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Notes de lecture

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Le fil d’or dans la trame

mai 2022

Dans son nouveau recueil Graduel, le trop discret Jean-Pierre Lemaire se confirme comme une des grandes voix poétiques de notre temps. En emportant le lecteur dans sa quête de la Lumière divine à l’intérieur du monde, il invite pas à pas, mot après mot, à une immersion dans l’expérience de la foi.

Discret. C’est le terme fréquemment employé pour qualifier Jean-Pierre Lemaire. Il est vrai que le poète ne fait pas de bruit. Jean-Pierre Lemaire n’en est pas moins l’une des grandes voix poétiques de notre temps, dont la singularité, reconnue et saluée dès l’origine par Philippe Jaccottet à la parution des Marges du jour en 1981, tient à la façon dont il entremêle sa lecture du quotidien et son expérience de la foi. Son dixième recueil, Graduel, paru en mai 2021 aux éditions Gallimard, confirme avec éclat cette singularité. Le poète y poursuit en effet sa recherche de la Lumière divine à l’intérieur du monde1. Et force est de constater que plus on tourne les pages de ce recueil, plus on est ébloui. La grisaille initiale, liée à des thématiques douloureuses comme la mort des proches ou le passage du temps, s’estompe peu à peu, laissant place à une lumière plus vive et l’on s’étonne que le poète n’ait pas craint de rebuter son lecteur en terminant par ces mots : « Oui, viens, Seigneur Jésus. »

Certes, Jean-Pierre Lemaire a préparé le terrain depuis le début. Le premier poème s’intitule ainsi « Effacement de Dieu » et le titre du recueil lui-même, Graduel, désigne, lorsqu’il est employé comme nom, un psaume lu pendant la messe. Les fêtes religieuses scandent par ailleurs les six sections du livre, tandis que les personnages de la Bible sont évoqués avec au

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Gallimard, 2021
136 p. 14 €

Blandine Merle

Agrégée de lettres modernes, Blandine Merle vit et enseigne à Paris. Elle est l'auteur d'un recueil de poèmes, Par obole (Cheyne, 2011) pour lequel elle a reçu le Prix de poésie de la vocation (Fondation Marcel Bleustein-Blanchet).

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Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.