une scolarité sans problème et même brillante (la fille aînée intègre une classe préparatoire dans le meilleur lycée de Versailles), mais les deux jeunes frères commettent délit sur délit : faut-il donner une médaille à ces parents méritants ou leur supprimer les allocations familiales ? Une telle mesure n’a jamais fonctionné parce qu’elle ne fait qu’aggraver la marginalisation des jeunes. De fait, les parents des classes populaires, par exemple une mère célibataire qui fait des ménages nocturnes, n’ont pas toujours les moyens de contrôler leurs enfants. Ces parents ont les mêmes aspirations que les autres pour leurs enfants, mais il leur manque les moyens… Sanctionner les parents est donc une aberration. Ajoutons que dans les familles bourgeoises, on trouve aussi des mineurs délinquants, mais on ne trouve pas d’homme politique pour demander que les parents soient sanctionnés…

Vous insistez sur les continuités historiques… Qu’est-ce qui a changé ?

Beaucoup de choses ont en effet changé, notamment durant « les Vingt Décisives », pour reprendre l’expression de Jean-François Sirinelli17. Pour s’en tenir aux changements qui touchent le plus directement les jeunes des classes populaires, on peut relever l’accentuation de la relégation avec l’édification des grands ensembles, la massification du second degré sans réelle démocratisation, la construction d’un idéal consumériste, la crise massive de l’emploi ouvrier et la tertiarisation du marché du travail… Il faut aussi prendre en compte l’émergence du trafic de drogue, qui déstabilise les cités, et, depuis peu, un nouvel usage politique du religieux.

Propos recueillis par Jonathan Chalier, Anne Dujin et Matthieu Febvre-Issaly, le 25 juillet 2023.

  • 1. Voir Jean-Jacques Yvorel, Annie Stora-Lamarre, Jean-Claude Caron (sous la dir. de), Les Âmes mal nées. Jeunesse et délinquance urbaine en France et en Europe (xixe-xxe siècles), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2008.
  • 2. J’en ai trouvé quelques traces seulement : Louis Bourrat et al., L’Enfance irrégulière. Psychologie clinique, Paris, Presses universitaires de France, 1946 ; Roger Michel, Petit Guide de l’enfance irrégulière, préface de Robert Sédille, Paris, Libraire de la Cour de cassation, 1950 ; Jacques Donzelot et Philippe Meyer, Enfance irrégulière et politique familiale. Enquête sur les juridictions pour enfants et l’éducation surveillée, Paris, Comité d’organisation des recherches appliquées sur le développement économique et social, 1974.
  • 3. Louis Canler, Mémoires de Canler, ancien chef du service de sûreté [1861], édition présentée et annotée par Jacques Brenner, Paris, Mercure de France, 1968, p. 105-106.
  • 4. Edmond et Jules de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire, t. II, 1866-1886, édition établie et annotée par Robert Ricatte, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 14-15. Voir aussi François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe [1841], t. II, Paris, Gallimard, 1951, p. 430, cité par Jean-Pierre A. Bernart, Les Deux Paris. Les représentations de Paris dans la seconde moitié du xixe siècle, Paris, Champ Vallon, 2001, p. 254 : « Singes laids et étiolés, libertins avant d’avoir le pouvoir de l’être, cruels et pervers, ces petits héros des trois journées [de 1830] se livraient à des assassinats avec tout l’abandon de l’innocence. » Ou encore Stendhal, Mémoires d’un touriste [1838], Paris, Le Livre du divan, 1929, vol. 1, p. 279 : « Ce n’est point ma vanité froissée qui abhorre le gamin de Paris, c’est l’amour que j’ai pour les grâces de l’enfance qui souffre en la voyant dégradée. » Enfin, du côté des experts, Louis-Mathurin Moreau-Christophe, Débats du congrès pénitentiaire de Bruxelles. Session de 1847, cité par Marie-Sylvie Dupont-Bouchat et Éric Pierre (sous la dir. de), Enfance et justice au xixe siècle. Essai d’histoire comparée de la protection de l’enfance, Paris, Presses universitaires de France, 2001, p. 122 : « Il pèche par le cœur parce que le plus souvent il appartient à une mère dont il a sucé les vices avec le lait, à un père habile dans l’art de vivre du bien d’autrui, à une famille dont les vertus domestiques sont le concubinage et la prostitution. Élevé à telle école, que voulez-vous que devienne ce malheureux ? Dès qu’il peut marcher, il vague sur la voie publique, contracte l’habitude du larcin, l’habitude du vol et des actions coupables qui doivent le faire, un jour, un des hôtes les plus pervers de nos prisons. »
  • 5. Voir Dominique Blanc et Daniel Fabre, Le Brigand de Cavanac. Le fait divers, le roman, l’histoire [1982], Lagrasse, Verdier, 2015.
  • 6. Voir J.-J. Yvorel, « L’“invention” de la délinquance juvénile ou la naissance d’un nouveau problème social », dans Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (sous la dir. de), Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France (xixe-xxie siècle), préface de Jean-François Sirinelli, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Le nœud gordien », 2009, p. 83-94.
  • 7. Voir Jean-Claude Farcy, La Jeunesse rurale dans la France du xixe siècle, Paris, Éditions Christian, 2004.
  • 8. Voir François Ploux, Guerres paysannes en Quercy. Violences, conciliations et répression pénale dans les campagnes du Lot (1810-1860), Paris, La Boutique de l’histoire, 2002.
  • 9. Louis Chevalier, Classes laborieuses, et classes dangereuses à Paris, pendant la première moitié du xixe siècle [1958], Paris, Le livre de poche, 1978, p. 110 : « L’attitude des ouvriers est, à bien des égards, une riposte à l’opinion que l’on se fait d’eux et qu’ils se font d’eux-mêmes. Ils sont ce que l’on veut qu’ils soient : à l’écart de la civilisation parisienne, exclus de cette civilisation, par cette condamnation morale qui les isole et qu’eux-mêmes s’approprient. »
  • 10. Michelle Perrot, « Dans la France de la Belle Époque, les “Apaches”, première bande de jeunes », dans Bernard Vincent (sous la dir. de), Les Marginaux et les exclus dans l’histoire, Paris, Union générale d’édition, coll. « 10/18 » / Cahiers Jussieu, no 5, 1979, p. 387-406.
  • 11. Florence Aubenas, L’Inconnu de la poste, Paris, L’Olivier, 2021.
  • 12. Sur ce point, voir Gérard Mauger, Les Bandes, le milieu et la bohème populaire. Étude de sociologie de la déviance des jeunes des classes populaires (1975-2005), Paris, Belin, 2006.
  • 13. Paul Willis, L’École des ouvriers. Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers [1977], trad. par Bernard Hœpffner, préface de Sylvain Laurens et Julian Mischi, Marseille, Agone, coll. « L’ordre des choses », 2011.
  • 14. Notice « Arcole », dans Jean Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français [en ligne], t. I, 1964.
  • 15. Adolphe Blanqui, Des classes ouvrières en France pendant l’année 1848, Paris, Pagnerre, 1849, p. 154.
  • 16. Voir, par exemple, Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, coll. « Savoir/agir », 2006, et notre compte rendu de cet ouvrage [en ligne], dans Sociétés et jeunesses en difficulté, no 4, automne 2007.
  • 17. Jean-François Sirinelli, Les Vingt Décisives. Le passé proche de notre avenir (1965-1985), Paris, Fayard, 2007.