par Revue Esprit
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Le revirement inattendu de Donald Trump sur le Groenland, s’il est un soulagement provisoire pour les Européens, est surtout le énième épisode d’une série qui ne cesse de monter en intensité depuis un an, jusqu’à l’invraisemblable. Les ambiguïtés et les provocations travesties en traits d’humour du premier mandat ont laissé la place à une rhétorique anti-démocratique assumée, au plan intérieur comme au plan international. Saturant depuis neuf ans la scène médiatique mondiale, le spectacle du trumpisme a lentement et sûrement conduit à une accoutumance générale au pire.

Aux États-Unis comme ailleurs, cette « mithridatisation » pèse sur la capacité d’analyse et d’interprétation du trumpisme comme phénomène politique. L’entreprise de liquidation de l’État de droit ne fait plus guère de doute, et inscrit ce moment dans l’ordre de la rupture radicale. Pour autant, le trumpisme n’a rien d’un accident de l’histoire. Il s’est coulé dans les désillusions, les colères et le ressentiment d’une partie de la société après les mauvaises guerres de l’administration Bush, le choc de la crise financière de 2008 et les ravages causés par vingt ans d’aggravation des inégalités sociales et territoriales. Saisir aussi ce qui inscrit le trumpisme dans la continuité de l’histoire politique et sociale étasunienne récente importe, car de là découleront les stratégies efficaces à lui opposer.

Bientôt dix ans après la première élection de Donald Trump, on peut légitimement se demander ce qu’il reste de la démocratie américaine, aucun des garde fous prévus par la Constitution n’ayant permis de freiner sa course vers un pouvoir toujours plus personnel, erratique, et abusif. Mais par-delà le spectacle quotidien des frasques présidentielles, il faut interroger les contours de cette nouvelle ère de grandeur qu’il promet à l’Amérique, et ses conséquences pour le reste du monde. Entre la fixation sur un passé fantasmé qui est aussi celui des poussées de fièvre impérialistes, racistes et xénophobes, et la promotion sans limite de technologies disruptives, le trumpisme entraîne les États-Unis, et avec eux le monde, en terrain inconnu. Avec quelles forces de rappel ?

La rédaction