L’enlèvement du président vénézuélien par les forces spéciales américaines aura donc été le premier évènement de l’année 2026. Spectaculaire, il n’était pas pour autant complètement inattendu : les attaques de navires en mer des Caraïbes s’étaient multipliées ces derniers mois, et la stratégie nationale de sécurité américaine publiée en décembre évoquait explicitement l’ambition de restaurer la prééminence de Washington sur « l’hémisphère occidental » par « divers moyens ». Parce qu’elle visait « l’arrière-cour » des États-Unis, l’opération « Absolute Resolve » a paru donner raison à ceux qui voient dans la politique de Donald Trump la version caricaturale et grossière de ce qui a toujours existé aux États-Unis, et en constituerait même le noyau irréductible : un impérialisme prédateur qu’a parfois habillé le discours des valeurs démocratiques, en réalité prompt à prêt à faire fi du droit.
Mais l’impérialisme d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui, et cette crise est également symptomatique d’un état du monde et des relations internationales en partie nouveau. Donald Trump n’a aucune intention d’administrer le Venezuela : il veut simplement pouvoir y faire ce qu’il veut. La démonstration de force à laquelle il vient de se livrer lui permet même d’espérer que, au Groenland ou dans d’autres localités convoitées, ses interlocuteurs devanceront ses demandes. Or, la « clientélisation » d’États voisins ou richement dotés en ressources naturelles, adossée à la force militaire, est pratiquée sur le continent européen par la Russie de Poutine, en divers points du globe par la Chine, au Moyen-Orient par la Turquie ou par Israël. Ce néo-impérialisme global partage bien des traits avec celui du XIXe siècle, mais il en renouvelle aussi les acteurs et les enjeux : les mafias et le narcotrafic, les pratiques de guerre hybride, l’épuisement des ressources de la planète.
S’il y a bien un continent où le sentiment de rupture devrait l’emporter, c’est l’Europe. Cœur battant de la puissance impériale jusqu’au mitan du XXe siècle, où cette puissance a précipité le continent dans l’horreur et la destruction, l’Europe a vu naître avec l’Union européenne le premier projet politique post-impérial, fondé sur le droit et la coopération entre États. Alors que des missiles russes dévastent encore l’Ukraine, une question réellement nouvelle est posée aux Européens : comment survivre au retour des impérialismes, en refusant d’entrer dans leur logique mortifère ?
La rédaction