Dans le même numéro

Survivre à la survie

octobre 2017

#Divers

Remarques sur la post-mémoire

« J’ai des souvenirs qui ne m’appartiennent pas. Je porte les nostalgies d’autrui. » C’est ainsi que je décrivais, il y a longtemps déjà, mon rapport à l’histoire chilienne depuis le coup d’État qui a eu lieu en 1973 et que moi-même, étant née bien plus tard, je n’ai pas connu. Fille d’exilés politiques qui ont survécu à la torture sous la dictature de Pinochet, j’ai reçu en héritage des images et des affects si vifs et transmis de si près qu’encore aujourd’hui il m’est difficile d’en parler sans conclure hâtivement qu’ils appartiennent au domaine de l’« indicible » et de l’« irreprésentable ».

Le terme de « post-mémoire », introduit en France par Pierre Bayard et Soko Phay1, à la suite de Marianne Hirsch aux États-Unis, est venu désigner un phénomène qui m’était presque constitutif, mais dont j’ignorais qu’il pouvait devenir un objet d’étude ni même être nommé. Et le nommer, c’est déjà le circonscrire, en dépit de son caractère diffus et de sa tendance expansive. En effet, cette « mémoire par procuration »

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Verónica Estay Stange

Professeur de littérature à l’université du Luxembourg, elle a publié Sens et musicalité. Les voix secrètes du symbolisme (Classiques Garnier, 2014).

Dans le même numéro

La « post-mémoire » renvoie à ces événements traumatiques qui se sont produits dans le passé, mais dont les effets se prolongent dans le présent. Comment les accueillir en ménageant nos capacités de pensée, d’action et de création ? Ce dossier articule notre vulnérabilité aux violences de l’histoire et nos possibilités de réparation par les histoires que nous nous racontons.