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Ne pas faire vivre et laisser mourir

juil./août 2018

#Divers

Évoquant l’émergence de la biopolitique, Michel Foucault a parlé du migrant comme d’un « entrepreneur de lui-même ». Il faut ajouter que le migrant obtient plus facilement un titre de séjour s’il est malade, et même qu’il est plus rationnel de le laisser mourir en mer que de le secourir. Pour garder notre humanité, nous devons nous réapproprier le temps de la politique.

Ce texte revendique l’étrangeté de son statut. Il est une tentative de réflexion philosophique, mais il naît aussi d’une indignation tenace qui n’a pas grand-chose à voir avec les qualifications professionnelles. L’indignation accompagne aujourd’hui, et depuis trop longtemps, la litanie des horreurs égrenées par nos journaux télévisés à l’heure du dîner, quand il s’agit de faire le point sur la situation des réfugiés aux portes de l’Europe ou, quelquefois aussi, en son intérieur – il y a peu, aux frontières de la Macédoine ou de la Hongrie ou dans la neige de l’hiver serbe ; aujourd’hui, dans tous les campements de fortune où des humains s’entassent dans la précarité extrême et le désespoir, au milieu de ces paysages qui nous étaient familiers et que barrent désormais des murs, des barbelés ou des grillages, aux portes de Paris comme à Lesbos, à Lampedusa comme à Vintimille.

Il s’agit dès lors de se demander si l’analyse des rationalités politiques et des modes de gouvernement, telle que Michel Foucault la déploie dans ses cours au Collège de France de 1978-1979[1], est encore pertinente pour rendre compte de la manière

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Judith Revel

Professeur de philosophie à l'université Paris Nanterre, elle est notamment l'auteur de Foucault avec Merleau-Ponty (Vrin, 2015).

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Assistons-nous au triomphe de la xénophobie ? Les exilés ne sont plus les bienvenus dans notre monde de murs et de camps. Pourtant, certains font preuve de courage et organisent une contre-politique hospitalière. Ce dossier estival, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, invite à ouvrir le secours humanitaire sur un accueil institutionnel digne et une appartenance citoyenne réinventée.