Série : Lupin, photo d'Omar Sy. Décembre 2020 | Copyright Emmanuel Guimier/Netflix
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Abus de biens culturels

La notion d’« appropriation culturelle » est au cœur de nombreuses polémiques, qui sont le fruit de son ambivalence. À cette notion versatile, qui peut servir la lutte contre les discriminations comme renforcer la fragmentation identitaire, il faudrait substituer celle d’abus de biens culturels.

La notion d’« appropriation culturelle » ne cesse d’alimenter le débat. Ses contours flous recouvrent des réalités très diverses, de la représentation artistique ou récit fictif des expériences d’autrui jusqu’au vol et à la monétarisation de possessions d’autres cultures ou de groupes marginalisés. Parce que la notion d’appropriation d’expériences ou de pratiques culturelles par des personnes qui n’en feraient pas partie tend à opposer les identités et à assigner les individus à leurs origines culturelles, la tentation est grande d’aspirer à dissoudre le débat. Il faut cependant se garder de dénier la réalité des rapports de pouvoir et des inégalités que cette notion sert le plus souvent à dénoncer. Son ambiguïté doit nous conduire à un déplacement des enjeux. Ce qui pose problème ne peut pas être l’effort artistique, fictif ou même réflexif, par lequel on tente de se mettre à la place d’autrui afin de mieux comprendre sa situation. Bien au contraire, il s’agit là du seul moyen, certes imparfait et précaire, d’établir un véritable lien entre les êtres humains. Les rapports qui définissent une situation, quand bi

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Johanna Lenne-Cornuez

Docteure en philosophie, associée à l'unité de recherche "Sciences, normes, démocratie" de Sorbonne Université (UMR 8011).

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.