Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Photo : Josh Applegate via Unsplash
Dans le même numéro

Le naufrage moral de l’Église

Le rapport de la Ciase a produit un effet de sidération par l’ampleur des chiffres et la nature des faits qu’il révèle. Outre le discrédit qu’il jette sur l’Église catholique, il montre le caractère systémique des abus sexuels commis en son sein. L’institution se trouve désormais face à une difficile obligation de réforme.

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), intitulé « Les violences sexuelles dans l’Église catholique. France 1950-2020 » et dévoilé le 5 octobre 2021, a fait l’effet d’une bombe dans et hors de l’Église, d’abord par le nombre impressionnant de victimes mineures d’agressions sexuelles commises par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses : 216 000 personnes sur la période de référence, 330 000 si on élargit ce chiffre aux victimes de laïcs en lien avec l’Église (dans les écoles catholiques, les paroisses, les mouvements, les activités de loisir…). Il s’agit de victimes mineures au moment des faits. Il faudrait y ajouter les personnes victimes d’agressions sexuelles alors qu’elles étaient majeures – mais la commission s’est abstenue d’en évaluer le nombre. Le chiffre des « pédo-criminels » va de 2 900 à 3 200, soit près de 3 % des prêtres auteurs d’agressions – un nombre inférieur à celui d’autres pays. On note encore que les victimes dans l’Église étaient à 80 % des jeunes garçons de 10 à 13 ans (un chiffre qui s’inverse dans la société globale, où 75 % des personnes sexuellement agressées sont des filles un peu plus âgées). Enfin, l’acmé des crimes pédophiles (qui n’étaient pas encore désignés ainsi) a eu lieu entre 1950 et 1970 ; ils ont connu une nette décrue entre 1970 et 1990 (cruel démenti pour les furieux anti-Mai 68, qui y voient, avec le pape Benoît XVI, l’origine maudite des miasmes sexuels actuels, cléricaux et au

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

Dans le même numéro

L’essor sans précédent d’Internet et des nouvelles technologies de l’information a transformé en profondeur le rapport des citoyens à la participation civique. Si elle a permis des progrès incontestables, cette révolution numérique pose également des défis pour la préservation du débat en démocratie. Le bouleversement introduit par le numérique dans la délibération publique semble en effet remettre en cause les exigences traditionnellement associées au débat démocratique, comme l’égalité d’accès, le contrôle public des instances de modération, la fiabilité de l’information ou le pluralisme des courants d’expression. Quelles stratégies adopter pour faire face aux dérives qui touchent aujourd’hui le débat sur Internet ? Le dossier, coordonné par Romain Badouard et Charles Girard, examine la propagation des fausses nouvelles, la mobilisation de nouveaux publics, les pouvoirs de régulations privés et la déstabilisation des cadres juridiques. À lire aussi dans ce numéro : le naufrage moral de l’Église, qui sont les talibans ?, gouverner la pandémie et une rencontre avec Pierre Bergounioux.