Les Kurdes de Boris James
Le lien dialectique entre l’évolution historique des Kurdes et l’essor de l’État (monarchique, impérial, républicain) au Moyen-Orient constitue le fil rouge du livre.
Les Kurdes comptent aujourd’hui quelque 35 millions de personnes, réparties principalement entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Écartant les Kurdes des anciennes républiques soviétiques, l’historien Boris James consacre un « Que sais-je ? » érudit à ce peuple de montagnards aux origines très anciennes. Le lien dialectique entre l’évolution historique des Kurdes et l’essor de l’État (monarchique, impérial, républicain) au Moyen-Orient constitue le fil rouge du livre.
La moitié de l’ouvrage consacrée à l’histoire médiévale et moderne des Kurdes fixe le cadre géo-historique des Kurdes, leur « âge d’or » avec Saladin, leur quête d’autonomie dans une logique clanique et tribale par rapport au pouvoir central mamelouk ou safavide, le reflux de leur empreinte au xixe siècle, de concert avec l’essor du nationalisme kurde. La question kurde émerge en effet entre le traité de Sèvres en 1920, qui consacre le droit des Kurdes de bâtir un État qui les réunisse, et le traité de Lausanne en 1923, actant la victoire des nationalistes turcs, qui fondent leur république sur les décombres de l’Empire ottoman et écartent puis répriment la population kurde vivant dans le nouvel État turc.
Au xxe siècle, les Kurdes, désormais réunis dans des partis et dispersés dans les quatre pays moyen-orientaux, alternent entre phases de négociation voire de coopération avec un régime au mieux méfiant, au pire hostile envers les implications nationales et régionales de l’enjeu kurde, et phases d’affrontement avec les armées régulières. En Turquie, le régime d’Erdoğan mène une répression féroce du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de ses soutiens parlementaires, sans parvenir à réduire le défi kurde. En Irak, la Région autonome du Kurdistan est parvenue, depuis 1992, à construire un semblant d’appareil étatique, dont la résistance contre le djihadisme de Daech a reçu un temps l’appui militaire des Américains et des Français, sans pour autant amoindrir l’agressivité du voisinage. En Iran, l’implacable répression du fait kurde se poursuit. En Syrie, la guerre civile, à partir de 2013, a permis des percées relatives sur le plan de l’autonomie kurde, sous le patronage du PKK, dans le nord-est du pays.
Irrégulièrement éclipsée par la rivalité entre sunnites et chiites ou par le conflit israélo-arabe, la question kurde perdure au xxie siècle. Le livre de Boris James apporte une analyse historique et politique sur un enjeu géopolitique majeur de notre époque.