Panache de fumée après le bombardement israélien du quartier général du Hezbollah au Liban. Par Jimmyp84   Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=155061486 Septembre 2024
Panache de fumée après le bombardement israélien du quartier général du Hezbollah au Liban. Par Jimmyp84 — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=155061486 Septembre 2024

Un Moyen-Orient ingouvernable ?

Aucun plan n’est proposé pour l’administration post-Hamas de la bande de Gaza, qui est devenue ingouvernable. Mais n’est-ce pas aussi le cas de la Syrie, de l’Irak et du Yémen ? Un tel constat devrait inviter la communauté internationale à réviser son action.


Peu s’en souviendront, mais le Secrétaire général des Nations unies António Guterres avait, dès le mois de décembre 2023, mis en garde contre un « effondrement total de l’ordre public » à Gaza. Au printemps suivant, l’Organisation des Nations unies arrêtait plusieurs convois en direction du nord de l’enclave palestinienne après la fuite de la police locale et l’apparition de « mafias » soupçonnées de détourner l’aide humanitaire pour la revendre à prix d’or au marché noir. Tandis que l’insécurité s’est depuis partout généralisée, sur fond d’une famine de masse et de l’avancée militaire de Tsahal, Gaza serait-elle devenue ingouvernable ?

L’opération « Glaives de fer », qui visait à ramener sains et saufs les otages israéliens enlevés le 7-Octobre et à neutraliser le Hamas, ne s’embarrassa guère, autant le reconnaître avec clarté, de la problématique du « jour d’après », restée à l’état de véritable trou noir. Aucune vision, aucun plan lisible en matière de gouvernance post-Hamas n’émana du cabinet de guerre de Benyamin Netanyahou. Or envisager les contours du gouvernement qui prendrait la suite du mouvement terroriste était bien entendu une dimension fondamentale de cette confrontation, et non un aspect résiduel comme n’ont cessé de le rappeler les spécialistes chevronnés au fil de la crise.

Il fut un temps question d’installer une autorité palestinienne revisitée dans l’enclave ravagée, puis d’une « feuille de route » qui mentionnait l’établissement d’« organes palestiniens » sous la forme de « comités civils » chargés de gouverner Gaza, pourvu qu’ils ne représentent pas une menace contre Israël. Mais aujourd’hui, outre le désarmement du Hamas et la démilitarisation de l’enclave, se profile un contrôle politico-sécuritaire étendu des forces israéliennes, sans guère de définition supplémentaire de ce à quoi pourrait ressembler une administration palestinienne.

L’ampleur des destructions induites par la campagne illimitée de bombardements et la violence des combats au sol a d’ores et déjà conduit au chaos et à l’ingouvernabilité de Gaza, où bandes organisées et gangs armés prolifèrent. Ces acteurs n’hésitent pas à s’attaquer aux civils en toute impunité et à régler leurs différends en dehors de tout cadre légal. Des sources bien informées décrivent une propagation alarmante des représailles privées ainsi que la violation de nombreux droits fondamentaux.

Cependant, le drame de Gaza s’arrête-t-il à ce seul territoire ? Ne reflète-t-il pas davantage une situation prévalente ailleurs au Moyen-Orient ? On songe évidemment à la Syrie post-baathiste, où le gouvernement d’Ahmed al-Charaa, issu des rangs d’Hayat Tahrir al-Cham, a échoué à restaurer l’ordre et à prévenir la commission de très graves exactions dans plusieurs régions alaouites et druzes. La situation de l’Irak, profondément déstabilisé depuis l’intervention américaine de 2003, effleure aussi l’esprit, tant les anomalies et dysfonctionnements de son gouvernement demeurent légion. Beaucoup se demandent en outre qui pourra un jour pacifier un pays déchiré comme le Yémen.

C’est en définitive l’« acte de gouverner » que la guerre de Gaza, à la suite d’autres au Moyen-Orient, interroge.

C’est en définitive l’« acte de gouverner » que la guerre de Gaza, à la suite d’autres au Moyen-Orient, interroge. Cet acte est-il réalisable, ou l’ingouvernabilité de la région est-elle l’unique horizon, invitant la communauté internationale à réviser son action de fond en comble ?

Cet article a été publié dans Ouest France, le 21 août 2025.