Prométhée apporte le feu à l’humanité, Heinrich Friedrich Füger (1817), Domaine public via Wikimedia
Prométhée apporte le feu à l'humanité, Heinrich Friedrich Füger (1817), Domaine public via Wikimedia

La technique peut-elle nous sauver ?

Aux menaces hyperboliques de notre temps, ne peut répondre que l’hyperbole de la technique. On ne demande plus seulement à la technique de nous emmener dans un progrès infini, mais de nous sauver. Au risque d’oublier que la technique est ce qui permet de nous orienter, sur un chemin par définition incertain. 


Les récents développements de l’intelligence artificielle semblent avoir ranimé une passion de la technique que l’on croyait passée de mode. Il y a peu, une certaine lassitude régnait : il n’y a plus rien à attendre du progrès technique, osait-on dire, rien que des gadgets, des armes et des déchets. Et puis d’ailleurs, notre maison brûle, ajoutait-on dans un soupir, lisant dans les rapports sur le climat la confirmation d’une désillusion déjà profonde. Quoi que pût la technique, elle n’était tout simplement pas la clé de l’avenir.

Mais voici que la passion renaît. Partout on s’agite ; on parle espoir et inquiétude, enthousiasme et affolement quant à ce que peut la technique ; on invoque la science-fiction et les dystopies, et on en appelle à ce que le monde compte d’esprits brillants pour s’éclairer sur ce qu’il y a à attendre de ces nouveautés. Le « futurologue » américain Ray Kurzweil prédit ainsi que l’intelligence artificielle égalera dans quelques années celle de l’humain et que nous « fusionnerons1 » avec elle d’ici 2045 ; au passage, assure l’auteur, « nous résoudrons le vieillissement d’ici cinq à dix ans ». Le fondateur d’OpenAI, Sam Altman, s’est quant à lui fendu en septembre 2024 d’une apologie de « l’âge de l’intelligence » qui s’annonce et qui doit permettre, entre autres « triomphes », de « réparer le climat, établir une colonie dans l’espace, et découvrir la totalité de la physique2 ». Tout un programme.

Ces discours ne relèvent pas seulement de l’exagération ou de l’extrapolation, mais peut-être surtout de la spéculation. Il s’agit de donner à voir, comme depuis un point d’observation (c’est un sens du bas latin speculatio), ce que sera le monde futur – ses villes et ses robots, son abondance ou sa misère, son ciel bleu ou ses noirs nuages. La spéculation contemple alors toujours un même horizon : c’est dans la technique que se décidera notre avenir. Si l’on peut bien rire de telles vues de l’esprit, on aurait pourtant tort d’en négliger les effets : les discours et les imaginaires sur l’avenir orientent et motivent non seulement la recherche et les projets de développement, mais aussi les investissements qui les rendent possibles. Prendre au sérieux la spéculation, ce serait donc l’entendre au double sens du terme, à la fois théorique et financier. On ne s’étonnera alors plus du succès d’une littérature spéculative qui joint admirablement l’utile à l’agréable. Ainsi de cette tribune parue dans le Financial Times et dont l’auteur, un « investisseur », appelait à contrôler le développement d’une « intelligence artificielle quasi divine », qu’il juge capable du pire comme du meilleur. À cette fin, suggère-t-il, le mieux est de le suivre et d’imiter ses propres investissements3. La spéculation ne perd pas le nord.

Si la spéculation produit tant d’effets, c’est peut-être parce que la passion de la technique n’est plus seulement un récit qui permet de belles opérations boursières. Une telle offre narrative répond aussi à toute forme d’expérience qui se présente moins sous le signe de l’opportunité que sous celui de la détresse. Aux menaces hyperboliques de notre temps, ne peut répondre que l’hyperbole de la technique. On ne demande alors pas simplement à la technique de nous emmener dans un progrès infini, mais de nous sauver.

Technique et salut : un lien pour l’avenir

Si le salut devient un enjeu à partir d’une détresse bien réelle, notre époque en offre assurément toutes les conditions. Le dérèglement climatique n’en est que l’avatar le plus urgent et le plus immédiat : depuis plusieurs décennies déjà, les différentes crises écologiques et sociales s’additionnent et leur réalité, pour peu qu’elle nous apparaisse sans filtre, n’a rien à voir avec le seul devoir moral de préserver l’environnement et de se préoccuper des plus pauvres. La question de l’habitabilité commune de la Terre, dramatisée non pas à partir de la poésie mais à partir des sciences, a balayé la perspective d’un progrès infini. Notre maison brûle et il n’est plus question de sauver les meubles, mais de nous sauver nous-mêmes.

C’est donc le plus concrètement du monde que le salut s’impose comme un enjeu. Si la spéculation fait abstraction des conditions du présent, la détresse, au contraire, y renvoie avec violence. D’où la frénésie paradoxale avec laquelle on se tourne vers des solutions concrètes sur le mode le plus abstrait : à travers le nucléaire, l’intelligence artificielle, la capture carbone, la géo-ingénierie ou même le métavers, un certain spectre de « la technique » est invoqué comme une réponse au présent et une solution pour l’avenir – et même une solution de l’avenir, c’est-à-dire une dissolution du caractère problématique de l’avenir en général.

Néanmoins, si la technique promet un « futur » meilleur, ou pire, c’est à chaque fois un futur achevé, sans problème ou sans perspective : un futur débarrassé de l’avenir. Non contents de vouloir « résoudre le vieillissement », premier signe du passage du temps, c’est l’avenir en général que l’on entend résoudre. Avec la technique, l’avenir doit trouver sa détermination finale ; tout sera accompli. Ce que l’on attend de la technique, c’est d’en finir avec l’avenir.

Ainsi, si la technique est appelée à nous sauver, ce n’est pas seulement d’une détresse qui nous arriverait aujourd’hui par accident, comme à la suite d’une manœuvre malhabile ou face à un obstacle malvenu. Notre détresse est bien plutôt celle d’êtres qui se trouvent frappés par la plus terrible des malédictions : celle d’avoir un avenir. L’avenir n’est pas seulement ce qui n’est pas encore arrivé, c’est aussi et surtout ce qui n’est pas encore décidé. C’est à cette indécision que la technique prétend répondre.

La technique prend alors son sens prométhéen. Selon le mythe rapporté par Platon4, nous autres créatures dépourvues de griffes, de pelage, d’ailes, nous sommes les seuls êtres dont les facultés ne sont pas décidées par avance. Autrement dit, notre malheur est d’abord de n’être pas des animaux comme les autres. On remarque rarement que ce malheur ne sera en fait jamais supprimé : le don qui doit réparer cette faute n’est pas repris aux autres animaux, comme par mesure de justice, mais il est dérobé aux dieux. En lieu et place de facultés arrêtées, l’humain reçoit le pouvoir divin de fabriquer et de forger, par le feu et la technè, ses propres facultés. L’humain n’est donc ni un animal comme les autres, ni un dieu comme les autres. Le don prométhéen ne rétablit rien : il redouble et déplace. À l’injustice de l’oubli répond celle du vol ; à l’indétermination de l’avenir, défaut d’animalité, répond le pouvoir de faire, prétention à la divinité. Et ce n’est là qu’une prétention : si l’humain reçoit le don de pouvoir faire, il est encore un animal, c’est-à-dire un vivant ; il devient ainsi celui qui, pour vivre, doit faire. À défaut de pouvoir vivre naturellement, il lui faut vivre artificiellement. Telle est notre double malédiction : nous avons un avenir et cet avenir est entre nos mains ; il n’est pas fait et il est à faire.

C’est pourquoi il s’agit toujours de salut. L’animal et le divin sont ici les deux figures dans lesquelles l’humain cherche à échapper à l’avenir, c’est-à-dire à ce qui est humain. C’est ce que l’on retrouve dans le vieux refrain de la puissance divine de la technique, qui se lit aussi bien chez les promoteurs enflammés d’un homo deus que chez les Cassandre les plus avertis ; c’est ce qui s’entend aussi dans l’invitation à un « retour à la nature » par lequel l’humain retrouverait sa « juste place » dans le tissu du vivant. À chaque fois, ce qui doit nous sauver, c’est notre capacité proprement humaine à nous déterminer, c’est-à-dire en fait à échapper à notre humanité. Si la technique doit nous sauver, c’est d’abord de nous-mêmes.

C’est ce qui explique que notre rapport à la technique soit aussi ambivalent. On a observé que la technique portait en elle-même une telle ambivalence ; on l’a théorisée comme remède et poison5. On a moins souvent signalé que cette ambivalence nous était intimement liée, et qu’elle avait tout à voir avec notre rapport au salut en général. Si être sauvé d’un danger, c’est être mis à l’abri, alors être sauvé tout court, c’est être mis hors de tout danger, c’est-à-dire de tout ce qui pourrait arriver. Le salut n’est éternel que parce que plus rien n’arrive. Se rapporter au salut implique de renoncer à l’avenir ; cela implique aussi de chercher à se sauver soi-même. Ce qui promet de nous sauver menace donc toujours de nous perdre, non pas simplement parce que la promesse de salut nous fait renoncer à ce à quoi nous tenons – jusqu’à notre propre vie –, mais parce qu’il s’agit de nous priver d’avenir.

Ainsi conçu, le salut se donne comme une perspective qui annule le passage du temps en sauvegardant ce qui a été – le « soi-même » qui est sauvé – dans un avenir sans avenir, une éternité de gloire. Il n’y a que la foi mal comprise – la mauvaise foi – pour nous faire croire que nous pourrions nous sauver nous-mêmes sans nous perdre, que, sans avenir, il y aurait toujours un « nous ». Résoudre la maladie, le vieillissement, la mort ou les « défis » planétaires, ce ne sont pas seulement des promesses suspectes dont on sait qu’elles ne s’adressent pas à tout le monde ; ce sont, plus encore, des promesses qui visent à mettre un terme à notre déplorable condition humaine. L’ambivalence de la technique réside ainsi moins dans la pluralité de ses usages ou dans sa prétendue « puissance » que dans le fait qu’elle promet de nous sauver, c’est-à-dire en même temps de nous perdre.

C’est pourquoi la promesse de salut par la technique se retrouve à l’identique dans son symétrique, à savoir l’appel à se sauver de la technique. Que la technique soit le plus grand danger de notre temps, c’est aujourd’hui un thème aussi familier que celui d’un salut par la technique. Après tout, si détresse il y a, n’est-ce pas la technique elle-même qui l’a provoquée ? C’est la technique qui détruit la planète ; c’est la technique qui exploite les travailleuses et les travailleurs. Au rêve technophile répond ainsi le profond pessimisme techno-critique, qui anime tout un pan de la pensée écologique contemporaine6. Mais le thème du salut s’impose alors avec d’autant plus de force : lorsque l’on cherche à se sauver de la technique, il s’agit encore et toujours de se sauver. Et d’échapper à une indétermination qui nous est pourtant essentielle : celle de l’avenir.

Dire que la technique ne nous sauvera pas, c’est dire qu’il faut un changement radical – qui nous permette justement de nous sauver de la technique. Ce changement peut prendre le nom de révolution ou de conversion, et peut-être de plus en plus souvent les deux à la fois : le sursaut ne sera pas seulement politique mais, rêve-t-on, cosmologique7. Il faut prendre au sérieux les dessins d’Alessandro Pignocchi dans le livre qu’il a composé avec Philippe Descola : au vœu de trouver une échappatoire à la modernité et à son « naturalisme » répondent les scènes ubuesques d’un monde où le renversement politique est passé par une conversion générale à l’animisme8. Monde postapocalyptique en même temps qu’utopique, c’est-à-dire monde de la fin du capitalisme et de la modernité, de la fin de l’histoire et de la fin de l’avenir9. Contre la prétention de la technique à nous sauver, l’appel au sursaut n’est peut-être pas nécessairement moins naïf ; il n’est en tout cas pas moins une affaire de salut.

On retrouve ici le rêve d’un retour à la nature et, avec lui, les paradoxes de la condition prométhéenne : qu’on cherche le salut dans la technique ou hors de la technique, on cherche la détermination qui nous a toujours manqué. Dans les deux cas, cela revient au rêve d’une humanité enfin arrivée à bon port, fixée, ancrée, déterminée – c’est-à-dire d’une fin de notre humanité.

S’orienter dans la technicité

Si le rapport entre la technique et le salut est si prégnant, s’il continue de guider nos spéculations, ce n’est peut-être pas une fatalité. Chercher les moyens de défaire ce rapport exige de comprendre autrement la technique. Le mythe de Prométhée nous enseigne que si la technè risque toujours de nous déterminer, si elle risque toujours de nous fournir un avenir écrit par avance, elle n’est pourtant bien comprise que comme indétermination radicale. La technè ne peut jamais, ne doit jamais faire de l’homme un homo deus : elle doit bien plutôt défaire l’homme de sa prétention à se sauver, à mettre la main sur l’avenir.

Le mythe de Prométhée nous enseigne que si la technè risque toujours de nous déterminer, elle n’est pourtant bien comprise que comme indétermination radicale.

La technè n’est pas « la technique » : cette dernière est une idée récente, mûrie notamment dans les années 1930, dans une Europe fiévreuse tâchait de penser son histoire et son destin10. Avec l’anglais, la technique se dédouble alors vite en « technologie », confondant le discours sur la technique et la technique elle-même et, non loin d’une certaine logique du fétiche, attribuant à la chose la promesse qu’on y lit. La technè, quant à elle, signifie-t-elle plutôt l’art, le savoir-faire, l’habileté ? Peut-être. Mais disons-le encore : le don prométhéen a ceci de singulier qu’il ne se laisse pas réduire à une faculté déterminée. Il ne suffit certainement pas d’opposer une technè ancienne, artisanale, sage et mesurée à une technique moderne, industrielle, insensée et démesurée. Parce que la technè est ce qui maintient l’homme dans son indétermination essentielle, elle ne peut être déterminée par avance comme pouvoir de faire ceci ou cela, c’est-à-dire comme promesse – mais seulement comme pouvoir de faire, tout court. Et cela engage ce que faire veut dire.

À force de penser la technique comme une promesse, on se surprend à y croire : on croit que l’avenir est tenu en main. Or si nous avons un avenir, c’est qu’il échappe nécessairement à une telle prise. Ce qui est technique, c’est ce qui échappe à l’évidence d’un avenir écrit par avance ; c’est ce qui résiste, qui demande réflexion ; c’est ce qui s’adresse à la limite des compétences. Est technique ce qui éprouve le savoir-faire, qui en connaît la limite et qui interdit par là même de prétendre à la maîtrise. La promesse de la technique a un envers : le technique.

Le technique offre peut-être une possibilité de ne pas s’intéresser au salut. En abordant techniquement ce qu’il y a à faire, on reconnaît d’abord une chose : ce qu’il y a à faire. C’est d’abord une reconnaissance du fait que la détresse n’est pas une simple information qui appellerait une posture, une décision ou un « geste » fort. Et jamais seulement un geste. La tradition d’esthétisation du geste manuel, artisanal ou artistique court toujours le risque de confondre art et manière, c’est-à-dire d’ignorer que le geste doit être sûr avant d’être beau11. Tant que le politique ne sera que le domaine des gestes forts, tant que les livres ne seront que des gestes théoriques, la gestuelle sera une gesticulation. La détresse n’appelle pas des gestes, mais elle appelle au secours. Secourir, voilà ce qu’il y a à faire. S’il est des gestes tolérables, ce sont les gestes des premiers secours, les « gestes qui sauvent », qui sont tout sauf des gestes par lesquels on cherche son propre salut12. Et que le geste soit le bon, qu’il vienne au bon moment et s’adresse à la bonne personne, c’est ce que rien ne peut assurer par avance – rien qui ne nous donne jamais, de ce geste, la technique. C’est l’incertitude de ce geste qui en fait la technicité. C’est pourquoi il faut trembler – et ce, précisément en même temps qu’il faut ne pas trembler13.

Voilà qui ne peut que nous désintéresser du salut. Tant que l’on concevra le salut comme notre intérêt par excellence, on cherchera à investir pour le salut de son âme, c’est-à-dire à spéculer. Comprendre au contraire le salut comme notre désintérêt, c’est peut-être un premier pas pour comprendre que le salut ne peut jamais être la sauvegarde de ce qui est. On peut vouloir sauver le monde, la « civilisation », l’humanité, son peuple ou se sauver soi-même ; c’est encore vouloir sauvegarder le familier plutôt que de secourir l’étranger.

Cela veut-il dire qu’il ne faut penser qu’aux urgences du présent ? Qu’il ne faut voir qu’à court terme et renoncer à la hauteur de vue de la spéculation ? Peut-être. Mais il n’est pas certain que la dichotomie entre courte et longue vue soit d’actualité. La détresse de millions de personnes menacées par la montée des eaux d’ici plusieurs décennies est-elle moins urgente qu’une catastrophe naturelle qui survient aujourd’hui ? Les dilemmes sont connus. Le danger serait de vouloir les trancher par avance et de proposer de grands principes visant, par exemple, à préférer toujours au présent « l’avenir » ou « les générations futures »14. Qui obéit à de tels principes assure peut-être le salut de son âme ; encore faut-il ne pas la perdre en chemin. Chemin au bord duquel, peut-être, quelqu’un appelle à l’aide.

Tant que l’on s’interroge sur le rôle de quelque chose comme « la technique », tant que l’on demande si elle peut nous sauver, on évite de s’interroger sur ce qu’il y a à faire, aujourd’hui, techniquement. On peut spéculer sans limite sur le pouvoir de l’intelligence artificielle, du nucléaire et de la géo-ingénierie face aux désastres planétaires. Mais la spéculation n’est pas la prise en main : spéculer, ce n’est pas dépolluer des sols ; ce n’est pas se former à la permaculture ; ce n’est pas développer des procédés de recyclage ; ce n’est pas débattre de technicités juridiques ; ce n’est pas bricoler des pancartes ; ce n’est pas saboter un pipeline. La spéculation prétend certes guider l’action en lui indiquant une direction ; c’est là son intérêt et son danger. Pour autant, cette prétention demeure impuissante face à la technicité de l’action. L’action en politique a peut-être été trop souvent vue dans sa clarté héroïque. Il est temps d’entrer dans la pénombre de sa technicité15.

La technique peut-elle nous sauver ? Dans ces termes, la question ne cessera peut-être jamais de se poser. Mais c’est justement à condition de la poser à neuf qu’un décalage est permis. Tant que nous cherchons à « nous sauver », nous sommes dans le registre de la spéculation et du spectaculaire, d’un deus ex machina et d’un salut final. Il suffit pourtant d’aller voir les coulisses pour que la fièvre spéculative retombe – et, avec elle, l’obsession du salut. Le technique nomme alors ce qui, dans la détresse, échappe à l’évidence et à la clarté. Le rideau est tombé, les projecteurs sont éteints, les techniciennes et techniciens entrent sur scène. Pour elles, pour eux, point de salut.

  • 1. Ray Kurzweil, The Singularity is Nearer: When We Merge With AI, New York, Viking, 2024.
  • 2. Sam Altman, “The intelligence age” [en ligne], ia.samaltman.com, 23 septembre 2024.
  • 3. Ian Hogarth, “We must slow down the race to God-like AI”, Financial Times, 13 avril 2023. Pour une réponse brève et juste, voir Mhairi Aitken, “Letter: AI’s God-like power is a Big Tech narrative that needs calling out”, Financial Times, 21 avril 2023.
  • 4. Platon, Protagoras, trad. Frédérique Ildefonse, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1997, 320c-322d.
  • 5. Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle [1954], Paris, Economica, coll. « Classiques des sciences sociales », 2008 ; Bernard Stiegler, Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. De la pharmacologie, Paris, Flammarion, coll. « La bibliothèque des savoirs », 2010.
  • 6. Catherine Larrère, « Aux origines intellectuelles de l’écologie politique européenne. La question de la technique », Revue française d’histoire des idées politiques, no 44, 2e semestre 2016, p. 9-31.
  • 7. Michaël Fœssel, « Le cosmos, la nature, le monde. Le tournant ontologique des critiques de la modernité », Esprit, janvier-février 2023.
  • 8. Philippe Descola et Alessandro Pignocchi, Ethnographies des mondes à venir, Paris, Seuil, coll. « Anthropocène », 2022.
  • 9. Sur ce sens de l’apocalypse, voir Bruno Latour, « 6e conférence. Comment (ne pas) en finir avec la fin des temps ? », dans Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de tourner en rond », 2015, p. 231-273.
  • 10. Voir, par exemple, Oswald Spengler, L’Homme et la Technique [1931], trad. Anatole A. Petrowsky, Paris, Gallimard, 1958 ; Ernst Jünger, Le Travailleur [1932], trad. Julien Hervier, Paris, Christian Bourgeois, 1994. Voir aussi Géraldine Barron, Marcos Camolezi et Timothée Deldicque, « Technique, technologie : mots, concepts, catégories », Artefact, no 15, 2021, p. 7-14.
  • 11. Voir, par exemple, Jean-Louis Chrétien, « Lucidité de l’usage » [1995], Promesses furtives, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe », 2004, p. 87-116 ; Matthew B. Crawford, Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail [2009], trad. Marc Saint-Upéry, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2010.
  • 12. Bruno Latour, Jubiler ou les tourments de la parole religieuse [2002], Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de tourner en rond », 2013.
  • 13. Jacques Derrida, « Comment ne pas trembler », Annali della Fondazione Europea del Disegno (Fondation Adami), vol. 2, 2006, p. 91-104.
  • 14. Voir, par exemple, Hans Jonas, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique [1979], trad. Jean Greisch, Paris, Flammarion, 2024.
  • 15. Il faudrait par exemple considérer la division opérée par Arendt entre l’action (qui fait l’histoire), l’œuvre (qui fait le monde) et le travail (qui maintient en vie) : il est significatif qu’au moment même où elle identifie ce que d’autres appelleront l’économie de la subsistance, Arendt empêche de penser une action politique aux prises avec les choses. Voir Hannah Arendt, La Condition de l’homme moderne [1958], trad. Georges Fradier, préface de Paul Ricœur, avant-propos de Laure Adler, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 2018 ; Maria Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen, La Subsistance. Une perspective écoféministe [1997], trad. Annie Gouilleux et Chloé Pierre, Paris, La Lenteur, 2022.