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Notes de lecture

Dans le même numéro

De Gaulle et les grands d'Éric Branca

juin 2020

Charles de Gaulle, le Connétable, comme on l’appela à Londres dès juin 1940, après son fameux appel du 18 juin, fut un personnage hors normes dans une époque qui n’en était pas avare. Qu’ils soient dictateurs (Hitler, l’ennemi absolu, Staline, l’ogre du Kremlin, auquel il résista en décembre 1944, à Moscou, au sujet du gouvernement polonais, Tito, auquel il n’a jamais pardonné l’assassinat de Mihailovic, celui qui aurait pu être le de Gaulle serbe, Franco, ou les secrets d’un dictateur auquel il a rendu visite après son départ de l’Élysée en 1969, Mao, ou le grand rendez-vous manqué, Nasser, le disciple du Nil, qu’il n’a jamais rencontré), chefs d’État ou de gouvernements démocratiques (Churchill, l’irremplaçable, Roosevelt, le faux allié, Kennedy – «  son histoire, c’est la mienne  », a dit de Gaulle, qui échappa à trois attentats), pape (Jean XXIII, que de Gaulle avait fait élire en 1958 ou le rêve concordataire), leaders d’États nouveaux (Ben Gourion, l’ami averti, Houphouët-Boigny ou la Françafrique) ou partenaires privilégiés (Adenauer, ou la tentation carolingienne, Nixon, un gaulliste à la Maison Blanche), tous entretinrent des rapports singuliers – allant de l’amitié sincère à la franche exécration – avec le chef de la France libre, devenu le premier président de la Ve République le 8 janvier 1959. À ses côtés, contre lui ou malgré lui, chacun aura illustré, pour le meilleur et pour le pire, sa formule du Fil de l’épée : «  On ne fait rien sans les grands hommes et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu.  » Dès son premier contact avec de Gaulle, Nixon avait été transporté d’admiration pour celui qu’il décrira, dans ses Mémoires, comme «  l’homme le plus clairvoyant de notre siècle  ». On trouvera bien de ces paroles dans cet ouvrage fort documenté. Pour la première fois, Éric Branca met en scène les rapports réguliers ou pas que le général a entretenu durant trois décennies avec les grands acteurs de l’histoire. Si ses rapports exécrables avec Roosevelt, qui le traitait de dictateur, en voulant affaiblir la France, et ceux, éruptifs, entretenus avec Churchill, ne sont plus un secret, les douze autres demeuraient pour l’essentiel dans l’ombre en dépit de leur importance. Récits de rencontres au sommet, échanges de lettres, manœuvres diplomatiques et jugements respectifs émaillent des récits nourris aux meilleures sources. Du récit fort complet de la rencontre avec Staline, dont de Gaulle a brossé en une page le meilleur portrait qui soit, au dernier grand projet avorté de voyage dans la Chine de Mao, que de moments forts ! «  J’aime les hommes de droite  », avoua ce dernier à Nixon, venu à Pékin en février 1972, et d’énumérer les leaders occidentaux avec lesquels il avait noué des liens. «  Et de Gaulle !  », ajoute Nixon, comme si le général était toujours vivant. Alors Mao, d’un air étrange dont Kissinger se souviendra longuement : «  De Gaulle, c’est une autre affaire.  »

Perrin, 2020
426 p. 23 €

Eugène Berg

Eugène Berg, né le 23 septembre 1945, est un essayiste et diplomate français. Spécialiste de la Russie et du Pacifique, il a notamment publié Non-alignement et nouvel ordre mondial (1980).

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Marcel Hénaff. Une anthropologie de la reconnaissance

L’anthropologie du don de Marcel Hénaff, ainsi que son éthique de l’altérité et sa politique de la reconnaissance, permettent de penser les limites de la marchandisation, le lien entre les générations et les transformations urbaines. À lire aussi dans ce numéro : l’image selon Georges Didi-Huberman, l’enseignement de la littérature, la neuropédagogie, l’invention de l’hindouisme, l’urgence écologique et la forme poétique de Christian Prigent.