Tandis que, de Gaza au Soudan, en passant par l’escalade de tension entre les États-Unis et le Venezuela, d’autres conflits ont mobilisé l’attention ces derniers mois, la guerre en Ukraine se poursuit, et le quatrième anniversaire de l’invasion russe se profile. Elle n’a pas disparu pour autant des écrans radar des rédactions : en France comme ailleurs, les journaux l’évoquent quotidiennement, mais sous la forme d’une chronique de ce qui se passe sur le terrain, c’est-à-dire d’un conflit qui s’est enlisé. Le parallèle que l’historien Stéphane Audouin-Rouzeau établit entre ce conflit et la Grande Guerre se vérifie un peu plus chaque jour : il s’agit de guerres de positions, où sont en jeu quelques kilomètres, quelques mètres parfois, d’avancement ou de recul de la ligne de front. Des conflits où l’artillerie, et son adjuvant contemporain, le drone, sont déterminants dans les dommages qu’ils permettent d’infliger à l’ennemi.
Si la chronique militaire domine l’analyse, c’est aussi qu’il ne se passe plus rien au plan diplomatique. Le report sine die du sommet russo-américain envisagé à Budapest est certes un énième revirement du président américain sur ce dossier. Mais il est devenu trop évident, même pour Donald Trump, que Vladimir Poutine n’a aucune intention de négocier, campant sur le refus d’un cessez-le-feu et ses élucubrations sur les « causes profondes » de la guerre, où la Russie se défendrait contre une agression occidentale.
Le seul espoir, celui d’une trêve, viendrait de l’état de ruine de l’économie russe, qui imposera tôt ou tard au Kremlin de reconstituer ses forces. Mais il ne s’agira que d’une pause, dans l’attente de nouvelles offensives, qui viseront à coup sûr l’Union européenne. Alors que les récents survols de drones et les « mains rouges » sur le Mémorial de la Shoah, dont le procès s’ouvre en France, rendent cette menace très concrète, il faut travailler à ce que les opinions publiques européennes restent en alerte. Si d’autres conflits provoquent légitimement inquiétude et indignation, celui-ci n’en cesse pas moins d’être terriblement meurtrier et injuste, et porteur d’une déstabilisation majeure pour l’Europe et le monde.
La rédaction