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Photo : Liam Andrew via Unsplash
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Du bon usage de la fin du monde

Bergson ou l’humanité tenue à l’impossible

décembre 2021

Si la perspective de la catastrophe peut vite faire sombrer dans le fatalisme ou la sidération, elle peut aussi devenir un puissant levier pour l’action, en poussant à envisager comme nécessaires des solutions jusqu’alors impossibles. C’est du moins ce que suggère Bergson dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, avec le dilemme entre la société close et la société ouverte.

À l’heure des grandes décisions, la morale n’est plus d’aucun secours. Les règles ou les maximes qu’elle dispense d’ordinaire pour bien conduire sa raison défaillent, faute de reposer sur des coordonnées fiables. Car ce sont ces moments fatidiques où tout s’embrouille. Les Modernes ignoraient le péril qu’ils faisaient courir à l’humanité future, aussi longtemps qu’ils croyaient pouvoir se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». La menace planait peut-être déjà confusément sur eux, mais ils étaient trop confiants dans l’avenir pour l’apercevoir. À présent, le doute surgit que le bien poursuivi n’aura été que le masque du mal. Et après l’avoir recherché si opiniâtrement, l’humanité craint de s’être trompée. Elle tremble désormais. Il se pourrait que, par ses prouesses techniques, elle n’ait réussi qu’à précipiter sa propre chute. En effet, aujourd’hui, nous savons ce que les humains ont fait à la Terre. Et l’Anthropocène désigne rétrospectivement la nouvelle ère géologique dans laquelle l’humanité est entrée avec la révolution industrielle. Elle nous apprend que la dévastation écologique est irréversible et que « les nouveaux états dans lesquels nous lançons la Terre seront porteurs de dérèglements, de pénuries et de violences qui la rendront moins aisément habitable par les humains1 ». Si la majorité ne s’en émeut guère et évite de se confronter à la possibilité de l

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Povilas Aleksandravičius

Maître de conférences en philosophie à l’université Mykolas Romeris (Lituanie), il est notamment l’auteur de Temps et éternité chez saint Thomas d’Aquin et Martin Heidegger (Éditions universitaires européennes, 2010).

Camille Riquier

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférence et doyen de la Faculté de philosophie à l’Institut catholique de Paris. Il est notamment l'auteur de Nous ne savons plus croire (Desclée de Brouwer, 2020). 

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.