Allégorie de la loi française de Séparation de l'Église et de l'État (1905)
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Tourmentes laïques

janv./févr. 2020

Face aux furies identitaires qui confondent la laïcité avec une religion civile, il faut rappeler que la liberté de conscience se fonde sur l'égalité des droits et implique un espace d'entente entre croyants et non-croyants.

Le débat français sur la laïcité a pris à l’automne 2019 une tournure irréelle et délétère[1]. L’espace public et médiatique s’est trouvé envahi par une frénésie de prises de position fulminantes autour d’incidents dérisoires (une agitation groupusculaire à Grenoble en faveur du burkini dans les piscines) et de pratiques dont il est difficile de dire qu’elles attaquent la légalité républicaine (la présence de femmes voilées parmi les parents qui accompagnent des sorties scolaires, lesquelles ­n’auraient pas lieu sans l’appui de ces parents).

La fièvre obsidionale qui s’est alors manifestée – prenant chez certains « laïques » autoproclamés la forme d’une mise en garde contre une possible « guerre civile » qu’on semblait appeler tout en disant vouloir l’éviter – s’est déployée dans un grand vide de propositions politiques. À en croire les discours les plus bruyants, pour « lutter contre l’islamisme » et empêcher que se renouvellent les massacres de l’atroce année 2015, il ne convenait pas de réviser nos rapports avec les acteurs économiques qui financent le djihadism

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Jean-Yves Pranchère

Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Jean-Yves Pranchère est membre du Centre de Théorie Politique de l'Université libre de Bruxelles, où il enseigne. Il est l'auteur de Le Procès des droits de l'Homme (Seuil, 2016) avec Justine Lacroix.

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.