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L’hiver gagne

La crise sanitaire qui dure, la menace climatique qui couve, le renforcement des dictatures et nos vies sur écran alimentent une angoisse collective, favorable aux pourvoyeurs de haines et de mensonges, qui impriment leur marque sur la campagne présidentielle.

Avec la campagne électorale qui bat son plein, le paysage sonore change : le bruit de fond hausse d’un ton. Les conversations à table se muent plus souvent en disputes, l’invective en injure… On s’étreint entre parfaits étrangers du même bord ; on se hait entre proches d’avis contraire. Il s’agit tout de même de choisir collectivement les responsables politiques du pays, une occasion historique rare. Mais dans les disputes ordinaires, on entend souvent des affirmations du type « moi, je déteste, j’aime » tel ou telle, comme si le goût personnel suffisait comme raison du choix en face de l’affiche. Tout se passe comme si le ton de conviction remplaçait la démonstration, comme si la détestation d’un candidat justifiait le rejet de sa politique, dans un contexte d’immense incertitude quant à ce qui peut arriver, dont les formes négatives possibles, sociales, écologiques et politiques, semblent gagner en crédibilité.

Depuis sans doute les cafés urbains d’Ancien Régime en France (Le Procope à Paris ouvre en 1686) comme dans l’auberge en campagne au soir de la foire, l’atmosphère des discussions politiques collectives – et pas seulement leur contenu discursif –, a connu une évolution historique plausible, lourde et sombre à cause du manque d’espoir raisonnable ou exaltée et pleine de joie en raison d’une croyance partagée en un lendemain qui puisse chanter. Sans compter les vastes zones d’éloignement social de la place publique, exprimé par l’abstention

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Véronique Nahoum-Grappe

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (voir notamment Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010 ; Du rêve de vengeance à la haine politique, Desclée de Brouwer, 1999). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie,…

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.