Nous n’avons pas peur. Le courage des femmes iraniennes de Natalie Amiri et Düzen Tekkal

Traduit par Mathilde Ramadier


Suite aux événements tragiques qui ont eu lieu en Iran après l’assassinat de Mahsa Amini en septembre 2022, Natalie Amiri et Düzen Tekkal font entendre les histoires de seize femmes considérées comme représentatives de la lutte de toutes les femmes en Iran. La plupart des protagonistes du livre sont connues. Certaines ont déjà reçu des distinctions et des prix prestigieux, comme les deux lauréates du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et Narges Mohammadi, ou encore Nasrin Sotoudeh, récipiendaire du prix Sakharov 2012 et du prix Nobel alternatif 2020.

Tandis que certains chapitres frappent par leur densité historique, politique et intellectuelle, d’autres tombent dans les clichés simplistes et manquent d’objectivité comme de réflexion critique sur la société iranienne. Parastou Forouhar dévoile un des moments les plus violents de la fin du xxe siècle en Iran, les assassinats sauvages d’intellectuels ainsi que d’acteurs culturels et politiques à l’automne 1998. L’entretien avec Rita Jahanforuz illustre les murs idéologiques érigés par la République islamique face à Israël, tout en partageant une certaine expression d’amitié entre les deux peuples. Après avoir chanté en persan en Israël, la chanteuse israélienne d’origine iranienne a été invitée à se produire devant l’Assemblée générale des Nations unies, geste d’ouverture d’Israël à la République islamique. Shimon Peres lui a déclaré : « Si les Iraniens et les Iraniennes ne veulent pas nous parler, alors nous chanterons avec toi pour eux. »

Certains récits illustrent le rapport qu’entretient la population iranienne avec le régime islamique et ses règles autoritaires : la tentative de vivre malgré la violence, le traumatisme, l’humiliation, la peur, la haine, mais aussi la prise de conscience, l’abandon de tout compromis et la rupture finale. En observant la liberté des femmes au-delà des frontières iraniennes, Shohreh Bayat, joueuse et arbitre d’échecs, raconte avoir passé du temps devant le miroir, voilée, pour se « créer une apparence à peu près normale – dans le cadre restreint de cette prison de tissu », avant de dire un « non » définitif à toutes les règles imposées par la République islamique d’Iran. Le dernier chapitre, décevant, ignore les parcours des générations antérieures qui ont permis l’émergence de la génération « Femme, vie, liberté » et méprise ainsi les vies sacrifiées, le sang versé et les combats menés durant des décennies. Il est heureusement compensé par les récits de Parastou Forouhar et Nargess Eskandari-Grünberg. Ce livre, accessible à tous et facilement lisible, raconte des fragments d’histoire qui méritent d’être entendus, mais il reflète d’abord les opinions militantes d’une certaine couche sociale de l’opposition iranienne.

Éditions du Faubourg, 2024
208 p. 18 €