Statues du palais royal d'Abomey que le président français E. Macron a décidé récemment de restituer au Bénin. | Photo Jean-Pierre Dalbéra
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L’universel dans la brousse

L'argument universaliste est employé pour bloquer le retour des oeuvres d'art aux pays anciennement colonisés, mais il prend la partie (l'Europe) pour le tout (le monde). Comme le soulignait déjà Alioune Diop en 1956, restituer, c'est rendre le monde au monde.

Chaque fois que [les morts] nous voyaient, ils faisaient entendre des bruits désobligeants qui montraient qu’ils nous haïssaient et aussi qu’ils étaient furieux de nous voir vivants[1].»

En France hexagonale, aujourd’hui, on convoque l’universalisme[2] en toutes circonstances. Le rappel, constant, qu’il existe des traits irréductibles de la vie humaine, indépendamment de tout conditionnement local et culturel, n’a bien souvent qu’un seul type d’objectifs. Partir en guerre contre le communautarisme. Ou encore contre le mal identitaire. Contre le multiculturalisme. Contre le narcissisme des cultures néolibérales. Contre le fanatisme religieux. Contre le voile et l’islam. Contre le supposé racisme des antiracistes. Contre l’écriture (inclusive), contre les mots (intersectionnalité, « racisé »…). Contre les États-Unis. Contre les expressions de joie lors des finales de football. Les scènes sont multiples, disparates. Et sur chacune d’entre elles, le terme « universel » est brandi comme un étendard. Il faut ­combattre le péril de la dislocation, les menaces présumées de séparation.

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Nadia Yala Kisukidi

Maîtresse de conférences en philosophie à l'Université Paris 8, elle notamment l'auteure de Bergson ou l'humanité créatrice (CNRS, 2013).

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.