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Le conflit des hospitalités

Dans un monde de murs et de camps, l’hospitalité a cessé d’être une valeur politique pour retourner dans le domaine éthique.  Des formes d’entraide existent, mais il faut dépasser le secours par l’accueil institutionnel et une citoyenneté post-nationale.

Si l’hospitalité semble devenue une valeur commune et molle, il n’en est rien. Les critiques sont nombreuses. On lui reproche en particulier de n’être rien d’autre que ce supplément moral qui non seulement laisse inchangée la situation mais qui permet aux camps, aux «jungles», d’exister comme lieux malgré tout habitables. Il existe en effet un risque hospitalier : devenir le bras humanitaire du libéralisme pour prendre en considération les «indésirables» (terme utilisé en français par Hannah Arendt dans sa somme de 1951 sur les origines du totalitarisme). C’est ce que met particulièrement bien en avant Michel Agier quand il affirme que «le gouvernement humanitaire est l’entité qui construit, gère et contrôle le camp, pour y garder des populations considérées simultanément comme vulnérables et indésirables, victimes et dangereuses [1]».

Le déclin de l’hospitalité et la renaissance des États-nations

Face à cette érosion de la valeur de l’hospitalité, considérée au mieux comme le suppl&eacut

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Fabienne Brugère

Professeure de philosophie à l’université Paris 8, elle est notamment l’auteure de L’Éthique du « care » (Puf, coll. « Que sais-je ? », 2017). 

Guillaume Le Blanc

Philosophe (professeur à l'université de Bordeaux), il travaille sur notre rapport à la santé (Cangulhem et les normes, PUF, 1998), au soin, au corps (Courir. Méditations physiques, Paris, Flammarion, 2013), ce qui l'a conduit à s'interroger sur l'exclusion, l'invisibilité de certaines situations sociales, les situations de marginalité et d'étrangeté (Vies ordinaires, vie précaires (Seuil, 2007) ;…

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Assistons-nous au triomphe de la xénophobie ? Les exilés ne sont plus les bienvenus dans notre monde de murs et de camps. Pourtant, certains font preuve de courage et organisent une contre-politique hospitalière. Ce dossier estival, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, invite à ouvrir le secours humanitaire sur un accueil institutionnel digne et une appartenance citoyenne réinventée.