Des femmes marchent sur Versailles le 5 octobre 1789
Flux d'actualités

De la non-mixité à l’égalité

L’idéal de l’égalité de droit impose de problématiser sans cesse les conditions de possibilité de cette égalité dans les faits.

Les réunions faisant le choix de la non-mixité en réservant leur accès à une catégorie de personnes opprimées déchaînent les foudres de la plupart des essayistes et des responsables politiques, qui ne manquent jamais de rappeler que la République est une et indivisible, ou de fustiger ce qui serait un insupportable renversement discriminatoire1. Ces rares réunions non mixtes en disent cependant moins sur les personnes qui y participent que sur celles et ceux, très majoritaires, qui s’insurgent contre elles : la non-mixité militante est le plus souvent dépeinte comme un refus de la mixité et une négation des valeurs républicaines, là où elle peut en réalité être comprise, à certaines conditions que j’essaierai de définir, comme la tentative de rendre visible la distance entre égalité proclamée des droits et inégalités de fait, ou comme la volonté pour des catégories victimes de misogynie, de racisme ou d’homophobie de s’émanciper de cette oppression en se constituant comme groupes conscients de celle-ci et en réfléchissant activement aux moyens de la combattre.

Loin de se réduire à la négation de l’idéal d’égalité des droits dans la société républicaine, la non-mixité peut être un instrument de lutte – temporaire et sans doute imparfait, mais historiquement nécessaire – pour les femmes qui entendent précisément s’emparer de la question de l’égalité en libérant la parole des opprimées et en dén

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !