La conscience européenne de Jürgen Habermas

Le philosophe Jürgen Habermas est mort le 14 mars 2026. Pour lui rendre un premier hommage, Esprit propose de relire quelques textes publiés dans la revue par et sur un des penseurs majeurs de notre temps.

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Avocat inlassable de la construction d'une puissance publique européenne, où il voyait la seule chance de « survie » de nos acquis démocratiques et sociaux, Jürgen Habermas pouvait se montrer très critique des orientations prises par les États européens, le sien en particulier. En 2010, il évoquait « le sort de l’Europe » du point de vue du débat politique allemand, qu’il jugeait responsable d’une solidarité européenne trop tardive et trop limitée après la crise financière. En 2014, il s’interrogeait sur la signification d'« une Europe forte » en critiquant la politique d’austérité menée sous l’impulsion de l’Allemagne et le fossé qu’elle creusait entre les populations européennes.

Préalablement, la revue a également été un lieu d'accueil pour ses réflexions sur les rapports entre raison et religion. Esprit a ainsi publié en 2004 les échanges entre Jürgen Habermas et Joseph Ratzinger sur « les fondements prépolitiques de l’État démocratique », qui invitent la philosophie et les religions au dialogue. En 2007, Habermas répondait au discours de Ratisbonne de celui qui était entre-temps devenu le pape Benoît XVI en s’interrogeant sur la manière dont la raison moderne, sécularisée et émancipée de toute tutelle, devait comprendre son rapport à la religion (« Une conscience de ce qui manque. Les liens de la foi et de la raison »). 

Sur ce même thème, en 2005, Raymond Court proposait une lecture critique de l’échange entre Jürgen Habermas et Joseph Ratzinger (« Raison et religion »). En 2009, Alexandre Dupeyrix interrogeait l’héritage kantien d’Habermas (« Dieu, le savant et le cosmopolite. Sur des écrits récents de Jürgen Habermas »). En 2013, Michael Foessel analysait la façon dont le philosophe allemand en était venu à reconsidérer l'importance des convictions religieuses dans la formation de la raison communicationnelle, face à dérive instrumentale de la raison moderne et la montée parallèle des fanatismes (« Les croyances de l'homme démocratique. Habermas et la question religieuse »). 

A l'été 2015, un dossier était consacré à « Jürgen Habermas, le dernier philosophe ». Parmi de riches et nombreuses contributions, nous proposons ici de relire un texte de Jürgen Habermas lui-même sur son parcours personnel et intellectuel (« Espace public et sphère publique politique »), ainsi qu’une lecture de Droit et démocratie par Cathérine Colliot-Thélène (« La démocratie : entre libéralisme et radicalité »). 

Jürgen Habermas a, enfin, publié dans Esprit plusieurs textes plus brefs, proposant des réflexions sur des questions d’actualité.