Dans le même numéro

Nouveaux fragments d'une mémoire infinie

mars/avril 2017

#Divers

Chaque fois que j’écris le récit d’un souvenir personnel, je ressens davantage l’impossibilité de m’en tenir aux seules ressources de ma propre mémoire. Il suffit que je veuille évoquer un quartier d’une ville, ou un fait d’actualité qui aurait eu lieu à une certaine époque, pour que j’aille naturellement demander à Google de préciser ou de compléter mes souvenirs. Toute littérature d’introspection – autobiographie ou roman psychologique – devrait aujourd’hui, si elle voulait décrire aussi fidèlement que possible les cheminements d’un esprit, faire apparaître dans à peu près une phrase sur deux le nom de Google.

*

Souvent, ayant retrouvé sur mon écran le plan détaillé de la ville où j’étais en voyage, ou bien le déroulement exact des événements qui faisaient alors la une des journaux, je redoute qu’une précision trop grande ne corresponde pas à l’état réel de mes souvenirs et donne une impression d’inauthenticité. Mais il est trop tard, quand on a goûté aux fruits de l’arbre de la connaissance, pour retrouver l’état d’innocence psychologique dans lequel on se trouvait auparavant. Alors je cherche une sorte de compromis entr

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Maël Renouard

Ecrivain, philosophe et traducteur, il a reçu le prix Décembre pour la Réforme de l’opéra de Pékin (Payot & Rivages, 2013). Il est l’auteur de Fragments d’une mémoire infinie (Grasset, 2016), un essai littéraire et philosophique consacré à Internet. De « Nouveaux fragments » ont été publiés dans Esprit, mars-avril 2017.…

Dans le même numéro

Malgré ses prouesses, la technique présente des coûts humains, sociaux et écologiques démesurés. Grande pourvoyeuse de solutions, elle est devenue elle-même le problème, qui ne pourra être résolu de façon technique. C’est en effet de nous qu’il faut attendre un changement.