Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Cornelius Castoriadis, DR
Dans le même numéro

Castoriadis fonctionnaire

Un philosophe à l’OCDE (1948-1970)

septembre 2021

Au moment où Castoriadis rédigeait pour l’OCDE des rapports prônant la libéralisation et la croissance économiques, il utilisait les mêmes données pour critiquer la dynamique du capitalisme. Comment s’articulent ces deux dimensions de la vie et de la pensée du philosophe ?

«  Mai 68 a ouvert une nouvelle période de l’histoire universelle1. » L’homme qui écrit ces lignes, à quelques mois des événements, signe du nom de Jean-Marc Coudray. Il se félicite qu’un vaste mouvement social mette enfin en question les fondements de la société contemporaine : « la société de consommation, le cloisonnement entre manuels et intellectuels, le caractère sacro-saint de l’Université et des autres hauts lieux de la culture capitaliste bureaucratique ». Mais Jean-Marc Coudray n’est qu’un pseudonyme. L’auteur de ces lignes ne peut pas utiliser son vrai nom, puisqu’il travaille dans une prestigieuse organisation, où il dirige une équipe de cent trente économistes et statisticiens. Son vrai nom est Cornelius Castoriadis.

On connaît Castoriadis comme l’un des philosophes français marquants de la seconde moitié du xxe siècle. Et on sait l’influence qu’a eue la revue Socialisme ou Barbarie, qu’il anima avec d’autres entre 1949 et 1965, dans l’évolution de la gauche marxiste vers la pensée antitotalitaire. Un détail biographique est moins souvent évoqué, bien que connu : cet ennemi juré du capitalisme et de la bureaucratie a été fonctionnaire, au sein de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) puis de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) entre 1948 et 1970

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Raffaele Alberto Ventura

Philosophe, il écrit dans la presse italienne (Il Foglio, Linus) et collabore avec le site Le Grand Continent. Il est l’auteur d’un ouvrage paru en italien sur la crise de la classe moyenne, Teoria della classe disagiata (minimum fax, 2017).

Dans le même numéro

La question du logement nous concerne tous, mais elle peine à s’inscrire dans le débat public. Pourtant, avant même la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’elle cristallisait de nombreuses préoccupations. Les transformations à l’œuvre dans le secteur du logement, comme nos représentations de l’habitat, font ainsi écho à nombre de défis contemporains : l’accueil des migrants, la transition écologique, les jeux du marché, la place de l’État, la solidarité et la ségrégation… Ce dossier, coordonné par Julien Leplaideur, éclaire les dynamiques du secteur pour mieux comprendre les tensions sociales actuelles, mais aussi nos envies de vivre autrement.

À lire aussi dans ce numéro : le piège de l’identité, la naissance du témoin moderne, Castoriadis fonctionnaire, le libéralisme introuvable, un nouveau Mounier et Jaccottet sur les pas d’Orphée.