Édit de Nantes. 1598 | Archives nationales, wikimédia
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Maîtriser l’indicible

Au temps du réveil des identités, l’espace public se transforme en terrain d’affrontement pour établir ce que l’on peut ou ne pas dire. Il faut pourtant remettre sur le métier la question de l’indicible pour rendre la société plus inclusive.

C’est vers la fin du cinquième épisode qu’on assiste à la scène la plus bouleversante de la première saison de la série américaine Dear White People (2017), qui met en scène les tensions entre Blancs et Noirs dans une prestigieuse université américaine. Lors d’une soirée, un groupe d’étudiants danse. En entendant le tube Trap Niggas du rappeur Future, un Blanc (Addison) commence à chanter ; inévitablement, il répète plusieurs fois ce que les Américains appellent, pour ne pas le prononcer, le N-word. Un Noir (Reggie) lui demande gentiment de ne pas dire ce mot, mais Addison ne comprend pas la requête. Au fond, ce mot est utilisé dans la chanson par un chanteur noir et lui-même ne l’emploie pas avec une connotation raciste mais au contraire avec empathie. Reggie et Addison commencent à en discuter de façon de plus en plus animée, d’autres garçons blancs et noirs s’en mêlent et la température monte. Une bagarre démarre et c’est à ce moment qu’un policier (blanc) du campus intervient. Présumant que le fauteur de troubles doit être le Noir, il demande à Reggie ses papiers. Contrarié par cette injustice, Reggie refuse et s’énerve encore plus : c’est alors que l

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Raffaele Alberto Ventura

Philosophe, il écrit dans la presse italienne (Il Foglio, Linus) et collabore avec le site Le Grand Continent. Il est l’auteur d’un ouvrage paru en italien sur la crise de la classe moyenne, Teoria della classe disagiata (minimum fax, 2017).

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Là où nos sociétés connaissent des tensions, là aussi travaille le langage. Le dossier d’Esprit (décembre 2019), coordonné par Anne Dujin, se met à son écoute, pour entendre l’écho de nos angoisses, de nos espoirs et de nos désirs. À lire aussi dans ce numéro : les déçus du Califat, 1989 ou le sens de l’histoire et un entretien avec Sylvain Tesson.