par Revue Esprit
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La France a enfin un nouveau gouvernement. Non seulement il est de droite, mais il compte plusieurs personnalités dont les déclarations ou les engagements plus ou moins récents sur les questions dites sociétales font craindre, y compris au sein de la macronie, une sorte de restauration conservatrice. Comment cette droite, régulièrement défaite dans les urnes en France ces dix dernières années, peut se prévaloir aujourd’hui d’une légitimité à exercer le pouvoir est déjà une question en soi. Mais une autre relève des contours de ce conservatisme, qui ne sont plus ceux de la droite longtemps dite « traditionnelle ».

Il est manifeste que le marqueur « chrétien » occupe, dans le positionnement politique de Bruno Retailleau, Patrick Hetzel ou Laurence Garnier, une place qu’il n’avait pas chez la plupart de leurs prédécesseurs, y compris chrétiens. Mais cet affichage revendiqué n’est qu’un effet de distinction, dans un paysage général où la référence religieuse n’est plus structurante. La droite a été elle aussi prise dans le grand mouvement de libéralisation de la société, et ses dirigeants ne projettent pas de revenir sur les droits récemment acquis par « l’individu désirant », selon la formule d’Olivier Roy. 

C’est moins l’attachement supposé aux « valeurs chrétiennes » qui devrait inquiéter à propos du gouvernement Barnier, que sa capacité à mobiliser un imaginaire réactionnaire au service d’un projet politique qui se confond toujours plus avec celui de l’extrême droite. C’est au plan de la politique migratoire, sociale, sécuritaire ou carcérale, bien plus que sur les questions de bioéthique ou de mœurs, que pourrait se situer la « réaction » tant redoutée, où la religion folklorisée n’est plus qu’un adjuvant culturel, dans une vision mythifiée du passé. Il paraît loin le temps où la droite, y compris sur des bases chrétiennes, pouvait constituer un rempart contre l’extrême droite.